L’APPEL DU DÉSERT – 7

Jour 5 : La Bascule

Dame Nature

Mercredi 21 janvier 2026.

Nous sommes à la moitié de notre séjour comme le font remarquer avec une pointe de nostalgie ceux qui ont encore la notion du temps… Mais impossible de penser à cela, nous allons profiter au maximum de ce qu’il nous reste à vivre de cette expérience !

Comme annoncé dans l’épisode précèdent, nous allons aujourd’hui nous immerger dans un décor complètement différent des dunes ensablées avec l’ascension du plateau de Leimeizine. La journée débute sous un lever de soleil aussi rose orangé que magique. Profonde gratitude envers notre Mère Nature…

Le petit-déjeuner est une première fête avec la dégustation du délicieux pain des sables confectionné la veille par Mohamed (à relire ici), accompagné de nouvelles confitures, et toujours de La Vache qui rit, pour le plus grand bonheur de tous !

Soudain, nous apercevons au loin la méharée d’un autre groupe : Mais comment cela, nous ne sommes pas seuls au monde ?

Nous attaquons les pentes rocailleuses et arides qui s’offrent à nous, un bon échauffement matinal pour les cuisses !

En pente douce

Là-haut, nous découvrons un panorama de toute beauté, avec une large vue sur le Canyon d’Irat. Le vent souffle fort mais cette fois, plus de sable qui vole ! Une pause contemplative s’impose…

Nous redescendons peu à peu vers la vallée d’Irat, qui retrouve des airs de brousse. La pause méridienne sera longue aujourd’hui, récompense de ces deux derniers jours intenses. Nous savourons ! Le vent est totalement tombé et le soleil donne tout ce qu’il peut. Nous avons gagné quelques degrés et ressortons la crème solaire.

Ulrique et les acacias

Depuis le début du séjour, nous avons fait la connaissance des acacias du Sahara, ces plantes qui poussent sous forme d’arbres en parasol, d’arbustes ou parfois de buissons, affublées de redoutables épines, et qui constituent un aliment apprécié de nos dromadaires.

Petit précis botanique : les acacias du Sahara sont de arbres remarquables, adaptés à l’un des environnements les plus arides de la planète. Ces arbres, souvent considérés comme les reliques d’un climat plus humide, survivent dans des zones recevant parfois moins de 50 mm de pluie par an, notamment dans les lits des oueds (rivières asséchées). Il en existe plusieurs variétés dont :

L’Acacia Tortilis (ou Vachellia tortilis) : sans doute l’arbre le plus emblématique du Sahara, persistant sur les bords du désert et jouant un rôle d’arbre nourricier pour d’autres plantes, de nourriture pour les animaux et de bois pour le feu.

L’Acacia Senegal (Gommier blanc) : l’espèce la plus importante économiquement, produisant une gomme arabique de haute qualité.

Les acacias poussent de façon erratique dans le sable ou sur les sols mixant sable et rocailles. Autrement dit, nous en croisons à peu près tous les jours : lors de nos heures de marche, pendant les pauses en cherchant un endroit où s’asseoir, autour de nos tentes de bivouac, lors de nos « pauses techniques », armés du précieux rouleau de papier toilette/briquet (et c’est là où le danger est le plus grand !) etc.

Les branches d’acacias sont vicieuses, elles se cachent dans le sable, elles se camouflent en prenant la couleur de la rocaille, elles laissent trainer leurs épines par terre, bref, un véritable fléau pour notre délicate peau, nos mains qui se balancent quand nous marchons, ou nos pieds chaussés de tongs le soir ! Et dans notre bande, Ulrique s’est illustrée dès le début par une attirance toute particulière pour ces végétaux. Il ne s’est pas passé une journée sans qu’elle n’en expérimente l’épineuse caresse, jusqu’à nous inventer la danse des acacias, avant de frôler l’infection galopante sous un pied…

La danse de l’acacia, suivie de l’opération sans anesthésie…

Ulrique, il ne te reste plus qu’à exploiter tes talents de botaniste en lançant une culture d’acacias à Wissant ! Ça devrait bien tenir la dune, non ?!

Pacotilles

L’après-midi sera presque tranquille, à sillonner entre sable et rocailles. Nous croisons des vendeuses de pacotilles qui sortent d’on ne sait où. Séquence reconnection avec la civilisation, certaines se laissent aller aux charmes de la négociation pour rapporter quelques souvenirs.

Nous arrivons en douceur au lieu de campement du soir, Lemgueite, au creux d’une vallée entre deux petites barres de rochers, totalement abrité du vent. C’est le lieu idéal pour une petite séance de stretch musculaire. Montaine, quant à elle, tente de soulager son tendon d’Achille malmené par ce qui ressemble à un début de tendinite, entre eau salée, baume et bandage. Les vendeuses du désert nous ont suivis, espérant faire de nouvelles affaires, mais surtout pour profiter de notre légendaire gentillesse pour socialiser, échanger nos prénoms, quelques mots, un moment rare et précieux !

Soirée spaghettis-tarot, avec bien évidemment le thé à la menthe de rigueur, que Mohamed agrémente systématiquement de sa petite pipe.

Les phrases du séjour

Notre semaine a été ponctuée d’une série de petites phrases, qui sont bientôt devenues culte. Je ne résiste pas au plaisir de vous en dévoiler les meilleures, prononcées par le truculent Mohamed :

  • Il est l’heure de se lever, c’est pas férié aujourd’hui…
  • Fumer tue ! Mais c’est pas écrit sur mon sachet de tabac !
  • Ici, tout est noir…
  • Boulah + phrase en arabe + objet de la demande en français :

Boulah ! … chargeur !

Boulah ! … briquet !

Boulah ! … bassine !

  • Allez, on marche une heure encore… (Une heure de Mohamed, oui…)
  • C’est pas loin, c’est juste là-bas ! (Même registre)
  • Vous posez trop de questions vous les Français…
  • Vous mangez trop vous les Français ! En été, tous les soirs, c’est barbecue, rosé…
  • Mohamed, comment font les éleveurs pour retrouver leurs dromadaires égarés dans le désert ? T’as déjà entendu parler du téléphone arabe ?!
  • Quelle heure est-il ? Il est chameau moins le quart !

Et notre phrase culte dans sa version la plus « correcte » :

  • Les chameaux ne sont pas arrivés, on a le temps !

(Imaginez tout ce qu’on a le temps de faire en toute discrétion avant l’arrivée des dromadaires qui ont l’art d’investir chaque recoin touffu du bivouac…)

Le téléphone arabe

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