L’APPEL DU DÉSERT – 10

Jour 8 : On repart ?

Samedi 24 janvier 2026.

C’est la fin…

Ce matin, pas d’échappatoire possible, il faut partir. Quitter la Mauritanie, se séparer de ce groupe au sein duquel nous avons vécu une semaine forte, inattendue et inoubliable, reprendre le cours de nos vies, mais assurément,

Il y aura un avant et un après…

Heureusement, il nous reste quelques heures entre deux mondes. On grapille ce que l’on peut, et la queue totalement désordonnée à l’aéroport est presque « agréable », ou tout du moins amusante. Une queue pour s’enregistrer, une autre pour le contrôle des bagages, une troisième pour enregistrer son bagage, une dernière pour le passage dans le portique de sécurité, le tout au milieu d’un mix de personnel et de militaires. Beaucoup de monde pour une efficacité toute relative, signe que nous reprenons bien vite nos habitudes et exigences de productivité, d’organisation optimale et de perte de temps minimale.

Mais à quoi bon, puisque de toutes façons, il n’y a qu’un avion, qui n’est pas encore arrivé, et que nous monterons tous dedans ! L’attente qui suit, à boire du café et faire quelques derniers achats de verres à thé, Vache qui rit et autres biscuits du chamelier, nous permet de passer en revue nos meilleurs moments et mettre en place la stratégie du partage de photos, pour éviter de songer à comment nous nous dirons au revoir, la boule au ventre, les larmes aux yeux, quelques heures plus tard.

Les jours d’après

Revivre cette semaine en Mauritanie, en mots et en photos fut pour ma part une manière salutaire d’atterrir en douceur. Difficile de résumer, de conclure, de tourner la page. Juste quelques derniers mots qui résonnent encore fort en moi :

  • Une expérience brute, sensorielle, immersive
  • Des journées baignées de lumière, des couleurs, du bleu profond, de l’ocre, du jaune
  • Le sable, les dunes, la minéralité, l’ivresse du vent
  • Le silence apaisant, la beauté majestueuse, l’horizon à 360 degrés
  • La voûte céleste, enveloppante et infinie, l’émotion intense
  • Le groupe soudé, instinctivement, naturellement
  • Les moments de solitude, se retrouver soi-même
  • Le parfum du thé à la menthe, les dromadaires, dociles, impassibles et fiers, en osmose avec les éléments
  • La chaleur humaine combinée à la pudeur discrète des Mauritaniens rencontrés, notre exceptionnel guide Mohamed

Impressions mêlées de notre mythique « Bande à Adrar »

Hélène :

La Mauritanie, le désert… Qu’allais-je donc y chercher ?

Le silence, l’aventure, la beauté du monde, son origine, les étoiles, mes rêves d’enfant. L’amitié, la marche, la rencontre avec d’autres, la confrontation avec moi-même, la vie nomade, le dépassement de soi, la solidarité dans l’effort. L’infini, l’absolu, la nature à l’état pur, la déconnexion, le Petit Prince, l’horizon…

Et qu’y ai-je donc trouvé ?

Tout, en condensé et en déploiement, chaque instant d’une rare densité, le temps qui s’étire… Et un émerveillement qui chaque jour m’a gagnée, au-delà de toute attente.

Pascal :

Le désert, j’en avais envie mais je ne savais pas quoi en attendre… Et puis, après ces quelques jours hors du temps et de l’espace, le désert a laissé une vraie trace en moi, dans mon cœur et dans ma tête.

Bien plus qu’un voyage, c’est le silence, la lenteur, l’immensité, le bruit du vent, la beauté des couleurs de l’aube et des ciels étoilés.

Le désert reste pour moi une expérience inédite, bien au-delà d’un dépaysement total.

Ce sont de belles rencontres, de l’émerveillement face aux couleurs et aux contrastes… Et c’est surtout d’avoir goûté le temps de prendre le temps, de me sentir en paix, d’avoir pu renouer avec l’essentiel, la sérénité… En total contraste avec certaines absurdités de notre monde.

Montaine :

Difficile pour moi d’écrire seulement quelques mots sur la parenthèse enchantée que fut cette semaine en Mauritanie. Je n’arrive pas à choisir un moment, un souvenir ni une journée, donc je préfère dire ce que j’en ai ramené :

Des belles leçons de thé vert, une (non deux !) tendinites, des images d’horizons infinis gravées dans la mémoire, et surtout le cœur plein de gratitude et d’amour. On y retourne la bande à Adrar ??

Ulrique :

Ma semaine en Mauritanie, ce sont trois moments forts, dont deux rêves de gosse : Marcher dans le sable du désert. Monter sur un chameau. La rencontre avec Maitre Boydya, ce guide si humaniste, si érudit, une rencontre vraiment magnifique.

Ma grande surprise fut l’émotion éprouvée en quittant l’oasis de M’Haireth, en remontant la côte avec tous les enfants qui nous suivaient. J’étais bouleversée, j’ai pris beaucoup de photos de l’oasis qui devenait de plus en plus petite derrière nous. Je suis née en Algérie dans une oasis. Je n’en ai pas de souvenirs car j’en suis partie à l’âge de 2 ans, mais j’ai en tête tout ce que mes parents m’en ont raconté et c’était un fantasme.

Autre belle surprise : notre groupe. Nous avons tout de suite formé un groupe très uni, et je me suis étonnamment sentie misanthrope sur la fin, à l’oasis de Terjit : je n’avais pas envie de voir d’autres gens. Je ne m’y attendais pas mais je ne voulais pas qu’on se quitte, j’étais très triste de partir, j’avais l’estomac noué.

J’en suis revenue avec une énorme réserve d’énergie et de sérénité. Des images me reviennent et me rendent forte. Cela m’aide énormément dans mon travail.

Et pour terminer sur quelques anecdotes drôles :

La guigne du couple Michon : entre les attaques répétées des acacias pour moi et pour Pascal, le lit qui s’effondre la première nuit à l’auberge Nouatil, puis la toile de tente qui lui tombe sur la tête la nuit de grand vent… Il fallait que cela cesse !

« Boulah… ! », je croyais que c’était une expression arabe, et non un prénom, vu la façon dont Mohamed le disait !

Stéphanie :

Ce voyage a été bien au-delà de ce que j’avais imaginé. Cette rencontre avec le désert et la vie nomade ont été d’une rare intensité :

  • La magie de l’horizon qui s’approche à la seule force de nos jambes
  • Les lumières incroyables
  • Mon étonnement face à ces paysages sans aucune odeur
  • Ma joie d’entendre l’eau qui coule en arrivant à Terjit
  • La course de la ceinture d’Orion au fil de la nuit sous laquelle il fait bon dormir
  • Notre guide d’une rare humanité
  • Le sentiment d’immense gratitude avec lequel j’ai vécu cette semaine de marche : d’être là, de vivre cela, d’avoir ces six dans ma vie  

    Merci à tous pour votre accompagnement durant ces 10 épisodes, vos contributions, photos et commentaires.

    L’APPEL DU DÉSERT – 9

    Jour 7 : Le Temps Suspendu

    Vendredi 23 janvier 2026.

    Sortie de désert

    Aujourd’hui est un jour particulier.

    Nous quittons notre bivouac avec plusieurs pensées qui se bousculent en vrac dans nos esprits. Pour nous, une page se tourne : sur le désert, sur cette vie au rythme du lever et du coucher du soleil, sur les longues et précieuses journées de marche et d’échanges, sur les soirées autour du feu avec Mohamed, sur les nuits étoilées, sur les selfie-dromadaires…

    Cette belle journée reste cependant porteuse de belles promesses : une dernière marche pour sortir du désert, la découverte de la mythique oasis de Terjit, la visite d’Atar, une dernière nuit en auberge avec – détail non négligeable – un vrai lit et une douche !

    Nous entamons donc avec entrain, et une pointe de nostalgie, notre marche matinale, bien moins anodine qu’il ne semble. Car nous allons vivre en peu de temps un véritable condensé de notre semaine : du sable, des rochers, quelques plantes, des palmiers, une vue panoramique encore époustouflante, le tout sous un ciel bleu Klein ! Nous croisons même d’humbles tombeaux pré-islamiques !

    Se retourner une dernière fois

    S’asseoir et contempler

    Tombeaux pré-islamiques

    Dernier panorama

    La descente s’amorce en douceur. Puis le chemin se resserre et sillonne vers une paroi de falaise. Le sol sablonneux est ocre comme jamais, les palmiers se multiplient, l’humidité se fait progressivement ressentir, avec un parfum de jungle. La pente s’accentue, quelques grosses pierres, une corde même pour se tenir, un gué à traverser, on entend quelques voix au loin et un bruit d’eau qui coule.

    Soudain, comme par enchantement, encore timidement cachée derrière des feuilles de palmier, l’oasis apparait ! Tout en longueur, elle se dévoile peu à peu : un ruisseau qui court, un bassin propice à la baignade, de nombreux palmiers, l’ombre des falaises qui l’encadrent et quelques tentes colorées : voici Terjit la belle !

    Terjit, un goût de paradis

    Terjit, rien que ce nom évoque des couleurs, des odeurs, de l’exotisme, du mystère aussi… Située à 50 km au sud de la ville d’Atar, Terjit (ou Tergit) est une des oasis les plus connues de Mauritanie et de la région de l’Adrar. Littéralement nichée, voire cachée, au creux de hautes falaises couleur ocre, elle est irriguée par des sources d’eau chaude et froide qui ruissellent, ou suintent selon le débit, le long des parois, pour être recueillie dans des réservoirs naturels. Très ombragée grâce à ses palmiers et à la hauteur vertigineuse des falaises qui l’encadrent, ce joyau aux portes du désert est extrêmement prisé pendant la saison chaude. C’est aussi une halte iconique pour les randonneurs du désert. L’accueil local est authentique, chaleureux et discret à la fois, simple, presque dépouillé. Terminer un trek dans l’Adrar mauritanien par une pause à Terjit est une chance et un incontournable !

    Nous prenons nos quartiers sous une tente, pendant qu’un thé de bienvenue se prépare. Nous sortons les maillots de bain pour vivre l’expérience du bain de Terjit. Nous nous glissons dans ce bassin peu profond (avec plus ou moins de facilité…), tout à la sensation presque oubliée d’immerger son corps dans l’eau. Imaginez la délectation ! A la sortie de ce bain pas comme les autres, nous séchons sous le soleil mi-ombragé, les uns sortent un livre, les autres les mots fléchés, chacun trouve sa place, la magie opère, le temps se suspend.

    Faites comme chez vous…

    Après un dernier déjeuner sous la tente, Mohamed, déjà investi sur son prochain trek qui démarre le lendemain, nous invite à rejoindre les 4×4 (monopole Toyota) à la sortie de l’oasis, pour rouler vers Atar. En chemin, nous admirons les plantations de palmiers au pied des montagnes, et il nous montre fièrement sa propre plantation !

    Sur la route de Terjit à Atar

    En moins d’une heure, car la route est goudronnée cette fois, nous arrivons à Atar et prenons nos quartiers à l’auberge Alpha, aux ravissantes huttes arrondies. L’aubergiste nous accueille avec une phrase qui restera culte :

    Faites comme chez vous, mais n’oubliez pas que vous êtes chez moi !

    L’auberge Alpha à Atar

    De la datte en peau de chèvre

    Autour d’un dernier thé à la menthe tous ensemble, nous sentons l’émotion pointer puisque c’est l’heure de nos adieux à Mohamed… Il nous aura assurément tous marqués et fut une clef de voûte essentielle à cette semaine d’exception. Après échanges de coordonnées et autres dons de médicaments, Mohamed nous offre à chacun un cadeau improbable : une boule de pâte de dattes enveloppée dans de la peau de chèvre ! « Cela se consomme comme un jambon ou un saucisson : tu coupes une tranche, tu ôtes la peau de chèvre, et tu dégustes ! Il suffit d’emballer le reste dans un film plastique et cela se conserve des semaines. »

    Bien évidemment, j’ai testé une fois rentrée à Londres, et c’est délicieux ! Enfin à petite dose, comme un petit snack sucré… Rassurez-vous, la peau de chèvre ne laisse aucun goût ni parfum !

    Retour sur la magie des soirées autour du feu

    Avec son humour incisif, mais aussi parfois avec grand sérieux et une érudition certaine, Mohamed s’est un peu livré à nous au cours de cette semaine, lors de discussions autour du feu ou au détour de nos dégustations de thé à la menthe. Avec humanité, authenticité et sincérité, il a répondu à nos nombreuses questions (trop parfois à son goût), nous surprenant par son esprit critique et sans filtre, d’habitude si français. Voici quelques-uns des sujets abordés : sa passion du désert, la beauté du ciel étoilé, le tourisme dans le désert, les ressources de la Mauritanie, le recyclage des déchets, la gestion de l’islamisme radical, le travail des imams auprès des prisonniers djihadistes pour les remettre dans le droit chemin, le décalage entre l’image de la Mauritanie en France et la réalité, mais aussi son activité de guide, ses mois passés en Europe pour se faire connaitre des agences, son amour pour la France etc. Un grand homme et une belle rencontre !

    Retour urbain en douceur à Atar

    Après une douche fort appréciée, nous partons à pied avec le fidèle Boulah vers le centre d’Atar. Capitale de la région de l’Adrar, cette ville caravanière comptait quelques 35.000 habitants en 2023. Elle est connue pour son commerce de dattes et son rôle de carrefour majeur pour le tourisme dans le désert. Elle a accueilli une importante garnison militaire française à l’époque de la colonisation.

    Nous longeons de nombreuses institutions locales et nationales pour l’éducation, la culture, l’économie, avant d’arriver sur le marché d’artisanat local. Un tantinet touristique, puisque nous sommes plusieurs groupes de Français à flâner d’un stand à l’autre… Bijoux, chèches, couteaux, pipes à tabac, objets de déco divers et variés, le choix ne manque pas et tout semble effectivement de fabrication locale. Certains se laissent tenter par l’achat d’un souvenir à l’issu d’une petite négociation. Cette visite du marché d’Atar est alors le théâtre de l’anecdote relatée dans mon Ode au Dromadaire : après lui avoir vendu une paire de boucles d’oreille, le vendeur, tombé sous le charme de Montaine, propose à ses parents au moins 200 dromadaires, offre bientôt renchérie à 600 dromadaires, respect !

    Nous évoluons vers les rues des alentours, pleines d’échoppes alimentaires ou vendant un peu tout et n’importe quoi. Les étals débordent de légumes, parfois très similaires aux nôtres. Des baguettes de pain sont exposées dans des brouettes. Le calme relatif du vendredi donne l’étrange impression de vie à la fois grouillante et ralentie, sous l’œil attentif de quelques policiers au milieu du carrefour.

    Du coiafeur moderene à Picasso…

    L’ambiance est raisonnablement animée, ça négocie en douceur, des vendeuses proposent des dattes, cacahuètes ou cigarettes sur le trottoir, les deux-roues rafistolés slaloment entre les voitures d’une autre ère dans un ballet erratique mais sans heurts. Cette atmosphère me replonge avec délice quelques années en arrière dans celle des marchés du centre de Shanghai…

    Après un menu de fête (crudités-poulet-frites) concocté par notre aubergiste, nous savourons notre dernière soirée, plus fraîche sans le feu de camp, bercés par des airs de fête du vendredi soir au loin.

    Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos.

    L’APPEL DU DÉSERT – 8

    Jour 6 : Tutoyer ciel et terre

    Jeudi 22 janvier 2026.

    On a marché sur la lune

    Peu après notre départ, Mohamed nous annonce : « Ce midi, nous ferons notre pause dans une oasis avec piscine ! » On imagine bien que ce ne sera pas la piscine d’un hôtel 5 étoiles (fort heureusement), mais nous n’avons pas nos maillots de bain, ils sont sur les dromadaires ! Comme à son habitude, Mohamed ne nous donne aucun détail supplémentaire, expert en l’art d’aiguiser notre curiosité…

    Nous quittons notre charmant bivouac de la veille pour attaquer une ascension assez raide de la petite montagne face à nous, slalomant entre les rochers. La vue en haut est encore plus stupéfiante que celle de la veille ! Le plateau de Vares est une vaste étendue infinie de désert rocailleux offrant un panorama à 3600. Je me demande quelle a été la dernière fois que j’ai pu admirer une telle vue circulaire sans aucun obstacle à l’horizon… On se croirait sur la lune !

    Plateau de Vares

    Nous profitons de ce moment suspendu, où nous tutoyons au même instant le ciel et la terre.  Les dimensions spatio-temporelles sont à la fois impalpables et très ancrées…

    Mais après la montée, il faut bien redescendre, dans tous les sens du terme… Au bout du plateau de Vares, nous entamons donc la descente jusqu’à une étonnante route, une large piste de cailloux et de terre, qui s’étire loin devant nous. La civilisation reprend peu à peu ses droits puisque nous croisons quelques panneaux de signalisation assez incongrus dans ce décor, sans vraiment comprendre à qui ils s’adressent !

    Cette route est décidément interminable et le paysage bien moins séduisant, mais avouons que notre niveau d’exigence esthétique a sacrément augmenté ces derniers jours ! Il fait bien chaud à présent, nous tentons de stocker un maximum de vitamine D et profitons de ce ciel presque bleu marine. « Mais quand est-ce-qu’on arrive ? » ose lancer l’un ou l’une d’entre-nous…

    M’Haireth la verte

    Quand tout à coup, au détour de l’unique virage, se dévoile sous nos yeux une longue vallée en contrebas, accueillant en son cœur une immense palmeraie en forme de ruban qui serpente, coincée entre falaises et dunes : bienvenue à l’oasis de M’Haireth !

    L’oasis de M’Haireth

    M’Haireth est l’une des plus grandes oasis de l’Adrar mauritanien – qui en contient environ 60 – puisque sa palmeraie fait plus de 7 km de long, certains disent même 10 ou 15 km ! Située entre le mont Zarga et l’oasis de Tergit, elle est un véritable poumon végétal et économique local. Elle s’illustre par ses huttes en palmes tressées au toit arrondi appelées tikits, dont les portes sont constituées de toiles de tissus chatoyants. Il n’est pas rare d’y voir une antenne TV ou satellite plantée au sommet ! Mohamed nous explique que cette oasis est très prisée des citadins d’Atar durant l’été, lorsque la température dépasse les 450. Ici au moins, il y a l’ombre des palmiers et quelques points d’eau pour se rafraichir…

    Vous reprendrez bien quelques dattes ?

    La spécialité de M’Haireth, ce sont ses dattes bien sûr, fruit de ses nombreux palmiers. Elles sont d’ailleurs réputées pour être les meilleures de la région. Nous entrons dans l’enclos de l’auberge Toul (cela ne s’invente pas !) et prenons place sur les matelas et coussins, disposés sous une toile tendue entre les palmiers : quel confort pour nos séants et nos jambes ! Et comble du luxe, il y a effectivement une petite piscine, de style jacuzzi, et de vraies toilettes. On est bien peu de choses après cinq jours dans le désert…

    Le thé à la menthe accompagné de ses dattes/cacahuètes/biscuits précédant le repas a une saveur toute particulière. Sans parler de la sieste digestive et de la discrète mais divine trempette !

    Seule « ombre » au tableau, Mohamed a de la connexion internet qu’il nous partage ! Passée la reconnexion appréciable avec nos proches pour donner et prendre quelques rapides nouvelles, la tentation d’aller flâner sur la toile est là… Mais l’autodiscipline reprend le dessus et nous nous déconnectons rapidement du monde pour replonger avec délice dans notre bulle, et resserrer un peu plus les liens qui nous unissent.

    Palmier dattier (A répéter 3 fois…)

    Le palmier dattier est un des piliers de l’économie et de l’écologie de la Mauritanie. Le Phoenix dactylifera est tout d’abord l’arme numéro un contre le vent et les tempêtes de sable. Et dans le palmier dattier, tout est bon : le tronc, les feuilles, les noyaux et les fruits ! On en fait des matériaux de construction, de l’artisanat, du fourrage pour les bêtes (chèvres, ânes, dromadaires etc.) et du commerce de dattes. Il existe beaucoup de variétés de dattes en Mauritanie, mais elles sont toutes réputées pour être de petite taille et peu sucrées, ce qui assure leur succès ! Les palmeraies jouent un rôle vital dans l’organisation de la vie locale, et constituent une halte appréciée des touristes du désert.

    L’art pariétal de l’Adrar

    Le saviez-vous ? La Mauritanie et notamment la région de l’Adrar sont connues pour abriter de nombreuses traces humaines datant du Néolithique, soit il y a environ 7.000 ans avant JC… Parmi ces vestiges, encore peu explorés, et malgré l’incessant travail d’érosion du vent et du sable, figurent quelques gravures et peintures, témoignant d’une ère humide, où animaux et humains jouissaient d’un environnement verdoyant.

    Précis lexical :

    • Art pariétal (« art des cavernes ») : peinture, dessin, gravure ou sculpture au sein de grottes ou dans des abris sous roche.
    • Art rupestre (« art des rochers ») : peinture, dessin, gravure ou sculpture réalisés en extérieur, sur des parois rocheuses ou sur le sol, et en général de taille significative.

    Nous n’avons pas eu l’occasion d’en voir, mais Mohamed m’a partagé quelques photos du plus bel effet !

    Art pariétal, au-dessus de la Passe de Tifoujar

    On ne lâche rien !

    « La sieste est terminée les amis, on repart » nous lance Mohamed, toujours bon pied, bon œil. Sillonnant les ruelles de l’oasis, tristement jonchées de déchets plastiques – toujours eux – mais où enfants et mini-chèvres babillent gaiement lors de notre passage, nous sortons du village et démarrons sous un soleil de plomb l’ascension d’un pan de la falaise qui borde la palmeraie : il sait nous réveiller les gambettes ce Mohamed !

    Les efforts s’oublient vite tant la beauté sauvage des paysages reprend le dessus, entre rochers plantés dans le sable et de nouveau un panorama époustouflant !

    Poursuivant notre progression, nous redescendons vers l’oued Ichif, et retrouvons avec bonheur le sable soyeux des dunes.

    Lawrence d’Arabie

    La surprise de l’après-midi sera de retrouver nos dromadaires avant le bivouac, délestés de nos sacs. C’est la séquence touristique tant attendue du tour en dromadaire ! Entre appréhension, grosse rigolade, pitié pour nos montures et émotion pour Ulrique de symboliquement renouer avec ses racines, nous rejouons, avec un peu d’imagination, une scène de Lawrence d’Arabie (pas très 2026 tout ça…)

    Nous nous rapprochons définitivement de la civilisation puisque nous croisons encore une autre méharée de touristes, ainsi qu’une auberge, qui propose assez maladroitement des tours de dromadaires et de découverte du désert, alors que nous en sortons ! Nous remarquons par ailleurs que notre guide s’est habillé « comme à la ville » aujourd’hui, troquant sarouel, daraa et hawli contre une paire de jeans et un T-shirt orange !

    Arrivant sur notre lieu de bivouac, Mohamed se livre, à notre demande, à une cérémonie pédagogique du thé à la menthe, nous détaillant chaque étape, afin que nous puissions tenter de reproduire la scène une fois rentrés chez nous : un demi-verre de thé, de la menthe, juste un peu de sucre, de l’eau pas trop chaude, et voilà ! Rappelez-vous :

    Le premier verre est dur comme la vie,

    Le deuxième est doux comme l’amour,

    Le troisième est suave comme la mort !

    Le coucher de soleil sera rougeoyant à souhait pour notre dernier soir dans le désert…

    L’APPEL DU DÉSERT – 7

    Jour 5 : La Bascule

    Dame Nature

    Mercredi 21 janvier 2026.

    Nous sommes à la moitié de notre séjour comme le font remarquer avec une pointe de nostalgie ceux qui ont encore la notion du temps… Mais impossible de penser à cela, nous allons profiter au maximum de ce qu’il nous reste à vivre de cette expérience !

    Comme annoncé dans l’épisode précèdent, nous allons aujourd’hui nous immerger dans un décor complètement différent des dunes ensablées avec l’ascension du plateau de Leimeizine. La journée débute sous un lever de soleil aussi rose orangé que magique. Profonde gratitude envers notre Mère Nature…

    Le petit-déjeuner est une première fête avec la dégustation du délicieux pain des sables confectionné la veille par Mohamed (à relire ici), accompagné de nouvelles confitures, et toujours de La Vache qui rit, pour le plus grand bonheur de tous !

    Soudain, nous apercevons au loin la méharée d’un autre groupe : Mais comment cela, nous ne sommes pas seuls au monde ?

    Nous attaquons les pentes rocailleuses et arides qui s’offrent à nous, un bon échauffement matinal pour les cuisses !

    En pente douce

    Là-haut, nous découvrons un panorama de toute beauté, avec une large vue sur le Canyon d’Irat. Le vent souffle fort mais cette fois, plus de sable qui vole ! Une pause contemplative s’impose…

    Nous redescendons peu à peu vers la vallée d’Irat, qui retrouve des airs de brousse. La pause méridienne sera longue aujourd’hui, récompense de ces deux derniers jours intenses. Nous savourons ! Le vent est totalement tombé et le soleil donne tout ce qu’il peut. Nous avons gagné quelques degrés et ressortons la crème solaire.

    Ulrique et les acacias

    Depuis le début du séjour, nous avons fait la connaissance des acacias du Sahara, ces plantes qui poussent sous forme d’arbres en parasol, d’arbustes ou parfois de buissons, affublées de redoutables épines, et qui constituent un aliment apprécié de nos dromadaires.

    Petit précis botanique : les acacias du Sahara sont de arbres remarquables, adaptés à l’un des environnements les plus arides de la planète. Ces arbres, souvent considérés comme les reliques d’un climat plus humide, survivent dans des zones recevant parfois moins de 50 mm de pluie par an, notamment dans les lits des oueds (rivières asséchées). Il en existe plusieurs variétés dont :

    L’Acacia Tortilis (ou Vachellia tortilis) : sans doute l’arbre le plus emblématique du Sahara, persistant sur les bords du désert et jouant un rôle d’arbre nourricier pour d’autres plantes, de nourriture pour les animaux et de bois pour le feu.

    L’Acacia Senegal (Gommier blanc) : l’espèce la plus importante économiquement, produisant une gomme arabique de haute qualité.

    Les acacias poussent de façon erratique dans le sable ou sur les sols mixant sable et rocailles. Autrement dit, nous en croisons à peu près tous les jours : lors de nos heures de marche, pendant les pauses en cherchant un endroit où s’asseoir, autour de nos tentes de bivouac, lors de nos « pauses techniques », armés du précieux rouleau de papier toilette/briquet (et c’est là où le danger est le plus grand !) etc.

    Les branches d’acacias sont vicieuses, elles se cachent dans le sable, elles se camouflent en prenant la couleur de la rocaille, elles laissent trainer leurs épines par terre, bref, un véritable fléau pour notre délicate peau, nos mains qui se balancent quand nous marchons, ou nos pieds chaussés de tongs le soir ! Et dans notre bande, Ulrique s’est illustrée dès le début par une attirance toute particulière pour ces végétaux. Il ne s’est pas passé une journée sans qu’elle n’en expérimente l’épineuse caresse, jusqu’à nous inventer la danse des acacias, avant de frôler l’infection galopante sous un pied…

    La danse de l’acacia, suivie de l’opération sans anesthésie…

    Ulrique, il ne te reste plus qu’à exploiter tes talents de botaniste en lançant une culture d’acacias à Wissant ! Ça devrait bien tenir la dune, non ?!

    Pacotilles

    L’après-midi sera presque tranquille, à sillonner entre sable et rocailles. Nous croisons des vendeuses de pacotilles qui sortent d’on ne sait où. Séquence reconnection avec la civilisation, certaines se laissent aller aux charmes de la négociation pour rapporter quelques souvenirs.

    Nous arrivons en douceur au lieu de campement du soir, Lemgueite, au creux d’une vallée entre deux petites barres de rochers, totalement abrité du vent. C’est le lieu idéal pour une petite séance de stretch musculaire. Montaine, quant à elle, tente de soulager son tendon d’Achille malmené par ce qui ressemble à un début de tendinite, entre eau salée, baume et bandage. Les vendeuses du désert nous ont suivis, espérant faire de nouvelles affaires, mais surtout pour profiter de notre légendaire gentillesse pour socialiser, échanger nos prénoms, quelques mots, un moment rare et précieux !

    Soirée spaghettis-tarot, avec bien évidemment le thé à la menthe de rigueur, que Mohamed agrémente systématiquement de sa petite pipe.

    Les phrases du séjour

    Notre semaine a été ponctuée d’une série de petites phrases, qui sont bientôt devenues culte. Je ne résiste pas au plaisir de vous en dévoiler les meilleures, prononcées par le truculent Mohamed :

    • Il est l’heure de se lever, c’est pas férié aujourd’hui…
    • Fumer tue ! Mais c’est pas écrit sur mon sachet de tabac !
    • Ici, tout est noir…
    • Boulah + phrase en arabe + objet de la demande en français :

    Boulah ! … chargeur !

    Boulah ! … briquet !

    Boulah ! … bassine !

    • Allez, on marche une heure encore… (Une heure de Mohamed, oui…)
    • C’est pas loin, c’est juste là-bas ! (Même registre)
    • Vous posez trop de questions vous les Français…
    • Vous mangez trop vous les Français ! En été, tous les soirs, c’est barbecue, rosé…
    • Mohamed, comment font les éleveurs pour retrouver leurs dromadaires égarés dans le désert ? T’as déjà entendu parler du téléphone arabe ?!
    • Quelle heure est-il ? Il est chameau moins le quart !

    Et notre phrase culte dans sa version la plus « correcte » :

    • Les chameaux ne sont pas arrivés, on a le temps !

    (Imaginez tout ce qu’on a le temps de faire en toute discrétion avant l’arrivée des dromadaires qui ont l’art d’investir chaque recoin touffu du bivouac…)

    Le téléphone arabe

    L’APPEL DU DÉSERT – 6

    Jour 4 : Ode au Dromadaire

    Mardi 20 janvier 2026.

    Ce matin, il fait plus frais, le vent ayant activement rafraichi l’atmosphère durant la nuit. Mohamed nous annonce le programme : « Aujourd’hui, nous allons marcher jusqu’au pied du Mont Zarga. Mais avant, notre objectif de ce midi est ce plateau montagneux que nous apercevons là-bas ! » Il nous parait bien loin ce plateau, mais nous avons une confiance aveugle en Maitre Boydya ! Après notre fameux rituel matinal que nous commençons à bien maitriser, nous attaquons nos quatre heures de marche matinale. Le sable se fait vite remplacer par une large steppe d’arbustes et rocailles sablonneuses. Le vent ne semble pas se décider à faiblir, il nous évite d’avoir trop chaud mais l’horizon se bouche au loin de nuages menaçants.

    Nous traversons la vallée de Legrara où nous tombons comme par enchantement sur un bassin d’eau qui alimente un petit champ de plantation de feuilles de menthe. Mohamed refait ses réserves de menthe auprès du jardinier, pendant que nous plongeons avec délice nos mains dans l’eau fraiche. Savourer les petits plaisirs simples…

    Dromadaire ou chameau, c’est qui le boss ?

    Il est temps de vous parler de notre équipage de courageux et taciturnes porteurs de la semaine, les dromadaires, menés par un vieux chamelier au dos tout courbé, son second, ainsi que Boulah, filleul de Mohamed et talentueux cuisinier.

    Tout d’abord, rappelons les bases : les chameaux et dromadaires font partie de la famille des camélidés, comprenant aussi le lama et l’alpaga. Le chameau a deux bosses, alors que le dromadaire n’en a qu’une. Le chameau de Bactriane, appelé plus communément chameau, vit plutôt en Asie centrale, dans les déserts froids comme celui du Gobi. Le nom de dromadaire aussi connu comme le chameau d’Arabie, signifie en grec « chameau qui chemine » ou « vaisseau du désert » en arabe.

    Le dromadaire est un habitant des déserts chauds (Sahara, péninsule Arabique…). Il se nourrit de la maigre végétation à sa disposition : plantes épineuses, herbes sèches, arbustes etc. Nous les avons vus à l’œuvre avec les acacias, ces plantes aux grosses épines très piquantes (nous y reviendrons dans un prochain épisode). Nous avons été impressionnés de voir comment leurs grosses lèvres charnues et leur langue sont en fait assez robustes pour brouter avec entrain tout acacia rencontré !

    Passion acacias

    Le dromadaire n’a donc qu’une seule bosse, qui contient ses réserves de graisse, qu’il sait transformer en eau si besoin. Il est capable de ne pas boire pendant plusieurs semaines. Cette année, leurs bosses sont très petites en raison de la sècheresse des derniers mois. Les chameliers doivent même les nourrir aux grains. L’espérance de vie moyenne du dromadaire (en Mauritanie) est de 25 ans.

    Pas épais cette année…

    Le dromadaire au Sahara est à la fois un symbole de statut, un animal d’élevage et encore un moyen de transport de marchandises. Son lait de chamelle est un aliment de base apprécié, sa peau et sa laine sont utilisées dans la fabrication de tentes, de sacs et vêtements. J’emprunte à mon amie Laetitia Marchand, elle-même de retour d’un trek dans le désert (Laet’s Move / Mouvement-K), ces quelques magnifiques mots :

    Dans le désert, le dromadaire n’est pas un simple animal de portage. Il est gardien du rythme, compagnon de route, mémoire du vivant. Il avance sans lutte, s’adapte au terrain, respecte les cycles et enseigne l’essentiel : économiser l’énergie, écouter, durer.

    Au Sahara, il se dit que celui qui n‘a pas de dromadaire n’a rien ! Il sert bien évidemment de dot lors des mariages traditionnels. D’ailleurs, quelques vendeurs du marché d’Atar, le dernier jour, sont littéralement tombés sous le charme indéniable de Montaine, et ont proposé à ses parents 200 et même 600 dromadaires, félicitations ! Ceux-ci ont tout simplement répondu qu’ils n’avaient pas la place…

    Dromadaires en liberté

    Passion chameaux & dromadaires

    Laissez-moi à présent vous raconter ma tendresse pour les camélidés. Avant de quitter la Chine courant 2021, nous avons eu la chance d’effectuer un magnifique voyage dans la région nord-ouest du Gansu et de la Mongolie Intérieure. Nous y avons notamment foulé le désert de Badai Jaran et celui de Gobi. J’ai alors démarré une petite collection de photos façon selfies-chameaux… Ce port de tête royal, cette nonchalance presque hautaine, ce squelette si flexible, cette démarche chaloupée, ce sourire en coin…bref, je suis à mon tour tombée sous le charme ! Les animaux à deux bosses des terres asiatiques, peu farouches, se sont volontiers prêtés à mon petit exercice photographique, voyez plutôt :

    Chameaux chinois

    La perspective de renouveler l’expérience et d’enrichir ma collection de photos était une de mes attentes de ce trek en Mauritanie. Imaginez, après les selfies-chameaux, les selfies-dromadaires, la classe ! Je me suis donc évertuée matin et soir, pendant les opérations chargement/déchargement, à proposer une carrière de futures stars à nos infatigables porteurs du Sahara. De toute évidence, ils ont ici un caractère beaucoup plus fier et craintif, car toute subtile tentative d’approche de ma part se concluait par un détournement franc et sans ambiguïté de leur tête du côté opposé… Il faut dire que mon chouchou était ce fier dromadaire au pelage presque blanc et aux yeux étonnamment bleus, qui marchait en tête du cortège, fermement tenu par le maître-chamelier. C’est parce que c’est le boss, pensaient certains… Pas du tout, c’est parce qu’il était le plus sauvage et rebelle, il fallait le tenir bien serré !

    Quoi ma gueule…

    Mais avec ma ténacité légendaire, j’ai donc réitéré avec espoir chaque jour mon opération séduction, pour finir par obtenir un large sourire, puis un bisou ! Fierté non dissimulée. Et j’ai pu observer que deux copines randonneuses se sont essayées à l’exercice… Aurais-je lancé une nouvelle tendance ?

    Dromadaires snobs et politisés

    De qui se moque-t-on ?!

    Opération séduction

    Un sourire puis un bisou !

    La dromania, prochaine tendance des réseaux sociaux !

     Zarga, nous voilà !

    Nous continuons notre progression pour finalement s’arrêter pour la pause déjeuner, tentant de nous abriter du vent qui souffle par rafales. Difficile de jouer aux cartes dehors, on ressort donc les mots fléchés communautaires. Le sable s’infiltre partout, il craque sous la dent, les chèches et lunettes sont indispensables. Stéphanie, moqueuse, me rappelle combien ce sable m’agace l’été sur notre plage familiale de Saint-Georges-de-Didonne… Moi, je trouve que ma marge de tolérance a bien progressé !  Le jardinier de la menthe nous rejoint et nous demande si nous avons du paracétamol à lui laisser, ce que nous nous empressons de faire bien sûr !

    Les traces du vent

    Le mont Zarga se détache au loin, enveloppé dans une brume qui le rend encore plus mystérieux. Avec sa découpe de pics dentelés, son profil évoque un château fort hanté imprenable… Cette montagne est en quelque sorte la frontière géologique entre les dunes de l’erg Ouarane que nous avons arpentées et le désert rocailleux du plateau de Leimeizine, qui nous attend pour demain. On passe bel et bien en un jour d’un désert de sable à un désert de pierre !

    Le Mont Zarga dans la brume

    Nous marchons encore deux bonnes heures sur un terrain extrêmement plat pour une fois, avec toujours ces rafales de vent et sous une lumière rasante de toute beauté. Bilan du jour : 35.000 pas et 19 à 20 km, pas mal !

    Lumière du soir

    Lune en sourire et pain des sables

    Ce soir, au bivouac du cirque de Dkhali Loumeizine, la lune a des airs de smiley avec son croissant positionné en large sourire : certainement la promesse d’un lendemain riche en nouvelles découvertes !

    Mais surtout, le moment culminant de la soirée au coin du feu est la confection du pain des sables de Mohamed, le meilleur boulanger du quartier ! Sous nos yeux d’enfant, il mélange dans une bassine de la farine de blé, de l’eau, du sel et…c’est tout ! Sa technique de pétrissage assez physique est impressionnante à voir. Il fait ensuite un trou dans les braises, dispose sur le sable chaud la galette de pain, la recouvre de sable puis de braises, et voilà ! Grâce à sa chaleur, le sable ne se mélangera pas à la pâte. Environ 20 minutes plus tard, il la retourne (tout un art de ne pas se brûler les mains), puis la recouvre de nouveau pendant 10 à 15 min. A la fin, il sort le pain du « four du désert », époussette le sable chaud de la surface croutée qui s’est formée, et c’est prêt ! Tout le monde a hâte de goûter le lendemain matin (sauf moi malheureusement, instant Calimero…)

    Cuisson du pain dans le four du désert, puis sortie du four !

    Il est frais mon poisson, il est frais !

    Mohamed profite de sa séquence boulangerie pour nous parler des ressources naturelles de la Mauritanie qui sont étonnamment variées : de l’agriculture (dattes, millet, sorgho, mais, riz), de l’élevage (bovins, ovins, caprins, camélidés), de la pêche grâce à ses 800 km de côtes considérées comme les plus poissonneuses au monde, des mines de fer (40% des exportations) et même de l’hydrocarbure offshore ! Mais il résume ironiquement la situation :

    Nous en Mauritanie, nous devrions être payés à ne rien faire ! Nous avons tout, les meilleures dattes du continent, des céréales, du bétail, une richesse poissonneuse incroyable, des mines de fer… mais nous restons pauvres ! 

    Du lever au coucher du soleil, la beauté du désert de Mauritanie…

    L’APPEL DU DÉSERT – 5

    Jour 3 : Avis de grand vent

    50 nuances de bleu

    Lundi 19 janvier 2026.

    Aujourd’hui, un vent tenace souffle dès le matin. Il a d’ailleurs soufflé si fort la nuit dernière qu’un pan de la tente s’est affaissé sur Pascal, qui a d’ailleurs géré la situation en totale discrétion et efficacité ! Groggy par quelques premières tensions musculaires pour certains, nous savourons l’installation du rituel matinal qui précède le départ : rapide toilette-lingettes, salutation au soleil pour les uns, paquetage, petit-déjeuner sur natte, remplissage des gourdes. Ce sera notre journée la plus « aérée », nous progressons donc dans l’art de nous enturbanner dans notre hawli – mention spéciale à Montaine pour son talent tiré d’un tuto YouTube, mais le mieux est sans nul doute l’expertise de Mohamed !

    Les hommes bleus du Sahara

    Les vêtements traditionnels largement portés sont confectionnés à partir de très beaux tissus, souvent dans les teintes bleues et blanches. Conçus pour supporter les conditions de vie difficiles, entre soleil, chaleur et vents de sable, ils donnent aux Mauritaniens une indéniable élégance :

    • Le boubou (ou daraa/drâa), longue et ample robe aux manches repliables et parfois ornée de broderies blanches ou dorées
    • Le sarouel (pantalon bouffant) porté avec une longue ceinture en cuir dont les pants descendent jusqu’aux chevilles
    • Le chèche (ou haouli/hawli) très long à savamment enturbanner pour protéger le visage
    • La djellaba souvent de couleur marron peut s’ajouter par-dessus pour une meilleure protection contre le vent et le froid

    Les quelques femmes croisées, vendeuses de pacotilles près des oasis ou au marché d’Atar, portent quant à elles la melafah, sorte de long sari aux couleurs variées et chatoyantes, dont elles s’enroulent de la tête aux pieds.

    Seuls au monde

    Depuis Lemgualeg, nous faisons cap plein ouest dans la direction du mont Aroueiguige. Nous traverserons de nouvelles dunes et de vastes steppes de sable parsemées de végétation, la fameuse herbe à chameau. La matinée de marche est longue, le soleil tape, faisant concurrence au vent tenace, mais la nature est majestueuse.

    Après la pause méridienne, nous repartons avec un objectif plus ou moins flou au loin. Ça monte et ça descend, comme un faux plat géant et sans fin. Notre équipe de randonneurs se fait plus silencieuse et s’allonge de plus en plus, sur ce territoire infini. Les jambes tirent, les genoux couinent, un pas, puis l’autre.

    Profitant de l’observation de traces animales dans le sable et d’une pause eau-dattes, Mohamed nous narre la légende du singe et du lièvre, souvent contée dans cette région du Sahara, et illustrant avec humour l’art de la ruse et de la patience.

    Le singe et le lièvre

    Il était une fois en pleine forêt Tibo le singe, assis paisiblement sous un acacia, quand tout à coup il reçut la visite de Swamba le lièvre :

    • Le lièvre : Est-ce que tu sais ce que les gens disent de toi ? Eh bien ils disent que tu ne peux pas rester un seul instant sans te gratter le corps ! Il y en a même qui disent que ta mère t’a enfanté dans une fourmilière et depuis les fourmis sont dans ta chair, ce qui explique cela !
    • Le singe : C’est faux, moi je peux rester une heure, deux heures, 24h même, sans me gratter le corps ! Tu racontes n’importe quoi toi aussi avec tes longues oreilles qui semblent défier le ciel ! Est-ce que tu as entendu ce que les gens disent de toi ? Ils disent que tu ne peux pas rester un seul instant sans te retourner à gauche, à droite et regarder en bas et en haut.
    • Le lièvre : C’est archi faux je peux rester une heure, deux heures, 24h même, sans me retourner !
    • Le singe : Alors faisons un pari pour vérifier ça !
    • Le lièvre : D’accord, mettons-nous l’un en face de l’autre pour voir qui de nous deux restera le plus longtemps, toi sans te gratter ou moi sans me retourner.

    Au bout d’une bonne heure de concentration pendant laquelle aucun ne bouge ni ne parle…

    • Le lièvre : Si on se racontait des histoires pour meubler le temps ?
    • Le singe : D’accord, vas-y commence !
    • Le lièvre : Tu sais il y a longtemps, j’ai participé à une guerre. Si tu savais comment les balles fusaient, elles nous venaient de tous les côtés, du côté droit, du côté gauche…, dit-il en se tortillant à droite, à gauche.
    • Le singe : Mais ça ce n’est rien du tout ! Moi, j’ai participé à une guerre bien plus meurtrière encore, où les balles nous tapaient sur la poitrine, des balles nous tapaient sur la cuisse gauche…, dit-il en se grattant la poitrine et la cuisse.
    • Le lièvre : J’ai gagné, j’ai gagné, tu t’es gratté !
    • Le singe : Mais toi, tu t’es retourné avant moi !

    Depuis ce jour-là, quand il y a un pari manqué, on dit que c’est le pari du singe et du lièvre…

    Le chant du vent

    Au loin, la brume gorgée de particules de sable laisse une impression floue de pollution urbaine, qui n’est pas sans me rappeler mes années shanghaïennes, la ville en moins… Le vent nous saoule toute la journée, ce vent sec qui fait voler le sable et assèche l’air. Il s’infiltre jusque dans les trous de nos bâtons de marche, créant ainsi une petite musique évoquant une sortie en bateau. Il ne manque plus que le bruit des voiles qui claquent et les embruns…

    Certains partent en éclaireur, à l’affût d’une bonne nouvelle : Où sont les dromadaires, qui empruntent souvent un itinéraire bis ? Ces arbres un peu touffus là-bas, ce serait un bon endroit pour fixer la tente ! Mohamed trace devant, comme s’il avait un train à prendre. Il répond d’ailleurs de façon évasive à nos questions sur le lieu de bivouac : « C’est là-bas, là-bas, on arrive… » Il nous avouera ensuite qu’il craignait l’arrivée d’une vraie tempête de sable et voulait nous mettre à l’abri et le plus en avant possible.

    Mohamed trace devant, à la recherche du bivouac idéal

    L’harmattan, vent du Sahara

    Les températures dans le désert de l’Adrar en hiver sont clémentes, mais avec une variation notable : de 20 à 300 la journée, elles peuvent tomber entre 0 et 100 la nuit, mais c’est sans compter le vent.

    Ce fameux vent qui souffle souvent en hiver dans l’Adrar mauritanien, c’est l’harmattan. Un vent sec et poussiéreux, qui provient du nord-est vers le sud-ouest, et sévit de décembre à mars. Chaud la journée mais froid la nuit, cet alizé règne en maitre des cieux, et nul ne peut prédire quand il va faiblir, s’arrêter ou s’intensifier. Il donne le plus souvent un ciel clair et dégagé, une luminosité intense, parfois voilée de particules de sable et poussière dans l’atmosphère.

    Avec une fois encore plus de 30.000 pas et de 17 km au compteur (« Ah bon, pas plus ?! »), nous arrivons enfin au bivouac de Gleib Sfar, aux airs de savane évoquant l’univers du film d’animation Madagascar. Ce soir, après un moment de pause autour du feu, nous dinerons sous la tente en raison du vent.

    Nous nous sentons ivres de cette journée ventée, de ce temps qui s’étire infiniment, de ces jours qui se répètent sans pourtant jamais se ressembler, à la fois déconnectés et reconnectés à l’essentiel. Nos repères s’estompent, nous sommes déboussolés mais heu-reux !

    A SUIVRE…

    Merci à mes amis randonneurs pour leurs photos.

    L’APPEL DU DÉSERT – 4

    Jour 2 : Premières foulées de désert

    Ici et maintenant

    Dimanche 18 janvier 2026. Nous y sommes. Enfin. Ici et maintenant.

    Après cette première nuit mauritanienne, répartis à deux ou trois dans nos cases arrondies – début de la cohabitation entre les ronfleurs et les autres, mais surtout dernière nuit sur un vrai lit – nous nous réveillons tout excités à 6h30.

    Autre première du séjour, le paquetage matinal de nos gros sacs… Car c’est toute une routine, que nous allons progressivement perfectionner, ou plutôt simplifier au maximum, pour enfin frôler la perfection, mais surtout la célérité, à la toute fin de notre trek ! Voyez plutôt : rouler son sac de couchage au plus serré, dégonfler son oreiller, ranger tout ce qu’on a déballé la veille (des p’tits sacs, encore des p’tits sacs, toujours des p’tits sacs), ne garder que l’indispensable – vaste question philosophique -, boucler le gros sac que les dromadaires porteront, préparer son petit sac à dos de journée avec : de quoi être à l’aise entre la relative fraicheur de l’aube et la chaleur montante de la journée, des pansements, ses gourdes remplies d’eau sans oublier l’indispensable comprimé de désinfection Micropur, du gel hydroalcoolique pour les uns, du paracétamol pour les autres, crème solaire et lunettes de soleil, téléphone chargé pour les photos, bâtons de marche, chèche/hawli bleu et voilà ! Sans oublier le sacro-saint rouleau de papier-toilette, avec son briquet pour ne laisser aucune trace polluante de son passage dans cette mère nature…

    Chaque détail a son importance…

    La Vache qui rit, en Afrique aussi

    Après un simple et classique petit-déjeuner, avec – oh bonheur – de La Vache qui rit en prime, nous sommes prêts. Je me dois ici de vous expliquer mon éternelle reconnaissance pour La Vache qui rit, datant d’il y a presque 30 ans. Ce mythique fromage de notre enfance, sans doute décrié par les nutritionnistes, les anti-produits-transformés et autres experts en Nutri-Score, nous a rendu de sérieux services.

    En 1997, j’ai la chance de découvrir Madagascar en rendant visite à mes cousins Jérôme et Monique (la même fée Momo citée précédemment). Nous effectuons alors tout un périple de la capitale Tananarive à Tuléar sur la côte ouest, traversant villages, paysages et parcs nationaux, à couper le souffle de beauté, de dépaysement, de pauvreté aussi. A bien des reprises, sur les conseils avisés de Monique qui connaissait bien l’écosystème local, nos repas se sont limités à l’unique option disponible dans la moindre échoppe : le combo TUC-Vache qui rit ! Car oui, ce fromage n’a pas besoin d’être conservé au frais (sans doute grâce à ses multiples conservateurs…). Et je regretterai toute ma vie de m’être écartée de ce régime, frugal mais sûr, en me laissant tenter sur la fin de notre périple malgache par un dessert à base d’œufs très largement impropres à la consommation. Mes intestins s’en souviennent encore ! Bref, les TUC-Vache qui rit sont une valeur sûre et une référence familiale que nous aimons resservir en apéritif lors de nos retrouvailles…

    De gauche à droite : une boite collector de Mauritanie et une marqueterie malgache

    Des bouteilles dans le désert

    Nous quittons Chinguetti, aux portes des dunes de l’erg Ouarane. Ces premiers instants sont assez surprenants. Le terrain est plat pour commencer, puis monte progressivement avec le soleil, agrémenté d’un léger vent. A nos côtés nous suivent deux chiens, ceux de l’aubergiste, espérant sans doute quelques friandises tombées du sac à dos. Pas épais les cabots, mais sacrément tenaces. Notre guide produit tous les efforts possibles pour les éloigner mais rien n’y fait, ils gambadent, nous précèdent, nous suivent, sans agressivité aucune, sans rapprochement intempestif – on pense forcément au vaccin anti-rage qu’ils ne doivent pas avoir -, mais ils progressent avec nous.

    Le plus marquant de ces premières heures pour moi sera la quantité désolante de déchets, qui sortent de la ville de Chinguetti pour s’étirer loin vers cet océan d’ocre… Des bouteilles en plastique, des morceaux de chaussures, des bidons, des plastiques volants, pauvre planète… C’est à cause du vent, nous explique Mohamed. Il charrie jusqu’à loin les produits de la société de consommation occidentale qui a contaminé cette cité reculée. Les déchets naturels du passé se recyclaient tout seuls, et les populations locales n’ont de toute évidence pas encore pris à bras le corps ce changement. Il y a donc une belle marge de progression pour la collecte des déchets, même si le recyclage opère des débuts prometteurs sur certaines filières, comme celle des pneus ou des carcasses de vieilles voitures.

    Dune

    Une fois sortis des larges abords de Chinguetti, nous foulons les dunes de sable fin. Nous montons, nous descendons, nous frisons les crêtes, admirant l’infini orangé qui s’offre à nous, tel un premier cadeau pour nos regards ébahis. Il règne une intense magie dans ces premiers instants…

    Le groupe s’étire déjà, certains marchent seuls, on n’ose les déranger. Suis-je dans un rêve ? On se croirait dans le film Dune – mais qui a parlé en premier de Timothée Chalamet ???

    Soudain, le décor change, les arbustes et plantes apparaissent en buissons, nous traversons des plateaux de sédiments granuleux, du grès allant du noir au gris, et Mohamed se lance dans un cours de géologie, puis nous vante les vertus antiseptiques et cicatrisantes de la sève laiteuse du Calotropis procera ou Pommier de Sodome, Arbre à Soie, ou encore Roustonnier.

    Calotropis Procera

    Première oasis

    Soudain, au sommet d’une dune apparaissent quelques palmiers, et bientôt une petite palmeraie qui s’étire : notre première oasis, La Gueïla, qui sera notre halte méridienne !

    Soyons clairs, les oasis ici n’ont rien à voir avec l’image véhiculée par notre imaginaire, nos lectures de Tintin, ou autres photos dubaïotes ! A l’image de ce pays, et de bien d’autres en Afrique, l’oasis ici est authentique, simple, sans chichis, sans trace d’abondance ni de confort. La source d’eau est ici un simple puits doté d’un tuyau flexible en plastique, presque caché au milieu de la végétation et de palmiers bien fournis, aux promesses ombragées. En deux temps trois mouvements, notre équipage de chameliers nous installent dans un recoin une toile tendue au-dessus de quelques nattes et matelas (nos futurs lits). Cette première pause est délicieuse ! Le fameux thé à la menthe, accompagné de ses succulentes dattes, cacahuètes brutes et biscuits de chamelier subliment l’instant, pendant que notre cuisinier Boulah s’affaire à nous préparer un déjeuner complet aussi simple que bon : du riz, des légumes, des sardines et en dessert une orange. Après un temps de sieste, lecture, mots fléchés ou journal de bord, nous reprenons la route.

    Sous le sable, le grès

    L’après-midi sera faite de sable jaune orangé et de rocailles grises et noires, nous dévoilant dès le premier jour de marche qu’il n’y a ici pas un, mais des déserts…

    Petit rappel lexical en mode cruciverbiste : désert en trois lettres, cela peut être ERG ou REG. L’erg est un désert de dunes alors que le reg est un désert rocailleux. L’Adrar mauritanien (adrar signifiant montagne en berbère) est la parfaite illustration de cette diversité, et du statut de plus belle région désertique au monde que lui confèrent certains !

    Le massif maure de l’Adrar est en réalité un plateau tabulaire de grès, dont toute la partie sud est recouverte de sable. Si son point culminant, le Teniaggouri, n’est qu’à 815 mètres, nous expérimenterons toute la semaine ce ressenti très accidenté et incroyablement séduisant, grâce à la succession variée de pentes, de paysages, de sols et de végétation. Bien loin d’une horizontalité interminable qui pourrait lasser, nous enchainerons durant cette semaine dunes sablonneuses, champs de broussailles, cuvettes, collines pierreuses à grimper, plateaux à 3600, pour déboucher sur des falaises, voire une grandiose copie du Grand Canyon (en toute objectivité !) Notre trek est bel et bien un rendez-vous en terres désertiques multiples !

    Sous le vent….

    Après une chaude et longue après-midi entre sables et rocailles, balayée par des vents de plus en plus forts (le chèche bleu sera notre meilleur ami !), nous arrivons à notre premier bivouac sur le site Magleg Ekl Elbeyede. Nos jambes se sont bien dérouillées pour un premier jour de marche, avec quelques 30.000 pas et plus de 16 km. Notre tente commune dans laquelle nous dormirons à 5, 6 ou 7, selon les envies de belle étoile, est plantée. Deuxième coucher de soleil de la semaine, qui laisse bientôt place à la voûte céleste avec la même magie renouvelée. Mohamed en profite pour nous donner quelques premières clefs de compréhension de son pays, avant de nous laisser nous écrouler de fatigue avant 22h !

    A SUIVRE…

    Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos

    L’APPEL DU DÉSERT – 3

    Jour 1 : En immersion

    Sans transition

    Samedi 17 janvier 2026.

    Nous atterrissons à l’aéroport d’Atar, dont la piste accueille un unique aller-retour hebdomadaire depuis Paris entre novembre et mars. A notre descente de l’avion, nous voyons les voyageurs du vol retour et leurs bagages attendant sur le tarmac que nous libérions la place, durée de la rotation prévue 50 min !

    S’en suit une longue, très longue attente, pour passer l’immigration, la douane, la fouille des bagages (jusqu’à la trousse de médicaments bien garnie), avec un puis deux puis trois formulaires à remplir. De l’administration pointilleuse à souhait, obéissant à des règles de fonctionnement qu’il est inutile de chercher à comprendre, rationaliser, encore moins optimiser… Bienvenue en terres africaines !

    L’aéroport d’Atar

    « Bienvenue en Mauritanie ! » nous lance Mohamed, notre guide, qui nous attend avec son large sourire et nous offre un magnifique chèche (turban) bleu indigo, appelé ici hawli. Il nous embarque sans plus attendre dans deux 4×4 Toyota, direction Chinguetti plein est à 80 km. La route, qui se transforme rapidement en piste, est parsemée de tronçons de travaux et de bases de construction chinoises.

    Le hawli

    Pour la pause pique-nique, on s’arrête dans la nature, on s’assied sur une natte (faite de matériaux recyclés) et Mohamed nous sort son arme favorite : son kit spécial thé à la menthe ! Un petit réchaud, une mini-théière, du thé vert, de la menthe et du sucre.  Le cérémonial commence et il nous sert dans de petits verres trois services d’un délicieux thé mousseux qui répondent à l’adage :

    Le premier est dur comme la vie,

    Le deuxième est doux comme l’amour,

    Le troisième est suave comme la mort !

    Le tout accompagné de nos premières dattes mauritaniennes : une révélation, qui peut vite devenir addictive ! Car ces dattes sont différentes, moins sucrées mais aussi moins charnues que celles auxquelles nous sommes habitués.

    Du thé à la menthe, des dattes, what else?

    Chinguetti, la Sorbonne du désert

    Nous arrivons à Chinguetti et posons nos sacs à la typique auberge Nouatil où nous profiterons une dernière fois d’un lit, d’une douche et d’un toit.

    L’auberge Nouatil de Chinguetti

    Cette cité de Chinguetti, aussi appelée « perle du désert », est assez déroutante : à la fois belle et fragile, riche et pauvre, historique et menacée.

    Septième ville sainte de l’Islam, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son architecture de pierres et de dunes et pour ses milliers de manuscrits ancestraux (de mathématiques, astronomie, théologie…) qu’elle abrite dans des bibliothèques et musées.

    Chinguetti

    La réalité est assez désarmante : les ruelles sont rapidement désertes, quelques habitations rénovées alternent avec celles laissées à l’abandon. Chinguetti a d’ailleurs été déplacée plusieurs fois pour cause d’ensablement.

    Chinguetti, ses ruelles, son minaret

    Quant aux bibliothèques, elles sont bien loin de nos standards culturels car ce sont en réalité les familles de Chinguetti qui conservent ces trésors historiques, avec les moyens du bord. Nous pénétrons au cœur de la cour de la Bibliothèque Al Ahmed Mahmoud pour y écouter un sage aux airs de gourou, assis en tailleur, nous présenter ses vestiges (manuscrits, jeux évoquant les osselets ou le mikado, ustensiles divers…) et nous conter l’histoire de Chinguetti, illustration vivante de la fameuse tradition orale de la transmission du savoir.

    Le Savoir est une Fortune qui n’appauvrit pas celui qui en offre

    On se sent projeté des siècles en arrière, on ressent le temps passé plutôt qu’on ne voit de choses tangibles. Il y plane un certain mystère, on oscille entre une ambiance des contes & légendes et le sentiment d’urgence de transmettre cet héritage culturel.

    Après avoir arpenté les ruelles longeant la mosquée, son court minaret et les maisons typiques, nous roulons quelques minutes puis grimpons au sommet d’une dune balayée par les vents. Là, premier vertige : nous surplombons un immense et magnifique océan ocre dans lequel nous allons plonger, le Sahara, bientôt baigné par un grandiose coucher de soleil… Le premier d’une jolie série !

    La dune de Chinguetti, aux portes du désert

    Un peu ivres de cette première journée d’acclimatation physique et mentale, nous savourons le délicieux tajine de l’aubergiste, tout en découvrant le franc-parler, l’humour et l’immense culture de Mohamed sur son pays et sur le nôtre ! Une semaine immersive pleine de promesses…

    Maitre Boydya

    Notre guide, Mohamed Boydya, est un personnage de 58 ans haut en couleurs, dont la rencontre est un véritable cadeau (merci à notre fée Momo pour la recommandation). Mohamed, surnommé par ses confrères du désert Maitre Boydya, a eu mille vies ! Originaire de Nouakchott, il est « arraché à sa famille » à l’âge de 4 ans, pour être confié à son oncle. « C’est une tradition chez nous, les autres hommes de la famille sont aussi nos pères. Mon oncle n’avait pas d’enfant et je portais le même prénom que lui, c’était mon destin et j’étais heureux ainsi ». Mohamed suit des études supérieures à l’université de Nouakchott, en droit et en économie, travaille comme gérant de plus de 250 puits de forage pour une société italienne, puis au sein d’une société de pêche. Il laisse ensuite tout tomber pour s’occuper de son oncle très malade. Un peu par hasard, il se lance comme guide du Sahara il y a environ 30 ans et tombe littéralement amoureux du désert. Il nous confie : « Je ne pourrais plus revenir travailler en mer, mon océan est de sable à présent ». Ce qui n’est pas sans évoquer la citation de Théodore Monod :

    Et voilà comment, parti « océanographe » pour la Mauritanie, j’en revenais « saharien ».

    A cela s’ajoute un nombre certain de talents, plus ou moins objectifs, qu’il s’applique à illustrer, parfois exagérément, au cours de la semaine :

    • Meilleur boulanger du coin, testé et approuvé (mais quel coin du désert exactement ?!)
    • Meilleur confectionneur de thé à la menthe de Mauritanie (« juste un tout p’tit peu de sucre », tu parles !)
    • Meilleur joueur de tarot (à égalité avec le titre de champion de la mauvaise foi, dixit Stéphanie)
    • Conteur exceptionnel (là, rien à redire)
    • Passionné et passionnant témoin des réalités de la Mauritanie
    • Analyste expert de la France, de ses belles régions, de son système économique et politique…

    Aujourd’hui marié et père de famille, il habite à Atar, d’où il gère son Agence des Randonneurs. Durant la saison « froide », il embarque en méharées à travers ce désert qu’il connait par cœur, tous ceux qui sont attirés par les charmes simples et authentiques de la Mauritanie. Il assure aussi notamment depuis quelques années la logistique du raid TransMauritania, course en fatbike, ces vélos aux grosses roues taillées pour le désert. Et durant la saison chaude, il sillonne la France et l’Europe, à l’affut de rencontres et de nouvelles opportunités pour ses futures méharées.

    Mohamed Boydya

    A SUIVRE…

    Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos

    L’APPEL DU DÉSERT – 2

    I had a dream

    15 ans plus tard, et le rêve devient réalité !

    Tout a commencé début 2011. Avec ma très chère cousine Stéphanie, nous caressons le rêve de partir marcher dans le désert, fouler les dunes le jour, affronter la fraicheur du bivouac le soir sous la voûte étoilée… Nous entamons quelques recherches lorsqu’éclate le printemps arabe. Notre plan désert tombe donc à l’eau. L’été 2011 arrive et pour ma famille et moi-même, c’est le grand départ en expatriation, autre projet de longue date. Nous faisons alors cap vers le Japon à Tokyo, puis trois ans après vers la Chine à Shanghai. Bref, séparées par plus de 10.000 km durant dix années, elles-mêmes ponctuées de divers changements plus ou moins brutaux, nos vies ne nous ont pas laissé l’opportunité de faire vivre ce rêve.

    Et puis voilà, juin 2025, Stéphanie a l’excellente idée de réunir famille et amis pour célébrer ses 60 ans. A la recherche d’un cadeau collectif avec mon autre cousine Monique, ayant passé une grande partie de sa vie en Afrique, je repense à ce projet désert. C’est une évidence, c’est LA bonne idée ! Ce sera dans le plus mythique des déserts, le Sahara, et plus précisément au cœur de la vallée de l’Adrar en Mauritanie. Le soir où nous lui dévoilons la surprise, Stéphanie lance immédiatement : « Qui vient avec moi ? ». C’est ainsi que se constitue un petit groupe motivé : Stéphanie, Pénélope, Hélène, Ulrique, Montaine, Pascal – seul homme de la bande, saluons son courage – et moi-même.

    Prêtes !

    La Bande à Adrar

    Monique nous met rapidement en contact avec le meilleur guide de la région, son ami Mohamed Boydya, qui sera notre repère durant cette semaine d’exception. Les dates sont confirmées, janvier est une excellente période pour éviter les grosses chaleurs. Une fois le billet charter réservé, les vaccins effectués, le visa en poche, chacun prépare son paquetage et nous nous retrouvons de très bon matin à l’aéroport Charles-de-Gaulle, aussi excités de l’aventure, qu’aveuglement confiants dans ce qui nous attend. En effet, nous n’avions reçu qu’assez peu de détails sur le programme à venir, mais il faut avouer que nous n’avons pas cherché à en savoir beaucoup plus, le mystère faisant déjà partie de l’expérience !

    Le parcours prévu : en bleu, en voiture / en rouge, en marchant… Et voilà !

    La Mauritanie, belle méconnue

    La République Islamique de Mauritanie, située en Afrique de l’Ouest, est un pays deux fois plus grand que la France, composé à 75% de désert et pourvu de 800 km de côtes. C’est une ancienne colonie française, indépendante depuis 1960. Après des années d’instabilité politique, la situation s’est considérablement apaisée, et il n’y a pas eu d’attentats islamistes depuis 2011 dans le pays. Si l’image est assez différente dans les esprits français, la réalité mériterait, selon notre guide, une petite mise à jour des sites officiels assez alarmistes. A titre personnel, et je crois que mes comparses partagent cette impression, je n’ai à aucun moment ressenti le moindre sentiment d’insécurité.

    La Mauritanie pour les Nuls

    Nom officielRépublique Islamique de Mauritanie
    CapitaleNouakchott
    Monnaiel’Ouguiya
    DeviseHonneur, Fraternité, Justice
    Fête nationale28 novembre
    Languel’arabe Hassanya, très différent des autres dialectes arabes. Le français reste très utilisé
    Religion d’étatmusulmane, essentiellement de confession sunnite
    Frontières avecle Maroc, l’Algérie, le Sénégal et le Mali. Située au sud du Maghreb et au nord de l’Afrique noire, la Mauritanie est un carrefour entre deux mondes, un trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
    Population4 millions d’habitants. Très faible densité de population (3 hab/km2). Ses habitants sont composés de multiples ethnies : les Maures (70% de la population) avec les Maures blancs dits Beidanes et les Maures noirs dits Haratins, auxquels s’ajoutent entre autres les Wolofs, les Peuls, les Soninkés.
    Mauritanie en arabe

    Un pays de poètes

    La Mauritanie est connue dans le monde arabe pour être le « pays du million de poètes ». La tradition du conte narré par une nuit à la belle étoile, inspiré par la beauté et l’immensité infinie de la nature n’est pas une légende. Nous en avons fait l’expérience chaque soir autour du feu avec Mohamed…

    Théodore Monod, grand explorateur passionné du désert mauritanien du siècle dernier a très justement décrit ce que lui a inspiré ce pays aux multiples déserts, ses silences, sa nature aride. Morceaux choisis (Méharées, exploration au vrai Sahara) :

    Il y a une certaine saveur de liberté, de simplicité […] une certaine fascination de l’horizon sans limites, du trajet sans détour, des nuits sans toit, de la vie sans superflu

    La Mauritanie est merveilleusement belle aux yeux de ceux qui l’aiment, parce que parée d’une nudité superbe

    Il vaut la peine de marcher, et de marcher dur, rien que pour le plaisir de pouvoir s’arrêter

    Et enfin…

    Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence ?

    Trêve de bavardages donc, je vous laisse sur cette dernière citation avant de bientôt vous ouvrir mon journal de bord.

    A SUIVRE…

    Merci à mes compagnons randonneurs pour leurs photos.

    L’APPEL DU DÉSERT – 1

    Pause

    La dune de Chinguetti, vallée de l’Adrar, Mauritanie

    Inspirer, expirer

    Avoir le temps

    Déconnecter

    Se débrancher de tout, à 100%

    Marcher, marcher, encore marcher

    Pousser un peu son corps

    Être fier de chaque pas

    Viser un objectif au loin

    Puis le dépasser, plus vite que l’on imaginait

    Se reconnecter peu à peu à soi-même

    Tout embrasser du regard

    Être fasciné par tant de beauté

    S’étonner de la richesse de l’aridité

    De la diversité du désert

    Dunes de sables, plateaux de grès, collines de rocailles

    Étendues parsemées de buissons, d’arbustes secs et d’acacias piquants

    Laisser son regard se perdre au loin

    Vouloir imprimer à jamais dans sa mémoire les paysages époustouflants

    Être pris de vertiges devant l’horizon infini

    Affronter le vent des sables

    Puis l’espérer quand la chaleur revient

    Vivre au rythme des astres

    Voir le soleil se lever puis se coucher

    Et toujours s’en émerveiller

    Voir la lune monter et nous sourire

    Guetter les étoiles s’allumer une à une

    Contempler la voie lactée tisser son maillage

    Marcher seul ou à plusieurs

    Discuter en cheminant, sans se regarder

    De petites choses, de l’essentiel

    Avec pudeur, avec sincérité

    Savourer les rencontres humaines

    Celles que l’on espérait, celles que l’on n’attendait pas

    Échanger, rire et jouer autour du feu

    Aimer cette grande simplicité

    Se réjouir à l’avance de chaque cérémonial du thé à la menthe

    Puis le déguster avec la même délectation renouvelée

    Ne jamais vouloir repartir

    Espérer revenir.

    PAUSE

    Voici les quelques premiers mots que m’inspirent ma semaine passée en Mauritanie.

    En attendant, le récit détaillé et illustré de nos aventures.

    A SUIVRE…

    Nouveau Chapitre

    Crédit : Alexa Roche Photography

    Chers lecteurs,

    Mon aventure au titre de journaliste free-lance avec Lepetitjournal.com se termine cet été. Avant de tourner la page, j’ai fait l’exercice de jeter un regard sur ces dernières années.

    🇨🇳J’ai officiellement commencé à écrire en Chine, notamment pour Lepetitjournal.com de Shanghai. Déjà, je brosse des portraits, j’arpente les quartiers de la ville, et je narre l’émergence de l’art contemporain en Chine. Une première expérience journalistique intense et riche d’enseignements, à l’image des vibrations de cette ville ! Je ne saurais assez remercier Marie-Eve Richet de m’avoir donné ma chance.

    🇬🇧A mon arrivée au Royaume-Uni, ma plume croise de nouveau les colonnes de Lepetitjournal.com, pour l’édition de Londres cette fois. C’est alors une expérience d’exception qui donnera naissance à plus de 100 articles, dont près de 70 portraits de Français et francophones du Royaume-Uni.

    La démarche est simple mais inscrite dans la durée et la ténacité. De réseautage en événements de networking, de contacts en investigations sur LinkedIn, je tisse peu à peu ma toile au sein de cette vaste communauté francophone. De ces interviews de personnalités toutes plus différentes les unes que les autres, je suis ressortie grandie devant tant de passion, de talent, de résilience, d’authenticité. En un mot, INS-PI-RÉE !

    Aujourd’hui, je réalise à quel point j’aime aller à la rencontre des gens, me nourrir de ces échanges, qui ne se limitent pas toujours à un interview et quelques emails : c’est alors un vrai cadeau !

    Entrepreneurs, artistes, managers de multinationales, artisans, scientifiques, commerçants, citoyens engagés, bénévoles, restaurateurs, animateurs de réseaux, influenceurs, ces femmes et hommes que j’ai eu la chance de rencontrer ont humblement accepté de se dévoiler, au-delà de leurs postures professionnelles officielles, pour que j’esquisse leurs portraits de façon la plus authentique possible.

    Un exercice exigeant, engageant, centré sur l’humain, tout sauf artificiel…

    J’ai interviewé des individus impliqués dans leur mission, passionnés de transmission, heureux d’avoir un impact, et convaincus d’être là où ils devaient être. Des bâtisseurs, des passeurs, des messagers.

    C’est à eux que je souhaite adresser mes plus chaleureux remerciements : de m’avoir accordé votre confiance et ouvert votre porte, de m’avoir révélé, en toute simplicité, ce qui vous anime, et avoué que le plaisir fut partagé.

    Il me faut aussi remercier l’équipe Lepetitjournal.com de m’avoir renouvelé sa confiance à Londres pendant quelques années, et notamment Hervé Heyraud, Damien Bouhours et Erwann Guillaume.

    Aujourd’hui, je poursuis ma route depuis Londres, aspirant à toujours faire de nouvelles rencontres, pour en brosser les portraits.

    Une certitude : les mots seront liés à mes projets futurs, quel qu’en soit la forme !

    Pour me contacter : delphine@wordsbydelf.com

    Mes mots de 2023

    Avant de plonger à corps perdu dans 2024, jetons un dernier regard sur l’année passée. Certes, il faut s’appeler ChatGPT pour rester insensible à la planète qui tremble, chauffe et déborde, aux guerres qui se succèdent, et à tous ces enfants qui souffrent ici et là-bas… Mais comme disait Churchill : « Never give in, never give in, never, never, never, never ! »*. Bienvenue dans mon album 2023.

    *(N’abandonnez jamais, n’abandonnez jamais, jamais, jamais, jamais, jamais !) – Extrait d’un célèbre discours prononcé par Winston Churchill le 20 octobre 1941, devant les étudiants de Harrow School, son ancienne école.

    Janvier – Bleu azur

    Le ciel est bleu sur Londres, Paris et Lille ; Fab et Lynda, mes deux très chères amies de Shanghai, me rendent visite, l’année commence bien.

    En Chine, réouverture des frontières progressive après trois interminables années, suivie de l’arrêt de la politique zéro-Covid, on peine à réaliser…

    Le ciel bleu londonien (Crédit : D.Gourgues)

    Février – Intelligence Émotionnelle

    En pleine explosion de l’intelligence artificielle (plus de 100 millions de comptes enregistrés sur ChatGPT deux mois après son lancement), tel David face à Goliath, mais armée de toute mon intelligence émotionnelle, je prends ma plus belle plume et lance audacieusement mes services de copywriting en français et en anglais, sous la marque Words By Delf.  Les émouvantes photos de mains de ma chère Fabiola (ByFab), puis sa biographie, seront l’écrin de mes premiers mots… Et dans la foulée, je commence à écrire pour lepetitjournal.com de Londres.

    Cela fait un an que l’Ukraine tente de repousser la Russie, la terre tremble fort en Syrie et Turquie, faisant plus de 50.000 victimes, et des ballons espions chinois sont abattus au-dessus des Etats-Unis.

    Hands of the world (Crédit : ByFab)

    Mars – Les mots pour le dire

    Ciel toujours bleu sur Londres et Madrid. Avec mes premières explorations de quartiers londoniens pour lepetitjournal.com comme Chiswick,  Marylebone et Angel, une belle série démarre ! Sans oublier la mise en mots des biographies de marques écoresponsables dénichées par Histoires Françaises.

    La France continue de manifester de façon virulente contre la réforme des retraites, les ordures s’amoncellent dans les rues de Paris, et la Chine reprend la délivrance de visas touristiques.

    Madrid (Crédit : D.Gourgues)

    Avril – Aiguille Creuse

    Quelques semaines avant le royal D-day, nous avons la chance de vivre une expérience terriblement british en dinant dans le cloître de l’abbaye de Westminster, unique ! Après les quartiers de Brixton et Victoria Park, cap à l’est lors d’une virée maritime à Broadstairs, station balnéaire d’un autre temps aux falaises étretataises. Côté culture, Ai Weiwei m’embarque dans sa quête de sens, grâce à son envoûtante exposition Making Sense.

    Le Soudan est en proie à une nouvelle guerre, 25 millions de Soudanais sont déclarés en détresse humanitaire. Début d’incendies ravageurs dans les forêts canadiennes.

    Broadstairs (Crédit : D.Gourgues)

    Mai – Oh My God !

    Après deux nouveaux articles sur les quartiers de Bermondsey  et Canonbury,  début d’une nouvelle série de portraits de personnalités françaises et francophones de Londres. Mes premières stars seront Julien, metteur en scène, et Jean-Baptiste, guide en baskets. Quelque part au Canada, deux p’tits bouts se bagarrent toujours courageusement pour leur santé…

    Le 6 mai, le prince Charles devient le roi Charles III, sous une couronne de 2kg et un mémorable déluge… Les Britanniques nous prouvent, une fois encore, que leur flegme est tout sauf une légende. (J’y étais !)

    King Charles III par Mr Brainwash

    Juin – Une goutte d’eau

    Encore un beau mois de découvertes entre une immersion urbaniste à St Pancras, une parenthèse verte à Greenwich et le portrait d’Aude et Chrystèle, femmes engagées pour l’association 1001 fontaines UK !

    Le groupe Wagner se rebelle contre Moscou, puis bat en retraite au bout de 24h. De violentes émeutes urbaines embrasent la France, tandis qu’au Canada, ce sont les forêts qui continuent de brûler de façon incontrôlable. Juin 2023 est le mois le plus chaud jamais enregistré.

    Regent’s Canal à St Pancras (Crédit : D.Gourgues)

    Juillet/Août – Un été français

    Après avoir exploré le quartier de Soho, plus français qu’on ne le pense, flâné au cœur de Parsons Green, et préparé quelques sujets de rentrée, l’heure de la pause hexagonale est la bienvenue !

    Jane Birkin, la plus française des icônes londoniennes, nous dit bye bye à l’âge de 76 ans, sur un air de Je t’aime, moi non plus… Aux USA, Donald Trump est arrêté, incarcéré puis libéré contre une caution de quelques 200.000 dollars. Le lendemain, la photo grimaçante de son arrestation (« mug shot ») entre dans la légende.

    Guétary (Crédit : D.Gourgues)

    Septembre – Baby-boom

    Petite virée écossaise entre amis, entre pêche à la mouche et whisky, avant d’avaler 28km, lors du Thames Path Challenge, au profit de l’association 1001fontaines.

    Puis arrive une rentrée incroyablement riche et relatée en portraits : Assia artiste peintre, Amandine et Jean-Christophe couple boulanger-pâtissier, Delphine responsable RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale), Sophie ambassadrice culturelle, sans oublier Mona et Lamine, le couple aux pouces verts… La diversité de Londres n’est pas un mythe !

    Après Mateo, Andrea, Helena, bienvenue à Lilas, 4ème bébé de l’année dans ma famille proche, un joli message d’espoir qui nous ravit tous et la promesse de quelques photos 100% « mignonitude » pendant quelque temps encore !

    Au Maroc, dans la région de Marrakech, la terre tremble fort ; en Libye, deux barrages cèdent sous les pluies torrentielles. Les bilans sont très lourds.

    Pêche à la mouche en Ecosse

    Octobre – Inspiration

    J’assiste à une Fresque du Climat à Londres, la claque ! J’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice « Sauvons la planète » en témoignant. Je fais une dernière virée-quartier à Paddington puis je rencontre des entrepreneurs inspirants comme Constant et sa galerie/bar à vin, Arthur livreur de bon pain français, et Marine pharmacienne aux petits soins.

    Une nouvelle guerre atroce débute entre Israël et la Palestine, et promet d’être longue. Éternel triste recommencement. Trois ans après Samuel Paty, meurtre d’un autre professeur, Dominique Bernard, sous les coups d’un jeune islamiste radical. L’alerte urgence attentat est de nouveau activée en France.

    Prendre de la hauteur à Paddington (Crédit : D.Gourgues)

    Novembre – Français à l’étranger

    Lepetitjournal.com organise avec succès ses premiers Trophées à Londres pour honorer ces Français aux parcours exceptionnels, et je mesure encore plus ma chance de voir mon chemin croiser autant de personnalités qui font avancer le monde, à petits et grands pas… Mes portraits du mois seront Matthieu engagé pour Nestlé, Éléonore fondue de fromages et Margaux, fée capillaire.

    En Argentine, le candidat ultra-libéral Javier Milei se fait élire sur des promesses de « thérapie de choc », haut la main munie d’une tronçonneuse...

    Les Trophées des Français de l’Etranger à Londres, nov. 2023 (Crédit : D.Gourgues)

    Décembre – Courage

    Pour finir ce florilège, je publie, toujours pour lepetitjournal.com, mes interviews avec Arnaud engagé pour Hyatt, Isabelle et Mathieu couple “durable” et David hypnothérapeute. Et je me régale de trois belles expositions, Antony Gormley à Londres, puis Mark Rothko et Nicolas de Staël à Paris. Vous l’aurez compris, l’ennui est loin de me guetter !

    L’art sauvera le monde (Dostoïevski)

    Le noir source de lumière, par Mark Rothko

    Mes dernières pensées iront à Lou et Jules, qui depuis le Canada, se battent encore et toujours, ainsi qu’à leurs parents et proches. Ils vaincront j’en suis sure ; belle leçon de courage !

    Comme le rapporte TTSO, en 2024, sur 11 jours fériés en France, 10 tomberont en semaine. Cela promet de beaux enchainements de ponts et autres aqueducs. L’art du congé, une spécificité bien française ?

    Pendant ce temps, une semaine de grève presque totale du métro londonien pimente notre rentrée de janvier. L’art de la grève n’est définitivement plus une exception française…

    Merci à tous ceux qui ont contribué à animer et colorer cette année autour de moi et meilleurs vœux à tous pour 2024 !

    Appuyer en cas d’urgence – Hôtel Seehof Hersching, Allemagne (Crédit : Accidentally Wes Anderson)

    J’Y ETAIS !

    Cela n’aura échappé à personne, l’actualité britannique de ce week-end du 6 mai 2023 fut royale ! Et nous avons eu la chance de vivre cet événement historique sur place. Trois célébrations royales en moins d’un an – merci Elizabeth -, même si on n’est pas fan de royauté, cela reste à marquer d’une pierre blanche dans une vie… et dans l’Histoire ! Retour en images sur ce couronnement vu via notre prisme français.

    Le parc St James en beauté pour le couronnement

    Quelques jours avant l’événement, les rues, vitrines et portes de Londres ont commencé à se parer de drapeaux, fanions et autres décorations de circonstance. L’ensemble m’a semblé beaucoup plus discret que pour le jubilé ou l’enterrement de la reine. Sobriété générale de mise en ce contexte de sévère crise économique ou manque d’enthousiasme populaire ? Les deux sans doute…

    Mercredi 4 mai, avec mes partenaires de course à pied, nous décidons (tout comme pour les funérailles d’Elizabeth II) de modifier notre traditionnel parcours sur Hyde Park, pour fouler le pavé autour de Buckingham Palace, the Mall et St James’s Park, afin d’humer l’atmosphère et se mettre dans l’ambiance. Moins de monde qu’en juin ou septembre 2022 certes, mais toujours de belles rencontres, des fans inconditionnels, de courageux campeurs sous une météo déjà mitigée, bref, quand on aime, on ne compte pas… les degrés !

    Clou de la sortie sportive, nous nous sommes faites interviewer par deux journalistes de TF1, et sommes passées au JT de 13h ce même jour. Le début de la gloire !

    Samedi matin, prévisions météo catastrophiques, 90% de risque de pluie selon BBC Weather et Rain Today (les plus fiables en la matière). Le printemps 2022 est bien loin avec ses températures pré-caniculaires et son début de sècheresse… Mais il semblerait que c’est une tradition lors des couronnements royaux, en tout cas, cela va alimenter la légende de pluie fréquente sur Londres – légende que je tente de démentir assidûment, comme certains l’auront remarqué !

    Nous nous sommes donc rendus à Hyde Park, et avons trouvé une place où nous asseoir (nos royaux séants sur nos capes de pluie shanghaiennes) au pied d’un des grands écrans dressés pour l’occasion. Ambiance familiale festive malgré la pluie battante, et surtout ferveur et grande attention du public, assez dense ai-je trouvé.

    Les moments les plus forts pour moi ont été les suivants :

    • La place accordée aux représentants des différentes confessions religieuses du pays (une première), très symbolique du fameux melting-pot, si présent au quotidien ici. Quand on pense aux fréquentes tensions en France dans ce domaine, on pourrait parfois s’inspirer de quelques règles du vivre-ensemble britannique…
    • Le chant gospel remarqué et remarquable, une première aussi dans l’abbaye de Westminster, R-E-S-P-E-C-T !
    • L’enthousiasme de tout le public à la moindre apparition de William, Kate ou de l’un de leurs trois enfants – très mignons d’ailleurs, un peu tendance enfants modèles (mais ont-ils le choix), avec heureusement quelques grimaces et bâillements attendrissants du petit Louis, 5 ans seulement. Le peuple britannique semble prêt à voir William et Kate régner sur le pays. Je leur souhaite de ne pas avoir à attendre trop longtemps, un petit coup de frais sera le bienvenu…
    • Et malgré tout, je l’avoue, après tous les rituels qui m’ont semblé d’un autre siècle (le baiser sur la bague, no comment), ce moment où la lourde couronne fut posée sur la tête du roi Charles III était assez intense ! « J’y étais, je l’ai vécu », voilà ce que je pourrai peut-être dire dans quelques années…
    • Pour l’anecdote, vous avez sans doute vu comme moi à quel point Camilla était, elle, souriante, une fois à son tour coiffée de sa couronne. Comme m’a dit un ami, elle a le mérite de la persévérance… (the never-give-up-queen)

    Pour ceux qui se posent la question, non, je n’ai pas (encore) essayé la recette de la royale quiche aux épinards… Elle est ici pour ceux qui seraient tentés.

    Et, pour conclure, voici mes portraits préférés, pour leur côté très rock et flatteur, d’Elizabeth II et de Charles III, signés de l’artiste Mr Brainwash.  God Save The King !

    Le sens (et le non-sens) de la vie, selon Ai Weiwei

    Attention, coup de cœur artistique ! Le Design Museum de Londres propose depuis peu une exposition saisissante de l’artiste chinois Ai Weiwei, « Making Sense ». C’est une de mes préférées des derniers mois ! Si vous avez la chance de passer par Londres, ne la manquez pas !

    Photo couverture : Still Life (Ai Weiwei)

    Ai Weiwei, une vie d’artiste engagé

    Les talents d’Ai Weiwei sont multiples. Architecte, photographe, sculpteur, vidéaste, il est connu pour ses provocations et ses installations grandioses. Il aime aussi chiner et collectionner des vestiges de son pays. Né en 1957 à Pékin, ses premières années furent marquées par l’histoire mouvementée de la Chine. En effet, il passa son enfance au sein de sa famille exilée dans différents camps, en raison des positions de son père, le poète et intellectuel Ai Qing, opposant au régime chinois. Il héritera de lui ce militantisme provocateur, et bien sûr cette profonde sensibilité artistique. A son tour, il s’engagera dans un incessant combat pour la liberté qui mettra en lumière cette même résilience, ce même courage.

    Making Sense, quand espace, design et esthétisme s’entrechoquent

    En rentrant dans cette pièce dédiée à l’exposition, c’est un choc visuel. C’est gigantesque et petit à la fois. Les installations sont grandes mais disposées de façon très compacte (mais pourquoi le musée ne lui a-t-il pas consacré plus d’espace ?!). Cela n’en est que plus puissant…

    Left Right Studio Material

    C’est beau et contrasté. Une véritable émotion esthétique est palpable.

    L’œil est d’abord attiré par des formes géométriques, des hautes poutres, encastrées dans des tables, par deux immenses serpents qui dansent aux murs, par de grandes surfaces rectangulaires au sol sur lesquelles gisent de petites pièces de formes variées.

    Il y a aussi des couleurs vives, du bleu indigo, un peu de rouge bien sûr, qui font écho à des camaïeux de gris, de blanc ivoire et de beige. Des matières brutes comme le bois ancien, le marbre, la céramique, la porcelaine provoquent les textiles modernes et le plastique.

    Making Sense, une quête infinie sur le sens de la vie

    Il faut absolument se laisser guider par le dépliant qui décode l’inspiration du maitre Weiwei. Les questions que l’artiste soulève sont simples, évidentes presque. Son sens aigu de l’esthétique met le design au service de réflexions existentielles. Il est ici question de passé et de présent, d’artisanat millénaire et de production de masse, d’antiquités et d’objets de la vie courante, de durable et de jetable, de construction et de dé-construction, de perspectives et de liberté.

    Study of Perspective

    Quel sens voulons-nous donner à notre vie ?

    Morceaux choisis

    Je vous livre ici quelques exemples qui m’ont particulièrement touchée et interpelée. Mais je me garderais bien d’être exhaustive, pour laisser place à la surprise, à l’expérience personnelle et l’émotion artistique de chacun. Inspirez, expirez.

    Through & Lego Incident

    De solides tables et colonnes en bois d’un temple de la dynastie Qing (1644-1911) sont assemblées comme entrechoquées, comme en équilibre vacillant, évoquant une destruction ou chute imminente. Le tout sur un parterre de briques multicolores de Lego, symboles de constructions rapides, répétitives, sans âme. Déstabilisant.

    Water Lilies

    L’immense fresque au mur est une ré-interprétation très personnelle des Nymphéas de Claude Monet. Approchez-vous tout près pour comprendre en quoi elle est faite, puis reculez pour y voir le contraste entre les couleurs aquatiques et florales et la sombre tache noire évoquant son exil des années 60. Saisissant.

    Porcelain balls

    Que dire de cet immense tapis de petites billes en porcelaine, bien alignées, rangées par taille et en élégant dégradé, allant du beige au gris, quand on comprend tout d’abord qu’elles sont faites main et datent de la dynastie Song (960-1279), mais surtout que ce sont en réalité des balles, des munitions destinées à tuer… Frappant.

    Cette composition de tampons rouges et de leurs empreintes affichées séduit l’œil par sa couleur chaude et son graphisme. Elle est le fruit d’une minutieuse et douloureuse investigation d’identification des 5.197 noms des enfants morts lors du tremblement de terre du Sichuan en 2008, dans leur école dont les normes de sécurité n’avaient pas été respectées à la construction. Glaçant.

    Quelques vidéos encastrées dans les murs attireront peut-être votre attention, par leur aspect statique, comme l’œil d’une caméra de surveillance qui regarde froidement le monde changer, lentement, presque imperceptiblement mais tellement vite à la fois. Pour ma part, le film Beijing 2003 m’a bouleversée, tant il évoquait de souvenirs et d’impressions personnelles de ces rues qui ne sont plus. Émouvant.

    Arrêtez-vous aussi devant les photos de la construction du fameux stade olympique The Bird’s Nest (le nid d’oiseau), ou celles provocantes sur la notion de perspective, étonnez-vous devant les objets de la vie courante changés en marbre, laissez votre regard se perdre dans les fragments de porcelaine bleues ou dans les rangées d’outils datant de l’Age de pierre et trouvées sur des marchés aux puces. Foisonnant.

    Le public nombreux et hétérogène était concentré, comme happé par les messages de l’artiste. Même si ma tranche de vie en Chine a évidemment été partie prenante dans cette exposition, je suis persuadée que chacun peut à son tour y voir et ressentir une résonance personnelle. Car chacun d’entre-nous veut donner un sens à sa vie.

    Inspirez, expirez, vous êtes en vie. Et libres.

    Making Sense par Ai Weiwei. 7 avril – 30 juillet 2023.

    The Design Museum : 224-238 Kensington High Street, London W8 6AG

    Crédit photos : Delphine Gourgues

    Words by Delf, votre histoire à travers mes mots

    (English version below)

    Chers fidèles lecteurs,

    Vous êtes pour la plupart mes lecteurs de la première heure de ce blog. Dès mes premiers posts, vous m’avez si souvent encouragée à continuer, à partager, à témoigner, à éveiller un coin de nos consciences, à vous faire sourire voire rire, à vous révéler le talent d’une amie photographe, le courage d’une entrepreneuse, à vous faire découvrir une belle région de Chine ou un recoin caché de Londres, et bien plus encore…

    Laisser une trace et être inspirante. Tels sont mes deux objectifs quand j’écris.

    La photo, écrin indispensable pour illustrer mes mots...(Photo du fond : crédit Niko de Rougé)
    La photo, écrin indispensable pour illustrer mes mots (Photo du fond : crédit Nico de Rougé)

    Après quelques années d’écriture personnelle, journalistique, sur ce blog et pour le compte de certains proches, je me jette dans le grand bain de l’entreprenariat en free-lance ! Je vous présente Words by Delf, ma marque de « copywriter-content designer-storyteller », ou rédactrice-designeuse de contenu-créatrice d’histoires, pour les allergiques aux anglicismes (mais Londres oblige, je vais surfer sur les deux langues).

    Avec Words by Delf, je désire faire des mots mon quotidien, rencontrer toujours plus de personnalités passionnantes, mettre ma plume au service de talents variés, en français et en anglais, au-delà des frontières.

    Je vous laisse découvrir sur mon site internet www.wordsbydelf.net mes objectifs, mon parcours et quelques morceaux choisis de mes publications. Surtout, n’hésitez pas à le faire connaitre autour de vous (de préférence via mon profil LinkedIn) et « faites tourner » comme le disait Billy Ze Kick dans sa chanson « OCB » (les cinquantenaires auront la réf’…) ! Et pour me contacter en direct : contact@wordsbydelf.net

    Mon logo a été créé par la jeune talentueuse Victoria de Rohan-Chabot, dont l’avenir sera sans aucun doute couronné de succès !

    Words by Delf, your story through my words

    Dear faithful readers,

    For the most part, you have been my readers of this blog from the very beginning. From my first posts, you have so often encouraged me to continue, to share, to testify, to awaken a corner of our consciences, to make you smile or laugh, to reveal to you the talent of a friend photographer, the courage of an entrepreneur, to discover a beautiful region of China or a hidden gem of London, and much more.

    Leave a mark and be inspiring. These are my two goals when I write.

    La photo, écrin indispensable pour illustrer mes mots...(Photo du fond : crédit Niko de Rougé)
    The photo, essential setting to illustrate my words (Background photo: : credit Nico de Rougé)

    After a few years of writing in various areas: personal writing, articles for an online newspaper, posts on this blog, and publications for professional contacts, I am about to take the plunge into freelance entrepreneurship! Let me introduce you Words by Delf, my brand and new business as a copywriter-content designer-storyteller.

    With Words by Delf, I want words to build my daily life, and I always want to meet more and more great people and use my writing skills for diverse talents, in French and English, beyond borders.

    Feel free to look at my website www.wordsbydelf.net, to discover my objectives, my background, and a selection of some previous publications. Please don’t hesitate to spread the word and share this link with your network, ideally through my LinkedIn profile! Get in touch: contact@wordsbydelf.net

    My logo has been designed by the talented young Victoria de Rohan-Chabot, who will, undoubtedly, have great success.

    ChatGPT, prochain prix Pulitzer ?

    Ne vous méprenez pas, ChatGPT n’est pas le nom du dernier petit félin mignon star de TikTok ou d’Instagram (quoique tout est possible), mais c’est le nouveau sujet “technologique” qui anime bien des conversations en ce début 2023. ChatGPT (prononcer Tchat-JiPiTi), sorti fin 2022 sur le web, annonce sans doute une véritable révolution, notamment dans l’art de l’écriture et de la rédaction.

    ChatGPT, késako ?

    ChatGPT est un pur produit de l’intelligence artificielle. C’est ce que l’on appelle un “agent conversationnel” capable de répondre de façon tout à fait précise et performante à des questions de tous ordres. En bref, c‘est une incroyable base de données au savoir encyclopédique (avec quelques 175 milliards de paramètres), qui sait produire des textes en langage humain, clairs, logiques et fouillés. Cette première version unique au monde, développée par la société OpenAI*, est pour le moment accessible gratuitement. Les textes proposés sont en anglais et en français (même si l’on a déjà vu fleurir diverses versions traduites).

    *OpenAI est une société de développement de l’intelligence artificielle. Basée à San Francisco, elle fut fondée en 2015 par Elon Musk (entre autres), qui a quitté la société en 2019. Elle a créé en 2019 une intelligence artificielle appelée GPT-2 (Generative Pre-Trained Transformer), suivie de sa version améliorée GPT-3 en 2020.

    ChatGPT, c’est pour qui ?

    Rentrons dans le vif du sujet, car c’est bien là que le bât blesse. ChatGPT peut à ce jour être utilisé par n’importe qui, et surtout sur une gamme de sujets incroyablement vaste. Et quelle que soit la problématique soumise à ChatGPT, le langage écrit est au cœur du sujet.

    Des journalistes se sont immédiatement pliés à l’exercice de faire rédiger un de leurs articles par cette IA (Intelligence Artificielle), sans s’en cacher. De façon générale, ils reconnaissent le résultat assez bluffant (voir par exemple ce témoignage : ChatGPT, c’est quoi ? On a laissé ChatGPT répondre à la question) ! Certains l’ont aussi testée sur des sujets très techniques et complexes et se sont avoués impressionnés.

    Des professeurs commencent par ailleurs à voir fleurir des dissertations et autres travaux écrits de bonne facture, mais étonnamment similaires en termes de construction logique, de phrasé et de style. Le manque de fautes d’orthographe et de grammaire leur a aussi mis la puce à l’oreille ! Mais ceci n’est qu’un simple paramètre de plus qui pourra bientôt être ajouté à la requête initiale (“faire 3% de fautes”). Alors qu’il y a 15 ans, il fallait traquer les copier-coller Wikipedia dans les travaux des étudiants, on voit déjà se développer des outils de détection de ChatGPT.

    ChatGPT, presque parfait ?

    Tout d’abord, notons que les connaissances abyssales de ChatGPT s’arrêtent, à ce jour, à 2021 (mais cela ne saurait durer…).  De plus, il – ou elle, mais ceci est un autre débat – fait son travail de recherche parmi des milliards de pages internet, sans forcément en vérifier la fiabilité. Ce qui n’est pas simple pour l’utilisateur non plus, étant donné que ChatGPT ne donne pas ses sources.

    Si les premiers retours jugent que ChatGPT délivre un travail propre et de qualité, il est cependant jugé souvent trop lisse, avec trop peu d’aspérités, même s’il est déjà possible de lui demander de coller au plus près à un certain style plus ou moins formel, plus ou moins créatif etc. (ce qui est appelé “température” dans les paramètres).

    Écrire avec ChatGPT

    Et maintenant, que faire ? Certains avaient prédit la mort du livre avec l’arrivée d’internet. Certes, les versions papier de la littérature et de la presse ont fondu comme neige au soleil, mais ce secteur de l’édition a su évoluer et on n’a jamais autant lu, sur écran ou sur papier. C’est donc sans doute ce qui se profile à l’horizon pour le monde de l’écrit en tout genre : il va falloir, une fois encore, se réinventer.

    De nombreux professionnels vont certainement rapidement confier à ChatGPT la production de moults écrits, de type informatifs, généralistes, répétitifs, souvent destinés au grand public, mais pas uniquement.

    En parallèle, les besoins en rédaction “humaine“ vont changer. Comme dans tous les domaines challengés par l’IA, l’avenir est donc plus que jamais à l’essence fondamentalement humaine de l’art de l’écriture. Si ChatGPT sera vraisemblablement un des outils de recherche et d’information les plus performants, priorité sera donnée au contenu de haute qualité, proposant une véritable analyse, une opinion, un point de vue engagé, un champ de réflexion, le tout dans un style très personnel – que l’on appelle la plume -, créateur d’émotion, et pourquoi pas, avec une touche d’humour. Car soyons réalistes, ChatGPT est à prendre très au sérieux, mais il vaut mieux en rire… et garder espoir en l’homme !

    Épilogue

    Il m’a fallu un peu de patience pour pouvoir tester ChatGPT en raison d’une demande trop importante. La rançon du succès et le comble de la frustration pour moi ! Pour l’anecdote, à chaque tentative infructueuse de connexion (en anglais), ChatGPT m’a affiché un élégant message sous forme de poème en style shakespearien, de poème acrostiche, de discours ou encore de message piraté (cf captures d’écran). Avec ChatGPT, on n’est vraiment pas au bout de nos surprises…

    The future is here, and it is called ChatGPT

    Sources : Les Echos, Numerama, OpenAI, YouTube

    ROYAL FLORILÈGE

    Londres, mai 2022

    Comme chaque année, la RHS (Royal Horticultural Society) organise au printemps le Chelsea Flower Show. Fondée en 1804, cette organisation caritative a pour but de promouvoir l’horticulture auprès de la population anglaise. Mais attention, pour être membre de la RHS, il faut tout de même verser la modique cotisation annuelle de 5.000£ !  

    Le Chelsea Flower Show est la manifestation la plus célèbre de la RHS et accueille des visiteurs du monde entier. Cette année, elle a lieu du 24 au 28 mai, et la visite des jardins est, elle aussi, assez onéreuse. Heureusement, on peut aussi en profiter juste en se promenant dans le quartier de Chelsea qui met cet événement à l’honneur et se pare des décorations florales les plus créatives pour l’occasion. Et en 2022, le hasard fait bien les choses, puisque ce rendez-vous floral précède de quelques jours les festivités du tant attendu « Jubilee » de platine, célébrant les 70 ans de règne de la reine Elizabeth II.  Sa majesté s’est d’ailleurs rendue sur place la veille de l’ouverture du Chelsea Flower Show et l’a parcouru en voiturette de golf !

    The Queen est donc un des thèmes majeurs de toutes les installations qui ornent les rues des alentours, et elles sont, avouons-le, assez impressionnantes ! Les Anglais savent vraiment mettre de la couleur, de la poésie (et du kitsch parfois…) dans la rue, surtout quand il s’agit de fêter leur reine. Oh my God!

    La version postale

    La version rock’n’roll

    La version buste royal

    La version Paddington

    La version champêtre

    La version tunnel

    La version léonine

    La version poulpe

    La version tea time

    La version garde royal

    La version Alice au Pays des Merveilles

    La version « m’as-tu vu »

    La version couronne royale

    La version fleuriste

    La version équestre

    Une des passions de la reine

    La version canine (chacun sait l’amour de la reine pour ses chiens…)

    La version aéronavale

    La version blason

    La version arborée

    La version fougères

    Really?…

    La version agence immobilière

    La version no colour

    La version exotique

    La version sexy

    La version luxe (sachant qu’un bouquet de 5 pivoines coute environ 25₤)

    La version cupcake

    Et pour finir, la version street fashion

    Un style inimitable !

    « God Save the Queen »

    AVOIR LE COVID EN CHINE

    Mathilde, française vivant à Shanghai depuis de nombreuses années, mère de quatre enfants, nous raconte sa récente expérience « covidienne » en plein confinement dur à la chinoise.

    Confinement J-27

    « Tout a démarré un soir où l’une de mes filles, Julia, 12 ans, se plaint de façon insistante de grande fatigue, d’étourdissements. Trop d’écran, pas assez d’exercice ni d’air frais, cela paraissait peu étonnant…

    Nous étions confinés depuis 27 jours, nous faisions des tests antigènes et PCR tous les jours, franchement, nous ne pensions pas au Covid !

    Test quotidien dans notre lane

    Le lendemain matin, Julia est toute pâle et affiche une fièvre à 39 degrés. Elle décide alors de faire un test antigène et là, en quelques secondes, le 2ème trait s’affiche bien nettement, elle est positive ! On l’isole dans sa chambre et on réfléchit. C’est un peu la panique dans l’esprit de chacun car cette hantise d’être envoyé dans ces camps d’isolement insalubres – dont on a tous vu moultes vidéos et photos, et où même les enfants peuvent y être envoyés seuls (surtout s’ils ont plus de 12 ans…) – fait froid dans le dos. Avec mon époux, nous tentons de rassurer notre fille en lui promettant que nous ne la laisserons pas partir seule. Nous prévenons aussi immédiatement le consulat pour discuter des « stratégies » possibles (s’il y en a …).

    Spirale infernale

    Pendant les trois jours suivants, on ne nous demande plus de faire de test, ce qui nous arrange. Le consulat nous appelle tous les jours pour prendre de nos nouvelles. Puis le 4ème jour, nous sommes convoqués dans la lane (ruelle) en bas de chez nous pour faire un test PCR. Les derniers autotests de notre fille étant positifs, cela allait coincer, c’est sûr… Nous tentons une feinte, mais en vain, et après quelques heures d’attente et de stress, appel du CDC (Control Disease Center) pour nous annoncer que le résultat de test de notre fille ainée, Sarah, est positif…alors que celui de Julia est considéré comme négatif ! Sarah se met d’ailleurs à avoir les mêmes symptômes que sa sœur.

    Et puisque la poisse nous colle aux semelles dans cette histoire, notre 3ème fille Marie tombe à son tour malade quelques heures plus tard. Le comité de quartier (cf détails sur cette organisation dans Escape Game) nous prévient que le départ est imminent pour Sarah.

    De son côté, le consulat se démène pour en savoir plus et pour tenter de nous laisser tous à la maison le plus longtemps possible. Il nous conseille par ailleurs de nous montrer conciliants afin de réussir à négocier des conditions d’isolement correctes. Avec mon mari, nous sommes d’accord : notre fille peut partir mais à condition qu’elle soit accompagnée d’un parent.

    Le lendemain c’est notre petit dernier de 5 ans, Antoine, qui tombe malade, et le surlendemain, notre ayi (nounou), qui avait choisi fin mars de se confiner chez nous plutôt que seule chez elle. Elle travaille pour nous depuis 9 ans et fait partie de la famille. Sale loi des séries ! Mais toujours sans à avoir à faire de tests officiels…

    Le CDC vient alors à la maison pour « enquêter ». Les volontaires nous posent des questions sur les livraisons reçues, font de nombreuses photos de l’extérieur du bâtiment (fenêtres, jardin etc.), constatant qu’il nous était possible de nous isoler totalement du voisinage grâce au caractère non-mitoyen de notre maison et à notre petit jardin. On reprend espoir. Puis silence radio.

    Période hors du temps, tendue, comme en équilibre sur un fil prêt à rompre.

    L’Heure de vérité

    Le 4 mai, on nous demande de faire 2 fois/jour des tests antigènes depuis notre domicile et d’envoyer les résultats. Jouant sur le nombre de personnes vivant sous notre toit, nous arrivons à tenir quelques jours de plus, en espérant que les premiers malades repassent négatifs au plus vite… Le 7 mai, « fin de la récré », le comité de quartier débarque, armé de kits PCR, pour tester tout le monde. La confusion la plus totale règne et les volontaires oublient de tester deux personnes, Marie et l’ayi ! Résultats des courses : deux enfants sont déclarés positifs, Sarah et Antoine…

    Le comité de quartier tout puissant nous fait comprendre que cela devient vraiment compliqué de nous laisser à la maison. En effet, les voisins commencent à protester, à dire que nous étions à l’origine du virus dans la lane (alors qu’il y avait eu des cas dans une autre famille avant nous – chose que nous ignorions à l’époque). D’ailleurs, comment le virus est-il arrivé chez nous ? Cela reste mystérieux. Les choses s’étant légèrement relaxées à partir du 20 avril, nous avions été autorisés à descendre 2h/jour nous dégourdir les jambes dans la lane. Les enfants sont allés faire de la trottinette, jouer, promener le chien, ils ont croisé des voisins, cela a dû se transmettre par voie aérienne…

    Quand notre chien pouvait se promener dans la lane…

    Départ imminent

    Les autorités locales parlent d’évacuer tous les occupants de la maison pour pulvériser de l’eau de Javel partout (vous avez sûrement déjà vu une vidéo montrant ce type d’intervention digne d’un film de science-fiction…). Mais c’est inenvisageable pour nous car nous avons un chien, il serait lui-même envoyé en quarantaine on ne sait où ! En parallèle, le consulat, toujours aussi présent, fait son maximum pour négocier des conditions d’isolement les plus correctes et humaines possibles. A ce moment, je leur propose de partir avec Sarah et Antoine, nos deux enfants positifs (mais qui devraient passer négatifs sous peu) et que le reste de la famille se parque (avec le chien) dans le jardin, le temps de la désinfection générale. Hourra, le CDC accepte ma proposition !

    Opération Javel !

    (Précision de l’auteur, toutes ces discussions et négociations se passent en mandarin, respect pour le niveau linguistique de Mathilde !)

    Le lundi 9 mai au soir, on nous appelle à 21h pour nous avertir d’un départ en soirée ou le lendemain matin. Trois ou quatre appels plus tard repoussants sans cesse l’horaire, nous partons donc le mardi 10 à 22h. C’est ce qui s’appelle jouer avec nos nerfs ! Le consulat n’a pas réussi à savoir où nous sommes envoyés, « un endroit pour les étrangers » disent-ils pour nous rassurer. Mais à présent, j’en suis au stade où je veux en finir avec cet épisode.

    Allons-y, nous n’avons pas le choix de toutes façons, et ensuite nous pourrons tourner la page !

    Nous sommes prêts…

    Quand la voiture arrive, je vois avec soulagement que c’est une ambulance, on dirait presque une limousine blanche, ambiance VIP ! C’est bon signe, cela signifie sans doute hôpital et non camp d’isolement. Mais pendant le trajet, on s’arrête pour prendre au passage une petite mamie, munie d’un sac plastique avec bassine, savon, shampooing. Et là, je réalise que j’ai pensé aux céréales, aux petites voitures, à l’iPad, à ma crème de nuit, mais absolument pas à la bassine ni au savon… et si nous n’avions pas de douche ? Et si on allait dans un camp ? Le stress monte.

    Bienvenue à Javel-land !

    Nous arrivons au département Fever Hospital d’un hôpital chinois de Shanghai. Drôle d’impression glauque en entrant, la réception est quasi-fermée, emmurée dans des parois en plexiglas, les lumières sont presque éteintes, et tout est recouvert d’une pellicule blanche de Javel, comme une couche de calcaire, à force de pulvérisations intempestives. Sans parler des effluves persistants de Javel n.5… Après un « check-in » un peu chaotique et dans l’incompréhension totale, on nous conduit au 13ème étage dans une chambre avec -oh bonheur- trois lits, une salle de bain et des toilettes ! Prises de sang pour tout le monde et on s’effondre, nerveusement épuisés, malgré l’odeur d’urine persistante du matelas… Mais quel soulagement d’être dans un vrai hôpital !

    Le lendemain, après les classiques prises de température et de tension, descente au service CT-scan des poumons. Nous faisons la queue puis passons un par un, mon petit Antoine en premier et un peu paniqué au début. Notez qu’entre chaque patient, aucune désinfection ni quelconque nettoyage n’est effectué… NE PAS CHERCHER À COMPRENDRE, FAIRE PROFIL BAS. En fin de journée, les résultats des scans tombent et, devinez quoi, JE suis positive !!!! Je n’en crois pas mes oreilles, mais finalement, ce violent mal de tête depuis ce matin, c’est peut-être ça… Par la suite, j’ai les classiques symptômes de courbatures, d’épuisement total mais pas de fièvre.

    Les repas sont déposés devant la porte. Lait, œuf dur et petit pain au petit-déjeuner, Bento-box avec riz, légumes et viande midi et soir. C’est correct. Le personnel est plutôt sympathique, on nous pose pas mal de questions sur nous, depuis combien d’années nous sommes en Chine etc. Sarah est bien occupée avec l’école en ligne. Pour Antoine, les journées sont plus longues, entre petites voitures, des heures à regarder par la fenêtre et… salvateur iPad, j’avoue…

    Traitement de choc

    Quelques jours plus tard, les enfants passent négatifs, c’est déjà ça ! Quant à moi, il parait que ma charge virale est très élevée. Pour aider à la faire baisser plus vite (et donc espérer rentrer chez moi), on me propose un médicament. En mode automatique (et diplomatique), j’accepte, je veux mettre toutes les chances de mon côté, mais sans trop y croire… « encore un médicament chinois aux herbes », me dis-je. Et bien surprise, on me donne le dernier médicament Pfizer contre les gros symptômes, le PAXLOVID. C’est un excellent signal, que le pays accepte d’utiliser un traitement médical occidental contre le Covid !

    Un premier pas vers une solution de vaccination efficace en Chine ?

    Résultat, mon test PCR quotidien passe négatif au bout de six jours seulement ! Au bout du 2ème test PCR négatif le lendemain, le 16 mai donc, nous sommes autorisés à rentrer à la maison. Après signature d’une liasse de papiers, nous  embarquons dans un bus qui desservira différents quartiers. Nos autorisations sont ensuite une nouvelle fois vérifiées au dernier carrefour, une voiture nous accompagne devant notre lane, suivie d’un mystérieux scooter. Une fois la lane déverrouillée par le « gardien des clefs » (cf. Escape Game), le chauffeur du scooter descend et se met à pulvériser le sol, sur les traces de nos pas, ainsi que nos bagages, nos semelles etc. NE PAS CHERCHER A COMPRENDRE.

    Une histoire sans fin ?

    Nous voilà donc tous de nouveau réunis. Nous avons sept jours de quarantaine à respecter à la maison, mais de toutes façons, cela ne change pas vraiment, puisque les récentes annonces d’ouverture diffusées sur tous les médias étrangers tiennent plus de l’effet d’annonce qu’autre chose… Notre ayi, qui avait été envoyée en camp d’isolement (traitement plus rude réservé aux Chinois…) a pu revenir rapidement elle-aussi. Et mon mari semble être passé au travers de cette mauvaise série ! Nous avons vraiment eu de la chance et nous remercions le consulat pour toutes ses actions en coulisses pour nous permettre de ne pas être séparés des enfants, et d’éviter le camp d’isolement, car ce n’est pas le cas pour tous les expatriés contaminés…

    Cet été ? Nous allons probablement devoir rester en Chine (pour la 3ème année consécutive) pour raisons professionnelles (quand on est auto-entrepreneur, les choses sont encore plus complexes). Nous espérons de tout cœur que la vie, économique notamment, reprenne peu à peu son cours, d’ici fin juin.

    Les rues de Shanghai…

    Pour le reste, nul ne peut prédire de la suite, mais au moins, nous sommes immunisés pour quelque temps !

    NB : information de dernière minute : le lendemain de notre retour, suite aux derniers tests PCR, appel du CDC pour nous annoncer que Julia est positive !!! Ma première réaction a été d’éclater de rire (jaune)… Julia a des anticorps (normal, puisqu’elle a été malade), mais sa charge virale est nulle, elle n’est donc plus contagieuse. Les appels se succèdent depuis, pour nous poser moultes questions sur son état. On croise les doigts pour qu’elle puisse rester à la maison en observation. Oh secours, réveillez-moi de ce cauchemar ! »

    Un immense merci à Mathilde pour son témoignage et ses photos !

    (Source : Internet)

    ESCAPE GAME

    L’ immeuble Le Normandy dans la ville-fantôme (crédit : ByFab)

    Mai 2022

    « Avril 2022, on s’en souviendra toute notre vie ! ». Pierre et sa famille sont partis de Shanghai fin avril. Témoignage d’un départ mouvementé après un mois de confinement à la chinoise.

    *Escape Game : jeu de rôle en équipe qui se déroule dans un décor réel et qui consiste à tenter de s’échapper d’une pièce (ou d’un ensemble de pièces) en résolvant des énigmes, et ceci dans un délai imparti. Inspiré d’un jeu vidéo japonais, l’Escape Game (ou Escape Room) rencontre un certain succès depuis le début des années 2000.

    Retour à la vraie vie

    La Bretagne. Le chant des mouettes. La valse du ressac. Ce ballet fascinant des vagues qui ondulent sans fin avant de venir caresser le bord de plage. L’air pur. La lumière transparente, incomparable. L’horizon. Ils en rêvaient depuis des mois, des années même (3 ans pour Pierre). Et puis voilà, ils y sont, enfin, et « en réalité, après cette attente qui nous a paru interminable, on s’habitue très vite au retour à la normale » témoigne Pierre.

    Après un mois en ligne, les enfants ont repris l’école, juste à côté. Les salles de classe ont vue sur la mer, et cette semaine, en cours de sport, ils ont fait du surf ! Certes, les journées de Pierre et de son épouse sont encore calées sur le rythme chinois, pour être en phase avec les horaires des équipes locales, mais tout va bien. « On organise notre planning de vacances pour cet été, et pour la suite, on verra plus tard… ».

    CDI (Confinement à Durée Indéterminée)

    Arrivés à Shanghai en août 2020, sans avoir pu revoir les proches en France durant l’été pour cause de pandémie, Pierre et sa famille ont déjà testé plusieurs fois la quarantaine made in China. Mais à chaque fois, la durée était connue à l’avance (sauf résultats de test PCR positifs bien sûr), avec une date de sortie qui aide à tenir. Cette fois, pas de date à l’horizon, que des hypothèses…

    Après plusieurs semaines de micro-confinements locaux – immeuble par immeuble, lane (ruelle) par lane, quartier par quartier – la ville de Shanghai, submergée par la vague Omicron, a décidé l’impensable : le confinement strict de plus de 25 millions d’habitants. Coté Est d’abord (Pudong), puis le 1er avril, côté Ouest (Puxi). Pour quelques jours soi-disant…

    Célèbre boulangerie/café du centre de Shanghai (Crédit : ByFab)

    Et en Chine, quand on est confiné, on ne peut pas sortir du tout, même 1h pour courir, faire ses courses ou promener le chien. On-reste-à-la-maison, et le chien aussi ! Sauf quelques exceptions ponctuelles du style : ceux qui sont dans une résidence arborée peuvent (parfois) sortir (certains jours) dans les espaces communs, d’autres peuvent descendre dans la rue en bas de chez eux uniquement pour faire des tests PCR – tous les 2 jours, parfois tous les jours -, d’autres ont eu le droit de sortir entre la rue A et la rue B pendant quelques jours, et puis clap de fin, terminé…

    Shanghai, vidée de ses 25 millions d’habitants (Crédit : Nico de Rougé)

    Mais tous ces signes d’espoir sont soumis au régime de l’arbitraire et ne suivent aucune règle s’apparentant à notre logique occidentale. Car on a vu du jour au lendemain, dans certains quartiers, un tour de vis s’opérer, avec pose de cadenas aux grilles et ruelles barricadées.

    Il ne faut pas chercher à comprendre, car on ne peut pas comprendre.

    Crédit : ByFab

    « Votre test est anormal »

    Le 1er avril donc, en guise de blague, la grille de la ruelle de la famille de Pierre est fermée avec une chaine. Dès le lundi, la valse des PCR démarre. Le mardi, le QR code de l’application shanghaienne anti-Covid  de Pierre s’affiche en rouge. Il faut refaire des autotests puis un PCR. Le mercredi, le QR code redevient vert, ouf ! Mais dans l’après-midi, un appel téléphonique signale à Pierre que son fils est positif : « test anormal ». Panique à bord ! En effet, comme commencent à en témoigner les réseaux sociaux, les cas positifs, même asymptomatiques, sont envoyés en « centres » (grands camps assez insalubres du type gymnase ou parc des expos, où les gens sont entassés sur des lits de fortune, lumières allumées en permanence, sans douches, avec peu de sanitaires. Même les enfants, sans les parents, du moins à cette époque.

    Les séances de tests dans la rue (Crédits : à gauche : Nico de Rougé / au milieu et à droite : ByFab)

    Branle-bas-le-combat, il faut informer d’urgence le consulat et l’ilotier (Français bénévole responsable de la liaison avec le consulat pour un quartier). Les équipes du consulat sont admirables et la consigne est claire, « vous restez chez vous, et si on vient vous chercher, vous nous prévenez et vous demandez à faire un test de contrôle. Mais la situation se tend. Les autorités de Pékin dirigent maintenant les opérations à Shanghai, les règles changent… ».

    Ô temps suspendu…

    Pendant une semaine, la famille ne peut même plus sortir pour faire un test PCR dans la rue. Il faut faire des autotests à la maison et envoyer les résultats par WeChat. Les autorités locales appellent tous les jours, vérifient que l’enfant « positif » a bien une chambre seule pour s’isoler. Au bout d’une semaine, la famille peut de nouveau sortir dans la lane pour les PCR : « on n’a jamais été aussi contents de se faire tester ! ».

    Puis mi-avril, tard le soir, on sonne. Un médecin du CDC (Control Disease Center) vient tester la famille. Les résultats seront négatifs le lendemain. Trois jours plus tard, on recommence. Résultats toujours négatifs. Une période hors du temps, « chaque jour de plus à la maison était une petite victoire ».

    Crédit : Nico de Rougé

    La résilience a ce pouvoir de donner à l’anormal un statut de normalité…

    Une lumière au bout du tunnel

    Après avoir élaboré de multiples scénarios, Pierre et sa famille décident d’anticiper le retour estival en France. Ils prennent leurs billets d’avion pour fin avril et Pierre travaillera à distance. Cette lumière au bout du tunnel est un véritable soulagement après ces jours d’angoisse, cumulés au stress des conditions de confinement : la folie des achats groupés sur WeChat pour acheter de l’eau (non potable en Chine) et de la nourriture (car les fournisseurs et les livreurs sont eux-aussi soumis à ce confinement), le retour de l’école en ligne, l’enfermement, l’absence totale de perspective, et toujours cette peur panique, non pas d’être malade, mais d’être envoyé en centre d’isolement… Cette réservation de billets d’avion leur a donné l’énergie nécessaire pour attaquer l’étape suivante : la procédure de départ. Car quitter le pays n’est pas forcément plus facile que d’y entrer !

    La logistique des livraisons de vivres, avec son fameux poulet… (Crédit photos 1 et 2 en haut à gauche : ByFab)

    Permis de partir

    De façon générale, la Chine excelle à répartir les responsabilités des autorités locales sur de multiples échelons hiérarchiques, et ceci depuis bien longtemps. On a donc vu récemment ressurgir du passé (ou tout simplement reprendre du galon) certaines organisations bien connues des anciens. En résumé, cela s’articule à peu près ainsi :

    • le comité de lane/ruelle ou bien le management de résidence : organise les livraisons de vivres, contrôle les allées et venues, autorise les sorties pour les urgences hospitalières… bref, c’est lui qui détient la clef de la grille ! 
    • le comité de quartier (ju wei hui), qui dépend d’un poste de police local, et qui encadre les différents sous-comités ci-dessus
    • le subdistrict (jie dao) qui chapeaute les comités de quartier du district
    • et le fameux CDC (Central Disease Control) qui a la lourde charge de contrôler l’épidémie sur la ville.
    Crédit : Nico de Rougé

    Pour faire court, pour prendre un avion, il faut un test PCR de moins de 24h, un billet d’avion (sur un des rares vols affrétés) et un chauffeur spécial autorisé à se rendre à l’aéroport (car les taxis et transports publics sont tous arrêtés bien sûr). En théorie, c’est jouable !

    Le Jour Le Plus Long

    Crédit : ByFab

    Voici le plan : tests PCR le jeudi, chauffeur réservé pour le vendredi 14h, vol vendredi soir (billets pris sur China Eastern et sur Air France, au cas où…). Le dossier est complet, y compris la lettre du consulat et de l’employeur. Mais une semaine avant le vol, les choses se corsent. Même si tous les derniers tests de la famille étaient bien négatifs, il faut 2 jours pour que le fils de Pierre soit retiré de la liste des cas positifs + 7 jours de quarantaine supplémentaires + le test PCR final + 24h pour en avoir les résultats, ce qui nous amène un jour après le vol hebdomadaire ! S’engage alors une bagarre administrative ardue pour gagner 24h. Au bout de quelques jours d’échanges acharnés, accord obtenu !

    Le 28 avril donc, tard le soir, le médecin du CDC débarque pour tester toute la famille en promettant les résultats le 29 au matin. Le 29 à 12h rien, 14h, toujours rien. Le chauffeur risque de partir, il faut y aller. Maintenant. Grâce aux bonnes relations entretenues avec le chef de la lane, la grille s’ouvre… l’espace de quelques minutes. Ne pas se poser de questions, ne pas regarder en arrière, on se faufile et on file en espérant recevoir les résultats de test sur le chemin de l’aéroport ! Pierre avait réservé par sécurité d’autres tests dans un hôpital international sur la route, la voiture s’arrête donc, puis après quelques barrages de police, arrivée à l’aéroport international. Sans aucun résultat de tests.

    La grille à franchir, le départ en voiture, l’attente interminable devant les portes du terminal

    « Vous avez 1 nouveau message »

    Il est 16h, il fait 10 degrés et le vent fouette les masques devant les portes du terminal. Mais sans résultats, pas d’entrée possible. Il faut attendre. 18h, toujours rien, 19h, pas mieux. La tension monte, tout le monde est crispé dans la famille, passant de l’hystérie à l’abattement, mais on tient, malgré tout. 20h, 21h, silence radio des labos.

    21h30, ding, « vous avez 1 nouveau message » annonce WeChat. En effet, le précieux intermédiaire avec les autorités sanitaires envoie à Pierre les résultats (en chinois mais négatifs) des tests faits la veille, on respire ! Le marathon des enregistrements et contrôles de sécurité démarre alors. Ceux-ci se dérouleront sans encombre. Décollage à 00h10 dans un avion occupé par 40 passagers, dont deux autres familles françaises, ayant elles-aussi vécu leur propre parcours du combattant.

    Le survol de la Russie

    « A un moment, je réalise que nous survolons la Russie, témoigne Pierre, mais dans un vol chinois, pas grand risque… ». L’arrivée à Roissy se passe en douceur, et après un petit interrogatoire réservé aux non-vaccinés qu’ils étaient (malgré leurs deux injections de Sinopharm) et un autre test PCR, Pierre et les siens sont libres et filent vers leur Bretagne tant désirée.

    Navigation à vue

    Depuis leur maison familiale qu’ils redécouvrent, ils reprennent un cours de vie « normale », il est trop tôt pour penser à l’après. « Ce que nous ferons à la fin de l’été ? Un retour à Shanghai, si tout va bien ! Nous envisagerons les différents scénarios selon l’évolution de la situation. Mais les prévisions ne sont pas très engageantes… ». En attendant, leur cœur reste avec tous ceux qu’ils ont laissés à Shanghai et qui tentent eux-aussi d’apercevoir une lumière au bout du tunnel.

    Crédit : ByFab

    NB : Par curiosité, Pierre a fait faire une sérologie à leur fils pour vérifier son taux d’anticorps avant une première vaccination Pfizer. Résultats : zéro, aucune trace récente de virus. No comment.

    NB 2 : Chaleureuses pensées de soutien à cette famille dont la maman et deux des enfants ont été récemment emmenés dans un hôpital de Shanghai car ils sont positifs. Après un mois de quarantaine et de tests quotidiens… No comment.

    Bouquet d’autotests… (Crédit : TM)
    Un grand merci aux photographes, notamment ByFab (Instagram : by_fab)  et Nico de Rougé (Instagram : nicoderouge.photo)

    LOST HEAVEN

    No matter what (crédit : ByFab)

    Mars-Avril 2022

    Comme un goût amer de déjà-vu…en pire…

    Ces dernières semaines, en plus de la terrible guerre en Ukraine, trois mauvaises nouvelles sont tombées sur la ville de Shanghai. 14 mars, fermeture des écoles / 28 mars, confinement de Pudong (moitié Est de la ville) / 1er avril, confinement de Puxi (moitié Ouest de la ville). Le tout, pour quelques jours, soi-disant. La vague du variant Omicron déferle sur la Perle de l’Orient. Back to 2020…en bien pire…

    Les rues désertes de l’Ancienne Concession Française de Shanghai, mars-avril 2022

    Shanghai, cette ville qui fut la mienne durant sept ans, est méconnaissable. Évidemment, elle avait déjà beaucoup changé ces dernières années – avant, mais surtout après, janvier 2020 -. Mais pas à ce point.

    Shanghai ma ville, qu’es-tu devenue ?

    Et quand la Chine confine, rien à voir avec les méthodes européennes ! Pas de sortie possible pour faire ses courses, promener le chien, aller emprunter un œuf au voisin, acheter de l’eau (qui n’est pas potable en Chine), très peu de livraisons (puisque les commerces et restaurants sont fermés et la plupart des livreurs eux-mêmes confinés). Le vrai LOCK-DOWN. Les portes de certains cas positifs sont scellées (les centres de quarantaine sont engorgés). Des drones surveillent le respect des consignes, on n’arrête pas le progrès !

    Crédit photo de droite : Nico de Rougé

    Ceux qui ont un balcon, un jardin ou qui vivent dans une résidence arborée sont mieux lotis que d’autres, tant mieux pour eux ! A l’hôpital, service minimum des urgences et des soins, on se concentre sur la gestion du Covid. Mieux vaut ne pas être malade en ce moment… La question n’est pas de savoir s’il y a beaucoup de cas symptomatiques de Covid, de cas graves, de malades en réanimation etc. Un certain nombre de drames hors Covid ont déjà été reportés, et il semblerait que le traitement des personnes n’est pas le même pour tous…

    « On a dit zéro cas, ce sera zéro cas « 

    A l’heure où je vous écris, des rumeurs bruissent sur une ouverture progressive en mode chirurgical, immeuble par immeuble, lane par lane. Quelques portes se sont déverrouillées, pour une heure ou deux, dans certains quartiers, sous certaines conditions drastiques, histoire de calmer la colère de la population qui gronde, alors que d’autres ont appris qu’ils devaient encore rester minimum 14 jours chez eux, pour cause de cas dans le voisinage. Espoir et désespoir…

    Crédit : Nico de Rougé

    Madame Irma, une petite idée du futur, s’il-vous-plait ?…

    Depuis peu, des articles, images et vidéos, témoignant des difficiles conditions de vie à Shanghai, font enfin leur apparition dans les médias occidentaux. La Chine est toujours aussi loin des préoccupations et du cœur des Occidentaux… Et puis, il y a l’Ukraine et ses horreurs aux portes de l’Europe, la plupart des médias choisissent parmi les malheurs des uns et des autres pour soigner leur audience.

    Qui n’a jamais mis les pieds en Chine ne peut comprendre. Et même en y vivant, cette ville et ce pays gardent leur part de mystère… Partie depuis neuf mois, je suis moi-même pétrifiée d’incompréhension, mais j’imagine très bien. Et je suis si triste pour mes amis qui vivent cette épreuve de plus, alors qu’ils n’ont pas pu sortir du pays depuis plus de deux ans, triste pour tous les Shanghaiens, pour tout ce peuple. Bien sûr, les Chinois se relèveront, redresseront courageusement la tête comme ils savent si bien faire, c’est leur grande force. Mais à quel prix et surtout, pour combien de temps avant la prochaine fois ? Bien malin qui peut prédire l’avenir de Shanghai et de la Chine à ce jour.

    Les warriors de Shanghai

    Alors pour balayer cette sourde inquiétude, je préfère m’attarder sur tous ces héros du confinement pur et dur, sur tous ceux qui m’impressionnent de créativité, de courage, d’humour, de générosité, de résilience, encore et toujours. Pour tenir, parce qu’il le faut bien, pour donner de l’espoir à leurs enfants, à leurs ados, pour rassurer (un peu) leurs proches de France. Pour rendre hommage à ces volontaires en blanc, qui eux aussi traversent une réelle épreuve. Pour remercier cette ville unique qui les a accueillis, et comblés pour la plupart d’entre eux.

    Et enfin pour célébrer la vie, l’amour et l’amitié, car sinon, à quoi bon

    Il y a cette amie photographe qui ouvre son album et partage ses plus beaux clichés de Shanghai, de Chine, de voyages du bout du monde, célébrant la beauté de notre planète, mais aussi des photos de regards échangés, de mains tendues, de visages rieurs ou sillonnés de rides, et allant même jusqu’à organiser de petits quizz pour rompre l’ennui qui ronge peu à peu les confinés… Tout cela avec une intense émotion.

    All over the world : Etats-Unis, Italie, Mongolie, Australie (Crédit : ByFab)

    …Celle qui relève le challenge quotidien d’assurer la multi-casquette de maman, maitresse d’école, femme de ménage, cuisinière et chef de son entreprise. Surtout quand la créativité doit aussi être renouvelée pour inventer des recettes inédites autour de légumes locaux bizarroïdes livrés au compte-gouttes par la municipalité !

    …Celle qui témoigne régulièrement sur les conditions de vie de ces volontaires en combinaisons de teletubbies, membres des brigades sanitaires. Ils travaillent non-stop, dorment parfois à même le trottoir, soldats tellement dévoués à la cause Zéro-Covid, qu’ils en perdent parfois leur propre humanité… Car oui, il se passe des choses terribles à Shanghai.

    …Ceux qui se muent en super-acheteurs pour le vaisseau-amiral Shanghai, passant commandes groupées, les répartissant entre voisins, se bagarrant de 5h du matin à 23h pour trouver de l’eau, des œufs, un peu de poulet, des fruits, du papier toilette… Certains commencent à manquer de tout.

    …Celui qui, légèrement malade du Covid, tente de rester « positif » dans sa tête, redoutant chaque jour d’être envoyé dans un de ces centres insalubres, d’être séparé de sa petite fille, en espérant qu’elle ne soit pas à son tour positive et embarquée. Il faut une sacrée force de caractère pour rester debout, même si on est à bout, bravant des jours et des nuits de stress, à élaborer des plans, échanger des conseils et se liquéfier à chaque coup de sonnette pour faire un nouveau test.

    Et il y a cette famille qui a organisé des élections fictives le jour du 1er tour de nos présidentielles (car il ne vous a pas échappé que les Français de Shanghai ont été privés de leur droit de vote). Créativité au top, rires garantis, et belle leçon d’éducation civique pour leurs enfants.

    …Ou encore ce chirurgien engagé qui partage en vidéo des messages chargés d’ondes positives de la part de ses collègues, et même de sa petite fille !

    …Celui qui doit ôter lui-même ses 13 agrafes au poignet, en vidéo-consultation avec le chirurgien cité ci-dessus. On est en plein Koh-Lanta ! Mais y a quoi à gagner à la fin ?…

    …Et cette autre amie qui, pour passer le temps, se transforme en Marie Kondo et se jette à corps perdu dans le tri et le ménage de son appartement, placard après placard, pièce par pièce, elle qui jusqu’ici, entretenait savamment et fièrement un joyeux « bordel » organisé…

    …Ces sportifs qui s’affrontent en ligne lors d’ascensions virtuelles du Mont Ventoux sur leurs vélos d’appartement. Il faut bien éliminer les apéros réconfortants…

    …Ce professeur de danse africaine et cette professeure de yoga qui donnent régulièrement rendez-vous à leurs élèves pour des séances en ligne de défoulement, de stretching, la musique à fond ou ambiance zen, mais toujours avec style s’il-vous-plait !

    …Celle qui tient son Carnet de confinement quotidien et partage sans retenue ses états d’âme et son inspiration si poétique avec des mots emprunts d’une émotion palpable. Il faudra penser à en faire un livre !

    …Cette équipe de professeurs du Lycée Français de Shanghai qui a très vite mis en place une salle de sport en ligne. Bien dans son corps, bien dans sa tête ! Cela n’est pas du luxe pour tous ces professeurs, élèves et employés du lycée, la fin de l’année est encore bien loin, et la bataille des examens annulés ne fait que commencer…

    Et ces amies des 4 coins du monde de notre précieux groupe Shanghai Connection qui envoient un maximum de bonnes ondes, du rêve et de l’évasion, en partageant leurs plus belles photos ou les dernières blagues.

    Il y a aussi celle qui, fraichement partie de Shanghai, compile en vidéo et en musique ses clichés favoris de cette magnifique ville dont nous sommes tous nostalgiques (vidéo à voir sur Instagram ici).

    Shanghai life by CHINOISES

    Et que dire de tous ceux dont je ne parle pas, mais qui eux aussi déploient des trésors de créativité pour rire et faire rire, pour garder espoir, pour aider celui qui va moins bien, pour rêver à de futures escapades, au-delà des frontières chinoises, un truc de dingue !

    La fin d’une époque

    Certains vont définitivement quitter le pays dès que possible, tristes, amers, résignés, en colère, à bout, on les comprend. D’autres vont rester (idéalement après un été en France ou en Europe), s’accrocher, par choix ou par obligation professionnelle souvent, mais toujours tellement attachés à cette ville, on les comprend aussi !

    Artiste : Seth

    A vous tous, je tiens à vous dire combien je vous admire, combien je pense à vous chaque jour, combien je voudrais vous aider. Lancez vos bouteilles à la mer, pleurez, criez, hurlez, dansez, riez, il faut que cela sorte ! Tenez bon, le regard droit et loin devant, bien loin…. La situation va forcément finir par s’arranger, les portes vont se rouvrir, les avions redécoller. En attendant, le soleil brille, l’été prend ses quartiers, les oiseaux font la fête, la brise souffle un brin d’espoir dans ce ciel immaculé de Shanghai.

    Au beau milieu de cette épreuve inédite, sortie direct d’un film de science-fiction, vous êtes debout, vos ressources sont inépuisables, si, si, là, bien cachées certains jours, mais bien présentes… Pour vos proches, vos enfants, vos amours, vos amis, vous allez tenir, vous allez sortir vainqueurs, abimés certes, fatigués, changés, mais tellement heureux et pleinement conscients du caractère si précieux de la vie, de la liberté. Et cela grâce à cette incroyable fraternité et à cette solidarité que vous savez si bien cultiver, jour après jour, entre voisins, entre amis (rassurez-vous, je ne me mets pas à la politique, il manque l’égalité à ce tableau…).

    Merci à tous et à toutes pour cette leçon de courage et à très bientôt !

    JIA YOU! (Tenez bon !)

    Un immense merci pour vos témoignages et vos photos !

    Mention spéciale aux photographes ByFab (Instagram : by_fab) et Nico de Rougé (Instagram : nicoderouge.photo)

    (Lost Heaven : paradis perdu / nom d’un restaurant de Shanghai)