L’APPEL DU DÉSERT – 3

Jour 1 : En immersion

Sans transition

Samedi 17 janvier 2026.

Nous atterrissons à l’aéroport d’Atar, dont la piste accueille un unique aller-retour hebdomadaire depuis Paris entre novembre et mars. A notre descente de l’avion, nous voyons les voyageurs du vol retour et leurs bagages attendant sur le tarmac que nous libérions la place, durée de la rotation prévue 50 min !

S’en suit une longue, très longue attente, pour passer l’immigration, la douane, la fouille des bagages (jusqu’à la trousse de médicaments bien garnie), avec un puis deux puis trois formulaires à remplir. De l’administration pointilleuse à souhait, obéissant à des règles de fonctionnement qu’il est inutile de chercher à comprendre, rationaliser, encore moins optimiser… Bienvenue en terres africaines !

L’aéroport d’Atar

« Bienvenue en Mauritanie ! » nous lance Mohamed, notre guide, qui nous attend avec son large sourire et nous offre un magnifique chèche (turban) bleu indigo, appelé ici hawli. Il nous embarque sans plus attendre dans deux 4×4 Toyota, direction Chinguetti plein est à 80 km. La route, qui se transforme rapidement en piste, est parsemée de tronçons de travaux et de bases de construction chinoises.

Le hawli

Pour la pause pique-nique, on s’arrête dans la nature, on s’assied sur une natte (faite de matériaux recyclés) et Mohamed nous sort son arme favorite : son kit spécial thé à la menthe ! Un petit réchaud, une mini-théière, du thé vert, de la menthe et du sucre.  Le cérémonial commence et il nous sert dans de petits verres trois services d’un délicieux thé mousseux qui répondent à l’adage :

Le premier est dur comme la vie,

Le deuxième est doux comme l’amour,

Le troisième est suave comme la mort !

Le tout accompagné de nos premières dattes mauritaniennes : une révélation, qui peut vite devenir addictive ! Car ces dattes sont différentes, moins sucrées mais aussi moins charnues que celles auxquelles nous sommes habitués.

Du thé à la menthe, des dattes, what else?

Chinguetti, la Sorbonne du désert

Nous arrivons à Chinguetti et posons nos sacs à la typique auberge Nouatil où nous profiterons une dernière fois d’un lit, d’une douche et d’un toit.

L’auberge Nouatil de Chinguetti

Cette cité de Chinguetti, aussi appelée « perle du désert », est assez déroutante : à la fois belle et fragile, riche et pauvre, historique et menacée.

Septième ville sainte de l’Islam, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son architecture de pierres et de dunes et pour ses milliers de manuscrits ancestraux (de mathématiques, astronomie, théologie…) qu’elle abrite dans des bibliothèques et musées.

Chinguetti

La réalité est assez désarmante : les ruelles sont rapidement désertes, quelques habitations rénovées alternent avec celles laissées à l’abandon. Chinguetti a d’ailleurs été déplacée plusieurs fois pour cause d’ensablement.

Chinguetti, ses ruelles, son minaret

Quant aux bibliothèques, elles sont bien loin de nos standards culturels car ce sont en réalité les familles de Chinguetti qui conservent ces trésors historiques, avec les moyens du bord. Nous pénétrons au cœur de la cour de la Bibliothèque Al Ahmed Mahmoud pour y écouter un sage aux airs de gourou, assis en tailleur, nous présenter ses vestiges (manuscrits, jeux évoquant les osselets ou le mikado, ustensiles divers…) et nous conter l’histoire de Chinguetti, illustration vivante de la fameuse tradition orale de la transmission du savoir.

Le Savoir est une Fortune qui n’appauvrit pas celui qui en offre

On se sent projeté des siècles en arrière, on ressent le temps passé plutôt qu’on ne voit de choses tangibles. Il y plane un certain mystère, on oscille entre une ambiance des contes & légendes et le sentiment d’urgence de transmettre cet héritage culturel.

Après avoir arpenté les ruelles longeant la mosquée, son court minaret et les maisons typiques, nous roulons quelques minutes puis grimpons au sommet d’une dune balayée par les vents. Là, premier vertige : nous surplombons un immense et magnifique océan ocre dans lequel nous allons plonger, le Sahara, bientôt baigné par un grandiose coucher de soleil… Le premier d’une jolie série !

La dune de Chinguetti, aux portes du désert

Un peu ivres de cette première journée d’acclimatation physique et mentale, nous savourons le délicieux tajine de l’aubergiste, tout en découvrant le franc-parler, l’humour et l’immense culture de Mohamed sur son pays et sur le nôtre ! Une semaine immersive pleine de promesses…

Maitre Boydya

Notre guide, Mohamed Boydya, est un personnage de 58 ans haut en couleurs, dont la rencontre est un véritable cadeau (merci à notre fée Momo pour la recommandation). Mohamed, surnommé par ses confrères du désert Maitre Boydya, a eu mille vies ! Originaire de Nouakchott, il est « arraché à sa famille » à l’âge de 4 ans, pour être confié à son oncle. « C’est une tradition chez nous, les autres hommes de la famille sont aussi nos pères. Mon oncle n’avait pas d’enfant et je portais le même prénom que lui, c’était mon destin et j’étais heureux ainsi ». Mohamed suit des études supérieures à l’université de Nouakchott, en droit et en économie, travaille comme gérant de plus de 250 puits de forage pour une société italienne, puis au sein d’une société de pêche. Il laisse ensuite tout tomber pour s’occuper de son oncle très malade. Un peu par hasard, il se lance comme guide du Sahara il y a environ 30 ans et tombe littéralement amoureux du désert. Il nous confie : « Je ne pourrais plus revenir travailler en mer, mon océan est de sable à présent ». Ce qui n’est pas sans évoquer la citation de Théodore Monod :

Et voilà comment, parti « océanographe » pour la Mauritanie, j’en revenais « saharien ».

A cela s’ajoute un nombre certain de talents, plus ou moins objectifs, qu’il s’applique à illustrer, parfois exagérément, au cours de la semaine :

  • Meilleur boulanger du coin, testé et approuvé (mais quel coin du désert exactement ?!)
  • Meilleur confectionneur de thé à la menthe de Mauritanie (« juste un tout p’tit peu de sucre », tu parles !)
  • Meilleur joueur de tarot (à égalité avec le titre de champion de la mauvaise foi, dixit Stéphanie)
  • Conteur exceptionnel (là, rien à redire)
  • Passionné et passionnant témoin des réalités de la Mauritanie
  • Analyste expert de la France, de ses belles régions, de son système économique et politique…

Aujourd’hui marié et père de famille, il habite à Atar, d’où il gère son Agence des Randonneurs. Durant la saison « froide », il embarque en méharées à travers ce désert qu’il connait par cœur, tous ceux qui sont attirés par les charmes simples et authentiques de la Mauritanie. Il assure aussi notamment depuis quelques années la logistique du raid TransMauritania, course en fatbike, ces vélos aux grosses roues taillées pour le désert. Et durant la saison chaude, il sillonne la France et l’Europe, à l’affut de rencontres et de nouvelles opportunités pour ses futures méharées.

Mohamed Boydya

A SUIVRE…

Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos

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