Jour 6 : Tutoyer ciel et terre

Jeudi 22 janvier 2026.
On a marché sur la lune
Peu après notre départ, Mohamed nous annonce : « Ce midi, nous ferons notre pause dans une oasis avec piscine ! » On imagine bien que ce ne sera pas la piscine d’un hôtel 5 étoiles (fort heureusement), mais nous n’avons pas nos maillots de bain, ils sont sur les dromadaires ! Comme à son habitude, Mohamed ne nous donne aucun détail supplémentaire, expert en l’art d’aiguiser notre curiosité…
Nous quittons notre charmant bivouac de la veille pour attaquer une ascension assez raide de la petite montagne face à nous, slalomant entre les rochers. La vue en haut est encore plus stupéfiante que celle de la veille ! Le plateau de Vares est une vaste étendue infinie de désert rocailleux offrant un panorama à 3600. Je me demande quelle a été la dernière fois que j’ai pu admirer une telle vue circulaire sans aucun obstacle à l’horizon… On se croirait sur la lune !





Plateau de Vares
Nous profitons de ce moment suspendu, où nous tutoyons au même instant le ciel et la terre. Les dimensions spatio-temporelles sont à la fois impalpables et très ancrées…
Mais après la montée, il faut bien redescendre, dans tous les sens du terme… Au bout du plateau de Vares, nous entamons donc la descente jusqu’à une étonnante route, une large piste de cailloux et de terre, qui s’étire loin devant nous. La civilisation reprend peu à peu ses droits puisque nous croisons quelques panneaux de signalisation assez incongrus dans ce décor, sans vraiment comprendre à qui ils s’adressent !




Cette route est décidément interminable et le paysage bien moins séduisant, mais avouons que notre niveau d’exigence esthétique a sacrément augmenté ces derniers jours ! Il fait bien chaud à présent, nous tentons de stocker un maximum de vitamine D et profitons de ce ciel presque bleu marine. « Mais quand est-ce-qu’on arrive ? » ose lancer l’un ou l’une d’entre-nous…
M’Haireth la verte
Quand tout à coup, au détour de l’unique virage, se dévoile sous nos yeux une longue vallée en contrebas, accueillant en son cœur une immense palmeraie en forme de ruban qui serpente, coincée entre falaises et dunes : bienvenue à l’oasis de M’Haireth !

M’Haireth est l’une des plus grandes oasis de l’Adrar mauritanien – qui en contient environ 60 – puisque sa palmeraie fait plus de 7 km de long, certains disent même 10 ou 15 km ! Située entre le mont Zarga et l’oasis de Tergit, elle est un véritable poumon végétal et économique local. Elle s’illustre par ses huttes en palmes tressées au toit arrondi appelées tikits, dont les portes sont constituées de toiles de tissus chatoyants. Il n’est pas rare d’y voir une antenne TV ou satellite plantée au sommet ! Mohamed nous explique que cette oasis est très prisée des citadins d’Atar durant l’été, lorsque la température dépasse les 450. Ici au moins, il y a l’ombre des palmiers et quelques points d’eau pour se rafraichir…


Vous reprendrez bien quelques dattes ?
La spécialité de M’Haireth, ce sont ses dattes bien sûr, fruit de ses nombreux palmiers. Elles sont d’ailleurs réputées pour être les meilleures de la région. Nous entrons dans l’enclos de l’auberge Toul (cela ne s’invente pas !) et prenons place sur les matelas et coussins, disposés sous une toile tendue entre les palmiers : quel confort pour nos séants et nos jambes ! Et comble du luxe, il y a effectivement une petite piscine, de style jacuzzi, et de vraies toilettes. On est bien peu de choses après cinq jours dans le désert…


Le thé à la menthe accompagné de ses dattes/cacahuètes/biscuits précédant le repas a une saveur toute particulière. Sans parler de la sieste digestive et de la discrète mais divine trempette !


Seule « ombre » au tableau, Mohamed a de la connexion internet qu’il nous partage ! Passée la reconnexion appréciable avec nos proches pour donner et prendre quelques rapides nouvelles, la tentation d’aller flâner sur la toile est là… Mais l’autodiscipline reprend le dessus et nous nous déconnectons rapidement du monde pour replonger avec délice dans notre bulle, et resserrer un peu plus les liens qui nous unissent.
Palmier dattier (A répéter 3 fois…)
Le palmier dattier est un des piliers de l’économie et de l’écologie de la Mauritanie. Le Phoenix dactylifera est tout d’abord l’arme numéro un contre le vent et les tempêtes de sable. Et dans le palmier dattier, tout est bon : le tronc, les feuilles, les noyaux et les fruits ! On en fait des matériaux de construction, de l’artisanat, du fourrage pour les bêtes (chèvres, ânes, dromadaires etc.) et du commerce de dattes. Il existe beaucoup de variétés de dattes en Mauritanie, mais elles sont toutes réputées pour être de petite taille et peu sucrées, ce qui assure leur succès ! Les palmeraies jouent un rôle vital dans l’organisation de la vie locale, et constituent une halte appréciée des touristes du désert.

L’art pariétal de l’Adrar
Le saviez-vous ? La Mauritanie et notamment la région de l’Adrar sont connues pour abriter de nombreuses traces humaines datant du Néolithique, soit il y a environ 7.000 ans avant JC… Parmi ces vestiges, encore peu explorés, et malgré l’incessant travail d’érosion du vent et du sable, figurent quelques gravures et peintures, témoignant d’une ère humide, où animaux et humains jouissaient d’un environnement verdoyant.
Précis lexical :
- Art pariétal (« art des cavernes ») : peinture, dessin, gravure ou sculpture au sein de grottes ou dans des abris sous roche.
- Art rupestre (« art des rochers ») : peinture, dessin, gravure ou sculpture réalisés en extérieur, sur des parois rocheuses ou sur le sol, et en général de taille significative.
Nous n’avons pas eu l’occasion d’en voir, mais Mohamed m’a partagé quelques photos du plus bel effet !



Art pariétal, au-dessus de la Passe de Tifoujar
On ne lâche rien !
« La sieste est terminée les amis, on repart » nous lance Mohamed, toujours bon pied, bon œil. Sillonnant les ruelles de l’oasis, tristement jonchées de déchets plastiques – toujours eux – mais où enfants et mini-chèvres babillent gaiement lors de notre passage, nous sortons du village et démarrons sous un soleil de plomb l’ascension d’un pan de la falaise qui borde la palmeraie : il sait nous réveiller les gambettes ce Mohamed !
Les efforts s’oublient vite tant la beauté sauvage des paysages reprend le dessus, entre rochers plantés dans le sable et de nouveau un panorama époustouflant !



Poursuivant notre progression, nous redescendons vers l’oued Ichif, et retrouvons avec bonheur le sable soyeux des dunes.



Lawrence d’Arabie
La surprise de l’après-midi sera de retrouver nos dromadaires avant le bivouac, délestés de nos sacs. C’est la séquence touristique tant attendue du tour en dromadaire ! Entre appréhension, grosse rigolade, pitié pour nos montures et émotion pour Ulrique de symboliquement renouer avec ses racines, nous rejouons, avec un peu d’imagination, une scène de Lawrence d’Arabie (pas très 2026 tout ça…)







Nous nous rapprochons définitivement de la civilisation puisque nous croisons encore une autre méharée de touristes, ainsi qu’une auberge, qui propose assez maladroitement des tours de dromadaires et de découverte du désert, alors que nous en sortons ! Nous remarquons par ailleurs que notre guide s’est habillé « comme à la ville » aujourd’hui, troquant sarouel, daraa et hawli contre une paire de jeans et un T-shirt orange !
Arrivant sur notre lieu de bivouac, Mohamed se livre, à notre demande, à une cérémonie pédagogique du thé à la menthe, nous détaillant chaque étape, afin que nous puissions tenter de reproduire la scène une fois rentrés chez nous : un demi-verre de thé, de la menthe, juste un peu de sucre, de l’eau pas trop chaude, et voilà ! Rappelez-vous :
Le premier verre est dur comme la vie,
Le deuxième est doux comme l’amour,
Le troisième est suave comme la mort !


Le coucher de soleil sera rougeoyant à souhait pour notre dernier soir dans le désert…


