Jour 4 : Ode au Dromadaire

La menthe de Legrara
Mardi 20 janvier 2026.
Ce matin, il fait plus frais, le vent ayant activement rafraichi l’atmosphère durant la nuit. Mohamed nous annonce le programme : « Aujourd’hui, nous allons marcher jusqu’au pied du Mont Zarga. Mais avant, notre objectif de ce midi est ce plateau montagneux que nous apercevons là-bas ! » Il nous parait bien loin ce plateau, mais nous avons une confiance aveugle en Maitre Boydya ! Après notre fameux rituel matinal que nous commençons à bien maitriser, nous attaquons nos quatre heures de marche matinale. Le sable se fait vite remplacer par une large steppe d’arbustes et rocailles sablonneuses. Le vent ne semble pas se décider à faiblir, il nous évite d’avoir trop chaud mais l’horizon se bouche au loin de nuages menaçants.








Nous traversons la vallée de Legrara où nous tombons comme par enchantement sur un bassin d’eau qui alimente un petit champ de plantation de feuilles de menthe. Mohamed refait ses réserves de menthe auprès du jardinier, pendant que nous plongeons avec délice nos mains dans l’eau fraiche. Savourer les petits plaisirs simples…



Dromadaire ou chameau, c’est qui le boss ?
Il est temps de vous parler de notre équipage de courageux et taciturnes porteurs de la semaine, les dromadaires, menés par un vieux chamelier au dos tout courbé, son second, ainsi que Boulah, filleul de Mohamed et talentueux cuisinier.


Tout d’abord, rappelons les bases : les chameaux et dromadaires font partie de la famille des camélidés, comprenant aussi le lama et l’alpaga. Le chameau a deux bosses, alors que le dromadaire n’en a qu’une. Le chameau de Bactriane, appelé plus communément chameau, vit plutôt en Asie centrale, dans les déserts froids comme celui du Gobi. Le nom de dromadaire aussi connu comme le chameau d’Arabie, signifie en grec « chameau qui chemine » ou « vaisseau du désert » en arabe.


Le dromadaire est un habitant des déserts chauds (Sahara, péninsule Arabique…). Il se nourrit de la maigre végétation à sa disposition : plantes épineuses, herbes sèches, arbustes etc. Nous les avons vus à l’œuvre avec les acacias, ces plantes aux grosses épines très piquantes (nous y reviendrons dans un prochain épisode). Nous avons été impressionnés de voir comment leurs grosses lèvres charnues et leur langue sont en fait assez robustes pour brouter avec entrain tout acacia rencontré !



Passion acacias
Le dromadaire n’a donc qu’une seule bosse, qui contient ses réserves de graisse, qu’il sait transformer en eau si besoin. Il est capable de ne pas boire pendant plusieurs semaines. Cette année, leurs bosses sont très petites en raison de la sècheresse des derniers mois. Les chameliers doivent même les nourrir aux grains. L’espérance de vie moyenne du dromadaire (en Mauritanie) est de 25 ans.


Pas épais cette année…
Le dromadaire au Sahara est à la fois un symbole de statut, un animal d’élevage et encore un moyen de transport de marchandises. Son lait de chamelle est un aliment de base apprécié, sa peau et sa laine sont utilisées dans la fabrication de tentes, de sacs et vêtements. J’emprunte à mon amie Laetitia Marchand, elle-même de retour d’un trek dans le désert (Laet’s Move / Mouvement-K), ces quelques magnifiques mots :
Dans le désert, le dromadaire n’est pas un simple animal de portage. Il est gardien du rythme, compagnon de route, mémoire du vivant. Il avance sans lutte, s’adapte au terrain, respecte les cycles et enseigne l’essentiel : économiser l’énergie, écouter, durer.
Au Sahara, il se dit que celui qui n‘a pas de dromadaire n’a rien ! Il sert bien évidemment de dot lors des mariages traditionnels. D’ailleurs, quelques vendeurs du marché d’Atar, le dernier jour, sont littéralement tombés sous le charme indéniable de Montaine, et ont proposé à ses parents 200 et même 600 dromadaires, félicitations ! Ceux-ci ont tout simplement répondu qu’ils n’avaient pas la place…

Passion chameaux & dromadaires
Laissez-moi à présent vous raconter ma tendresse pour les camélidés. Avant de quitter la Chine courant 2021, nous avons eu la chance d’effectuer un magnifique voyage dans la région nord-ouest du Gansu et de la Mongolie Intérieure. Nous y avons notamment foulé le désert de Badai Jaran et celui de Gobi. J’ai alors démarré une petite collection de photos façon selfies-chameaux… Ce port de tête royal, cette nonchalance presque hautaine, ce squelette si flexible, cette démarche chaloupée, ce sourire en coin…bref, je suis à mon tour tombée sous le charme ! Les animaux à deux bosses des terres asiatiques, peu farouches, se sont volontiers prêtés à mon petit exercice photographique, voyez plutôt :



Chameaux chinois
La perspective de renouveler l’expérience et d’enrichir ma collection de photos était une de mes attentes de ce trek en Mauritanie. Imaginez, après les selfies-chameaux, les selfies-dromadaires, la classe ! Je me suis donc évertuée matin et soir, pendant les opérations chargement/déchargement, à proposer une carrière de futures stars à nos infatigables porteurs du Sahara. De toute évidence, ils ont ici un caractère beaucoup plus fier et craintif, car toute subtile tentative d’approche de ma part se concluait par un détournement franc et sans ambiguïté de leur tête du côté opposé… Il faut dire que mon chouchou était ce fier dromadaire au pelage presque blanc et aux yeux étonnamment bleus, qui marchait en tête du cortège, fermement tenu par le maître-chamelier. C’est parce que c’est le boss, pensaient certains… Pas du tout, c’est parce qu’il était le plus sauvage et rebelle, il fallait le tenir bien serré !



Quoi ma gueule…
Mais avec ma ténacité légendaire, j’ai donc réitéré avec espoir chaque jour mon opération séduction, pour finir par obtenir un large sourire, puis un bisou ! Fierté non dissimulée. Et j’ai pu observer que deux copines randonneuses se sont essayées à l’exercice… Aurais-je lancé une nouvelle tendance ?


Dromadaires snobs et politisés


De qui se moque-t-on ?!

Opération séduction


Un sourire puis un bisou !



La dromania, prochaine tendance des réseaux sociaux !
Zarga, nous voilà !
Nous continuons notre progression pour finalement s’arrêter pour la pause déjeuner, tentant de nous abriter du vent qui souffle par rafales. Difficile de jouer aux cartes dehors, on ressort donc les mots fléchés communautaires. Le sable s’infiltre partout, il craque sous la dent, les chèches et lunettes sont indispensables. Stéphanie, moqueuse, me rappelle combien ce sable m’agace l’été sur notre plage familiale de Saint-Georges-de-Didonne… Moi, je trouve que ma marge de tolérance a bien progressé ! Le jardinier de la menthe nous rejoint et nous demande si nous avons du paracétamol à lui laisser, ce que nous nous empressons de faire bien sûr !



Les traces du vent
Le mont Zarga se détache au loin, enveloppé dans une brume qui le rend encore plus mystérieux. Avec sa découpe de pics dentelés, son profil évoque un château fort hanté imprenable… Cette montagne est en quelque sorte la frontière géologique entre les dunes de l’erg Ouarane que nous avons arpentées et le désert rocailleux du plateau de Leimeizine, qui nous attend pour demain. On passe bel et bien en un jour d’un désert de sable à un désert de pierre !

Nous marchons encore deux bonnes heures sur un terrain extrêmement plat pour une fois, avec toujours ces rafales de vent et sous une lumière rasante de toute beauté. Bilan du jour : 35.000 pas et 19 à 20 km, pas mal !

Lune en sourire et pain des sables
Ce soir, au bivouac du cirque de Dkhali Loumeizine, la lune a des airs de smiley avec son croissant positionné en large sourire : certainement la promesse d’un lendemain riche en nouvelles découvertes !

Mais surtout, le moment culminant de la soirée au coin du feu est la confection du pain des sables de Mohamed, le meilleur boulanger du quartier ! Sous nos yeux d’enfant, il mélange dans une bassine de la farine de blé, de l’eau, du sel et…c’est tout ! Sa technique de pétrissage assez physique est impressionnante à voir. Il fait ensuite un trou dans les braises, dispose sur le sable chaud la galette de pain, la recouvre de sable puis de braises, et voilà ! Grâce à sa chaleur, le sable ne se mélangera pas à la pâte. Environ 20 minutes plus tard, il la retourne (tout un art de ne pas se brûler les mains), puis la recouvre de nouveau pendant 10 à 15 min. A la fin, il sort le pain du « four du désert », époussette le sable chaud de la surface croutée qui s’est formée, et c’est prêt ! Tout le monde a hâte de goûter le lendemain matin (sauf moi malheureusement, instant Calimero…)


Cuisson du pain dans le four du désert, puis sortie du four !
Il est frais mon poisson, il est frais !
Mohamed profite de sa séquence boulangerie pour nous parler des ressources naturelles de la Mauritanie qui sont étonnamment variées : de l’agriculture (dattes, millet, sorgho, mais, riz), de l’élevage (bovins, ovins, caprins, camélidés), de la pêche grâce à ses 800 km de côtes considérées comme les plus poissonneuses au monde, des mines de fer (40% des exportations) et même de l’hydrocarbure offshore ! Mais il résume ironiquement la situation :
Nous en Mauritanie, nous devrions être payés à ne rien faire ! Nous avons tout, les meilleures dattes du continent, des céréales, du bétail, une richesse poissonneuse incroyable, des mines de fer… mais nous restons pauvres !


Du lever au coucher du soleil, la beauté du désert de Mauritanie…
