L’APPEL DU DÉSERT – 9

Jour 7 : Le Temps Suspendu

Vendredi 23 janvier 2026.

Sortie de désert

Aujourd’hui est un jour particulier.

Nous quittons notre bivouac avec plusieurs pensées qui se bousculent en vrac dans nos esprits. Pour nous, une page se tourne : sur le désert, sur cette vie au rythme du lever et du coucher du soleil, sur les longues et précieuses journées de marche et d’échanges, sur les soirées autour du feu avec Mohamed, sur les nuits étoilées, sur les selfie-dromadaires…

Cette belle journée reste cependant porteuse de belles promesses : une dernière marche pour sortir du désert, la découverte de la mythique oasis de Terjit, la visite d’Atar, une dernière nuit en auberge avec – détail non négligeable – un vrai lit et une douche !

Nous entamons donc avec entrain, et une pointe de nostalgie, notre marche matinale, bien moins anodine qu’il ne semble. Car nous allons vivre en peu de temps un véritable condensé de notre semaine : du sable, des rochers, quelques plantes, des palmiers, une vue panoramique encore époustouflante, le tout sous un ciel bleu Klein ! Nous croisons même d’humbles tombeaux pré-islamiques !

Se retourner une dernière fois

S’asseoir et contempler

Tombeaux pré-islamiques

Dernier panorama

La descente s’amorce en douceur. Puis le chemin se resserre et sillonne vers une paroi de falaise. Le sol sablonneux est ocre comme jamais, les palmiers se multiplient, l’humidité se fait progressivement ressentir, avec un parfum de jungle. La pente s’accentue, quelques grosses pierres, une corde même pour se tenir, un gué à traverser, on entend quelques voix au loin et un bruit d’eau qui coule.

Soudain, comme par enchantement, encore timidement cachée derrière des feuilles de palmier, l’oasis apparait ! Tout en longueur, elle se dévoile peu à peu : un ruisseau qui court, un bassin propice à la baignade, de nombreux palmiers, l’ombre des falaises qui l’encadrent et quelques tentes colorées : voici Terjit la belle !

Terjit, un goût de paradis

Terjit, rien que ce nom évoque des couleurs, des odeurs, de l’exotisme, du mystère aussi… Située à 50 km au sud de la ville d’Atar, Terjit (ou Tergit) est une des oasis les plus connues de Mauritanie et de la région de l’Adrar. Littéralement nichée, voire cachée, au creux de hautes falaises couleur ocre, elle est irriguée par des sources d’eau chaude et froide qui ruissellent, ou suintent selon le débit, le long des parois, pour être recueillie dans des réservoirs naturels. Très ombragée grâce à ses palmiers et à la hauteur vertigineuse des falaises qui l’encadrent, ce joyau aux portes du désert est extrêmement prisé pendant la saison chaude. C’est aussi une halte iconique pour les randonneurs du désert. L’accueil local est authentique, chaleureux et discret à la fois, simple, presque dépouillé. Terminer un trek dans l’Adrar mauritanien par une pause à Terjit est une chance et un incontournable !

Nous prenons nos quartiers sous une tente, pendant qu’un thé de bienvenue se prépare. Nous sortons les maillots de bain pour vivre l’expérience du bain de Terjit. Nous nous glissons dans ce bassin peu profond (avec plus ou moins de facilité…), tout à la sensation presque oubliée d’immerger son corps dans l’eau. Imaginez la délectation ! A la sortie de ce bain pas comme les autres, nous séchons sous le soleil mi-ombragé, les uns sortent un livre, les autres les mots fléchés, chacun trouve sa place, la magie opère, le temps se suspend.

Faites comme chez vous…

Après un dernier déjeuner sous la tente, Mohamed, déjà investi sur son prochain trek qui démarre le lendemain, nous invite à rejoindre les 4×4 (monopole Toyota) à la sortie de l’oasis, pour rouler vers Atar. En chemin, nous admirons les plantations de palmiers au pied des montagnes, et il nous montre fièrement sa propre plantation !

Sur la route de Terjit à Atar

En moins d’une heure, car la route est goudronnée cette fois, nous arrivons à Atar et prenons nos quartiers à l’auberge Alpha, aux ravissantes huttes arrondies. L’aubergiste nous accueille avec une phrase qui restera culte :

Faites comme chez vous, mais n’oubliez pas que vous êtes chez moi !

L’auberge Alpha à Atar

De la datte en peau de chèvre

Autour d’un dernier thé à la menthe tous ensemble, nous sentons l’émotion pointer puisque c’est l’heure de nos adieux à Mohamed… Il nous aura assurément tous marqués et fut une clef de voûte essentielle à cette semaine d’exception. Après échanges de coordonnées et autres dons de médicaments, Mohamed nous offre à chacun un cadeau improbable : une boule de pâte de dattes enveloppée dans de la peau de chèvre ! « Cela se consomme comme un jambon ou un saucisson : tu coupes une tranche, tu ôtes la peau de chèvre, et tu dégustes ! Il suffit d’emballer le reste dans un film plastique et cela se conserve des semaines. »

Bien évidemment, j’ai testé une fois rentrée à Londres, et c’est délicieux ! Enfin à petite dose, comme un petit snack sucré… Rassurez-vous, la peau de chèvre ne laisse aucun goût ni parfum !

Retour sur la magie des soirées autour du feu

Avec son humour incisif, mais aussi parfois avec grand sérieux et une érudition certaine, Mohamed s’est un peu livré à nous au cours de cette semaine, lors de discussions autour du feu ou au détour de nos dégustations de thé à la menthe. Avec humanité, authenticité et sincérité, il a répondu à nos nombreuses questions (trop parfois à son goût), nous surprenant par son esprit critique et sans filtre, d’habitude si français. Voici quelques-uns des sujets abordés : sa passion du désert, la beauté du ciel étoilé, le tourisme dans le désert, les ressources de la Mauritanie, le recyclage des déchets, la gestion de l’islamisme radical, le travail des imams auprès des prisonniers djihadistes pour les remettre dans le droit chemin, le décalage entre l’image de la Mauritanie en France et la réalité, mais aussi son activité de guide, ses mois passés en Europe pour se faire connaitre des agences, son amour pour la France etc. Un grand homme et une belle rencontre !

Retour urbain en douceur à Atar

Après une douche fort appréciée, nous partons à pied avec le fidèle Boulah vers le centre d’Atar. Capitale de la région de l’Adrar, cette ville caravanière comptait quelques 35.000 habitants en 2023. Elle est connue pour son commerce de dattes et son rôle de carrefour majeur pour le tourisme dans le désert. Elle a accueilli une importante garnison militaire française à l’époque de la colonisation.

Nous longeons de nombreuses institutions locales et nationales pour l’éducation, la culture, l’économie, avant d’arriver sur le marché d’artisanat local. Un tantinet touristique, puisque nous sommes plusieurs groupes de Français à flâner d’un stand à l’autre… Bijoux, chèches, couteaux, pipes à tabac, objets de déco divers et variés, le choix ne manque pas et tout semble effectivement de fabrication locale. Certains se laissent tenter par l’achat d’un souvenir à l’issu d’une petite négociation. Cette visite du marché d’Atar est alors le théâtre de l’anecdote relatée dans mon Ode au Dromadaire : après lui avoir vendu une paire de boucles d’oreille, le vendeur, tombé sous le charme de Montaine, propose à ses parents au moins 200 dromadaires, offre bientôt renchérie à 600 dromadaires, respect !

Nous évoluons vers les rues des alentours, pleines d’échoppes alimentaires ou vendant un peu tout et n’importe quoi. Les étals débordent de légumes, parfois très similaires aux nôtres. Des baguettes de pain sont exposées dans des brouettes. Le calme relatif du vendredi donne l’étrange impression de vie à la fois grouillante et ralentie, sous l’œil attentif de quelques policiers au milieu du carrefour.

Du coiafeur moderene à Picasso…

L’ambiance est raisonnablement animée, ça négocie en douceur, des vendeuses proposent des dattes, cacahuètes ou cigarettes sur le trottoir, les deux-roues rafistolés slaloment entre les voitures d’une autre ère dans un ballet erratique mais sans heurts. Cette atmosphère me replonge avec délice quelques années en arrière dans celle des marchés du centre de Shanghai…

Après un menu de fête (crudités-poulet-frites) concocté par notre aubergiste, nous savourons notre dernière soirée, plus fraîche sans le feu de camp, bercés par des airs de fête du vendredi soir au loin.

Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos.

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