Jour 2 : Premières foulées de désert

Ici et maintenant
Dimanche 18 janvier 2026. Nous y sommes. Enfin. Ici et maintenant.
Après cette première nuit mauritanienne, répartis à deux ou trois dans nos cases arrondies – début de la cohabitation entre les ronfleurs et les autres, mais surtout dernière nuit sur un vrai lit – nous nous réveillons tout excités à 6h30.
Autre première du séjour, le paquetage matinal de nos gros sacs… Car c’est toute une routine, que nous allons progressivement perfectionner, ou plutôt simplifier au maximum, pour enfin frôler la perfection, mais surtout la célérité, à la toute fin de notre trek ! Voyez plutôt : rouler son sac de couchage au plus serré, dégonfler son oreiller, ranger tout ce qu’on a déballé la veille (des p’tits sacs, encore des p’tits sacs, toujours des p’tits sacs), ne garder que l’indispensable – vaste question philosophique -, boucler le gros sac que les dromadaires porteront, préparer son petit sac à dos de journée avec : de quoi être à l’aise entre la relative fraicheur de l’aube et la chaleur montante de la journée, des pansements, ses gourdes remplies d’eau sans oublier l’indispensable comprimé de désinfection Micropur, du gel hydroalcoolique pour les uns, du paracétamol pour les autres, crème solaire et lunettes de soleil, téléphone chargé pour les photos, bâtons de marche, chèche/hawli bleu et voilà ! Sans oublier le sacro-saint rouleau de papier-toilette, avec son briquet pour ne laisser aucune trace polluante de son passage dans cette mère nature…


Chaque détail a son importance…
La Vache qui rit, en Afrique aussi
Après un simple et classique petit-déjeuner, avec – oh bonheur – de La Vache qui rit en prime, nous sommes prêts. Je me dois ici de vous expliquer mon éternelle reconnaissance pour La Vache qui rit, datant d’il y a presque 30 ans. Ce mythique fromage de notre enfance, sans doute décrié par les nutritionnistes, les anti-produits-transformés et autres experts en Nutri-Score, nous a rendu de sérieux services.
En 1997, j’ai la chance de découvrir Madagascar en rendant visite à mes cousins Jérôme et Monique (la même fée Momo citée précédemment). Nous effectuons alors tout un périple de la capitale Tananarive à Tuléar sur la côte ouest, traversant villages, paysages et parcs nationaux, à couper le souffle de beauté, de dépaysement, de pauvreté aussi. A bien des reprises, sur les conseils avisés de Monique qui connaissait bien l’écosystème local, nos repas se sont limités à l’unique option disponible dans la moindre échoppe : le combo TUC-Vache qui rit ! Car oui, ce fromage n’a pas besoin d’être conservé au frais (sans doute grâce à ses multiples conservateurs…). Et je regretterai toute ma vie de m’être écartée de ce régime, frugal mais sûr, en me laissant tenter sur la fin de notre périple malgache par un dessert à base d’œufs très largement impropres à la consommation. Mes intestins s’en souviennent encore ! Bref, les TUC-Vache qui rit sont une valeur sûre et une référence familiale que nous aimons resservir en apéritif lors de nos retrouvailles…


De gauche à droite : une boite collector de Mauritanie et une marqueterie malgache
Des bouteilles dans le désert
Nous quittons Chinguetti, aux portes des dunes de l’erg Ouarane. Ces premiers instants sont assez surprenants. Le terrain est plat pour commencer, puis monte progressivement avec le soleil, agrémenté d’un léger vent. A nos côtés nous suivent deux chiens, ceux de l’aubergiste, espérant sans doute quelques friandises tombées du sac à dos. Pas épais les cabots, mais sacrément tenaces. Notre guide produit tous les efforts possibles pour les éloigner mais rien n’y fait, ils gambadent, nous précèdent, nous suivent, sans agressivité aucune, sans rapprochement intempestif – on pense forcément au vaccin anti-rage qu’ils ne doivent pas avoir -, mais ils progressent avec nous.

Le plus marquant de ces premières heures pour moi sera la quantité désolante de déchets, qui sortent de la ville de Chinguetti pour s’étirer loin vers cet océan d’ocre… Des bouteilles en plastique, des morceaux de chaussures, des bidons, des plastiques volants, pauvre planète… C’est à cause du vent, nous explique Mohamed. Il charrie jusqu’à loin les produits de la société de consommation occidentale qui a contaminé cette cité reculée. Les déchets naturels du passé se recyclaient tout seuls, et les populations locales n’ont de toute évidence pas encore pris à bras le corps ce changement. Il y a donc une belle marge de progression pour la collecte des déchets, même si le recyclage opère des débuts prometteurs sur certaines filières, comme celle des pneus ou des carcasses de vieilles voitures.

Dune
Une fois sortis des larges abords de Chinguetti, nous foulons les dunes de sable fin. Nous montons, nous descendons, nous frisons les crêtes, admirant l’infini orangé qui s’offre à nous, tel un premier cadeau pour nos regards ébahis. Il règne une intense magie dans ces premiers instants…




Le groupe s’étire déjà, certains marchent seuls, on n’ose les déranger. Suis-je dans un rêve ? On se croirait dans le film Dune – mais qui a parlé en premier de Timothée Chalamet ???


Soudain, le décor change, les arbustes et plantes apparaissent en buissons, nous traversons des plateaux de sédiments granuleux, du grès allant du noir au gris, et Mohamed se lance dans un cours de géologie, puis nous vante les vertus antiseptiques et cicatrisantes de la sève laiteuse du Calotropis procera ou Pommier de Sodome, Arbre à Soie, ou encore Roustonnier.

Première oasis
Soudain, au sommet d’une dune apparaissent quelques palmiers, et bientôt une petite palmeraie qui s’étire : notre première oasis, La Gueïla, qui sera notre halte méridienne !
Soyons clairs, les oasis ici n’ont rien à voir avec l’image véhiculée par notre imaginaire, nos lectures de Tintin, ou autres photos dubaïotes ! A l’image de ce pays, et de bien d’autres en Afrique, l’oasis ici est authentique, simple, sans chichis, sans trace d’abondance ni de confort. La source d’eau est ici un simple puits doté d’un tuyau flexible en plastique, presque caché au milieu de la végétation et de palmiers bien fournis, aux promesses ombragées. En deux temps trois mouvements, notre équipage de chameliers nous installent dans un recoin une toile tendue au-dessus de quelques nattes et matelas (nos futurs lits). Cette première pause est délicieuse ! Le fameux thé à la menthe, accompagné de ses succulentes dattes, cacahuètes brutes et biscuits de chamelier subliment l’instant, pendant que notre cuisinier Boulah s’affaire à nous préparer un déjeuner complet aussi simple que bon : du riz, des légumes, des sardines et en dessert une orange. Après un temps de sieste, lecture, mots fléchés ou journal de bord, nous reprenons la route.



Sous le sable, le grès
L’après-midi sera faite de sable jaune orangé et de rocailles grises et noires, nous dévoilant dès le premier jour de marche qu’il n’y a ici pas un, mais des déserts…
Petit rappel lexical en mode cruciverbiste : désert en trois lettres, cela peut être ERG ou REG. L’erg est un désert de dunes alors que le reg est un désert rocailleux. L’Adrar mauritanien (adrar signifiant montagne en berbère) est la parfaite illustration de cette diversité, et du statut de plus belle région désertique au monde que lui confèrent certains !

Le massif maure de l’Adrar est en réalité un plateau tabulaire de grès, dont toute la partie sud est recouverte de sable. Si son point culminant, le Teniaggouri, n’est qu’à 815 mètres, nous expérimenterons toute la semaine ce ressenti très accidenté et incroyablement séduisant, grâce à la succession variée de pentes, de paysages, de sols et de végétation. Bien loin d’une horizontalité interminable qui pourrait lasser, nous enchainerons durant cette semaine dunes sablonneuses, champs de broussailles, cuvettes, collines pierreuses à grimper, plateaux à 3600, pour déboucher sur des falaises, voire une grandiose copie du Grand Canyon (en toute objectivité !) Notre trek est bel et bien un rendez-vous en terres désertiques multiples !




Sous le vent….
Après une chaude et longue après-midi entre sables et rocailles, balayée par des vents de plus en plus forts (le chèche bleu sera notre meilleur ami !), nous arrivons à notre premier bivouac sur le site Magleg Ekl Elbeyede. Nos jambes se sont bien dérouillées pour un premier jour de marche, avec quelques 30.000 pas et plus de 16 km. Notre tente commune dans laquelle nous dormirons à 5, 6 ou 7, selon les envies de belle étoile, est plantée. Deuxième coucher de soleil de la semaine, qui laisse bientôt place à la voûte céleste avec la même magie renouvelée. Mohamed en profite pour nous donner quelques premières clefs de compréhension de son pays, avant de nous laisser nous écrouler de fatigue avant 22h !






A SUIVRE…
Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos
