Ce blog a vu le jour le 11 février 2020, en plein début de Covid à Shanghai. Envie et besoin de témoigner, de laisser une trace, pour mieux prendre du recul, respirer et ne pas oublier… Aujourd’hui, j’ai quitté Shanghai (mais on ne quitte jamais vraiment Shanghai…) et je continue de prendre la plume, comment faire autrement ? Bonne lecture à tous !
Mon aventure au titre de journaliste free-lance avec Lepetitjournal.com se termine cet été. Avant de tourner la page, j’ai fait l’exercice de jeter un regard sur ces dernières années.
🇨🇳J’ai officiellement commencé à écrire en Chine, notamment pour Lepetitjournal.com de Shanghai. Déjà, je brosse des portraits, j’arpente les quartiers de la ville, et je narre l’émergence de l’art contemporain en Chine. Une première expérience journalistique intense et riche d’enseignements, à l’image des vibrations de cette ville ! Je ne saurais assez remercier Marie-Eve Richet de m’avoir donné ma chance.
🇬🇧A mon arrivée au Royaume-Uni, ma plume croise de nouveau les colonnes de Lepetitjournal.com, pour l’édition de Londres cette fois. C’est alors une expérience d’exception qui donnera naissance à plus de 100 articles, dont près de 70 portraits de Français et francophones du Royaume-Uni.
La démarche est simple mais inscrite dans la durée et la ténacité. De réseautage en événements de networking, de contacts en investigations sur LinkedIn, je tisse peu à peu ma toile au sein de cette vaste communauté francophone. De ces interviews de personnalités toutes plus différentes les unes que les autres, je suis ressortie grandie devant tant de passion, de talent, de résilience, d’authenticité. En un mot, INS-PI-RÉE !
Aujourd’hui, je réalise à quel point j’aime aller à la rencontre des gens, me nourrir de ces échanges, qui ne se limitent pas toujours à un interview et quelques emails : c’est alors un vrai cadeau !
Entrepreneurs, artistes, managers de multinationales, artisans, scientifiques, commerçants, citoyens engagés, bénévoles, restaurateurs, animateurs de réseaux, influenceurs, ces femmes et hommes que j’ai eu la chance de rencontrer ont humblement accepté de se dévoiler, au-delà de leurs postures professionnelles officielles, pour que j’esquisse leurs portraits de façon la plus authentique possible.
Un exercice exigeant, engageant, centré sur l’humain, tout sauf artificiel…
J’ai interviewé des individus impliqués dans leur mission, passionnés de transmission, heureux d’avoir un impact, et convaincus d’être là où ils devaient être. Des bâtisseurs, des passeurs, des messagers.
C’est à eux que je souhaite adresser mes plus chaleureux remerciements : de m’avoir accordé votre confiance et ouvert votre porte, de m’avoir révélé, en toute simplicité, ce qui vous anime, et avoué que le plaisir fut partagé.
Il me faut aussi remercier l’équipe Lepetitjournal.com de m’avoir renouvelé sa confiance à Londres pendant quelques années, et notamment Hervé Heyraud, Damien Bouhours et Erwann Guillaume.
Aujourd’hui, je poursuis ma route depuis Londres, aspirant à toujours faire de nouvelles rencontres, pour en brosser les portraits.
Une certitude: les mots seront liés à mes projets futurs, quel qu’en soit la forme !
Avant de plonger à corps perdu dans 2024, jetons un dernier regard sur l’année passée. Certes, il faut s’appeler ChatGPT pour rester insensible à la planète qui tremble, chauffe et déborde, aux guerres qui se succèdent, et à tous ces enfants qui souffrent ici et là-bas… Mais comme disait Churchill : « Never give in, never give in, never, never, never, never ! »*. Bienvenue dans mon album 2023.
*(N’abandonnez jamais, n’abandonnez jamais, jamais, jamais, jamais, jamais !) – Extrait d’un célèbre discours prononcé par Winston Churchill le 20 octobre 1941, devant les étudiants de Harrow School, son ancienne école.
Janvier – Bleu azur
Le ciel est bleu sur Londres, Paris et Lille ; Fab et Lynda, mes deux très chères amies de Shanghai, me rendent visite, l’année commence bien.
En Chine, réouverture des frontières progressive après trois interminables années, suivie de l’arrêt de la politique zéro-Covid, on peine à réaliser…
Le ciel bleu londonien (Crédit : D.Gourgues)
Février – Intelligence Émotionnelle
En pleine explosion de l’intelligence artificielle (plus de 100 millions de comptes enregistrés sur ChatGPT deux mois après son lancement), tel David face à Goliath, mais armée de toute mon intelligence émotionnelle, je prends ma plus belle plume et lance audacieusement mes services de copywriting en français et en anglais, sous la marque Words By Delf. Les émouvantes photos de mains de ma chère Fabiola (ByFab), puis sa biographie, seront l’écrin de mes premiers mots… Et dans la foulée, je commence à écrire pour lepetitjournal.com de Londres.
Cela fait un an que l’Ukraine tente de repousser la Russie, la terre tremble fort en Syrie et Turquie, faisant plus de 50.000 victimes, et des ballons espions chinois sont abattus au-dessus des Etats-Unis.
Hands of the world (Crédit : ByFab)
Mars – Les mots pour le dire
Ciel toujours bleu sur Londres et Madrid. Avec mes premières explorations de quartiers londoniens pour lepetitjournal.com comme Chiswick, Marylebone et Angel, une belle série démarre ! Sans oublier la mise en mots des biographies de marques écoresponsables dénichées par Histoires Françaises.
La France continue de manifester de façon virulente contre la réforme des retraites, les ordures s’amoncellent dans les rues de Paris, et la Chine reprend la délivrance de visas touristiques.
Madrid (Crédit : D.Gourgues)
Avril – Aiguille Creuse
Quelques semaines avant le royal D-day, nous avons la chance de vivre une expérience terriblement british en dinant dans le cloître de l’abbaye de Westminster, unique ! Après les quartiers de Brixton et Victoria Park, cap à l’est lors d’une virée maritime à Broadstairs, station balnéaire d’un autre temps aux falaises étretataises. Côté culture, Ai Weiwei m’embarque dans sa quête de sens, grâce à son envoûtante exposition Making Sense.
Le Soudan est en proie à une nouvelle guerre, 25 millions de Soudanais sont déclarés en détresse humanitaire. Début d’incendies ravageurs dans les forêts canadiennes.
Broadstairs (Crédit : D.Gourgues)
Mai – Oh My God !
Après deux nouveaux articles sur les quartiers de Bermondsey et Canonbury, début d’une nouvelle série de portraits de personnalités françaises et francophones de Londres. Mes premières stars seront Julien, metteur en scène, et Jean-Baptiste, guide en baskets. Quelque part au Canada, deux p’tits bouts se bagarrent toujours courageusement pour leur santé…
Le 6 mai, le prince Charles devient le roi Charles III, sous une couronne de 2kg et un mémorable déluge… LesBritanniques nous prouvent, une fois encore, que leur flegme est tout sauf une légende. (J’y étais !)
King Charles III par Mr Brainwash
Juin – Une goutte d’eau
Encore un beau mois de découvertes entre une immersion urbaniste à St Pancras, une parenthèse verte à Greenwich et le portrait d’Aude et Chrystèle, femmes engagées pour l’association 1001 fontaines UK !
Le groupe Wagner se rebelle contre Moscou, puis bat en retraite au bout de 24h. De violentes émeutes urbaines embrasent la France, tandis qu’au Canada, ce sont les forêts qui continuent de brûler de façon incontrôlable. Juin 2023 est le mois le plus chaud jamais enregistré.
Regent’s Canal à St Pancras (Crédit : D.Gourgues)
Juillet/Août – Un été français
Après avoir exploré le quartier de Soho, plus français qu’on ne le pense, flâné au cœur de Parsons Green, et préparé quelques sujets de rentrée, l’heure de la pause hexagonale est la bienvenue !
Jane Birkin, la plus française des icônes londoniennes, nous dit bye bye à l’âge de 76 ans, sur un air de Je t’aime, moi non plus… Aux USA, Donald Trump est arrêté, incarcéré puis libéré contre une caution de quelques 200.000 dollars. Le lendemain, la photo grimaçante de son arrestation (« mug shot ») entre dans la légende.
Guétary (Crédit : D.Gourgues)
Septembre – Baby-boom
Petite virée écossaise entre amis, entre pêche à la mouche et whisky, avant d’avaler 28km, lors du Thames Path Challenge, au profit de l’association 1001fontaines.
Puis arrive une rentrée incroyablement riche et relatée en portraits : Assia artiste peintre, Amandine et Jean-Christophe couple boulanger-pâtissier, Delphine responsable RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale), Sophie ambassadrice culturelle, sans oublier Mona et Lamine, le couple aux pouces verts… La diversité de Londres n’est pas un mythe !
Après Mateo, Andrea, Helena, bienvenue à Lilas, 4ème bébé de l’année dans ma famille proche, un joli message d’espoir qui nous ravit tous et la promesse de quelques photos 100% « mignonitude » pendant quelque temps encore !
Au Maroc, dans la région de Marrakech, la terre tremble fort ; en Libye, deux barrages cèdent sous les pluies torrentielles. Les bilans sont très lourds.
Pêche à la mouche en Ecosse
Octobre – Inspiration
J’assiste à une Fresque du Climat à Londres, la claque ! J’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice « Sauvons la planète » en témoignant. Je fais une dernière virée-quartier à Paddington puis je rencontre des entrepreneurs inspirants comme Constant et sa galerie/bar à vin, Arthur livreur de bon pain français, et Marine pharmacienne aux petits soins.
Une nouvelle guerre atroce débute entre Israël et la Palestine, et promet d’être longue. Éternel triste recommencement. Trois ans après Samuel Paty, meurtre d’un autre professeur, Dominique Bernard, sous les coups d’un jeune islamiste radical. L’alerte urgence attentat est de nouveau activée en France.
Prendre de la hauteur à Paddington (Crédit : D.Gourgues)
Novembre – Français à l’étranger
Lepetitjournal.com organise avec succès ses premiers Trophées à Londres pour honorer ces Français aux parcours exceptionnels, et je mesure encore plus ma chance de voir mon chemin croiser autant de personnalités qui font avancer le monde, à petits et grands pas… Mes portraits du mois seront Matthieu engagé pour Nestlé, Éléonore fondue de fromages et Margaux, fée capillaire.
En Argentine, le candidat ultra-libéral Javier Milei se fait élire sur des promesses de « thérapie de choc », haut la main munie d’une tronçonneuse...
Les Trophées des Français de l’Etranger à Londres, nov. 2023 (Crédit : D.Gourgues)
Décembre – Courage
Pour finir ce florilège, je publie, toujours pour lepetitjournal.com, mes interviews avec Arnaud engagé pour Hyatt, Isabelle et Mathieu couple “durable” et David hypnothérapeute. Et je me régale de trois belles expositions, Antony Gormley à Londres, puis Mark Rothko et Nicolas de Staël à Paris. Vous l’aurez compris, l’ennui est loin de me guetter !
L’art sauvera le monde (Dostoïevski)
Le noir source de lumière, par Mark Rothko
Mes dernières pensées iront à Lou et Jules, qui depuis le Canada, se battent encore et toujours, ainsi qu’à leurs parents et proches. Ils vaincront j’en suis sure ; belle leçon de courage !
Comme le rapporte TTSO, en 2024, sur 11 jours fériés en France, 10 tomberont en semaine. Cela promet de beaux enchainements de ponts et autres aqueducs. L’art du congé, une spécificité bien française ?
Pendant ce temps, une semaine de grève presque totale du métro londonien pimente notre rentrée de janvier. L’art de la grève n’est définitivement plus une exception française…
Merci à tous ceux qui ont contribué à animer et colorer cette année autour de moi et meilleurs vœux à tous pour 2024 !
Appuyer en cas d’urgence – Hôtel Seehof Hersching, Allemagne (Crédit : Accidentally Wes Anderson)
Cela n’aura échappé à personne, l’actualité britannique de ce week-end du 6 mai 2023 fut royale ! Et nous avons eu la chance de vivre cet événement historique sur place. Trois célébrations royales en moins d’un an – merci Elizabeth -, même si on n’est pas fan de royauté, cela reste à marquer d’une pierre blanche dans une vie… et dans l’Histoire ! Retour en images sur ce couronnement vu via notre prisme français.
Le parc St James en beauté pour le couronnement
Quelques jours avant l’événement, les rues, vitrines et portes de Londres ont commencé à se parer de drapeaux, fanions et autres décorations de circonstance. L’ensemble m’a semblé beaucoup plus discret que pour le jubilé ou l’enterrement de la reine. Sobriété générale de mise en ce contexte de sévère crise économique ou manque d’enthousiasme populaire ? Les deux sans doute…
Mercredi 4 mai, avec mes partenaires de course à pied, nous décidons (tout comme pour les funérailles d’Elizabeth II) de modifier notre traditionnel parcours sur Hyde Park, pour fouler le pavé autour de Buckingham Palace, the Mall et St James’s Park, afin d’humer l’atmosphère et se mettre dans l’ambiance. Moins de monde qu’en juin ou septembre 2022 certes, mais toujours de belles rencontres, des fans inconditionnels, de courageux campeurs sous une météo déjà mitigée, bref, quand on aime, on ne compte pas… les degrés !
Clou de la sortie sportive, nous nous sommes faites interviewer par deux journalistes de TF1, et sommes passées au JT de 13h ce même jour. Le début de la gloire !
Samedi matin, prévisions météo catastrophiques, 90% de risque de pluie selon BBC Weather et Rain Today (les plus fiables en la matière). Le printemps 2022 est bien loin avec ses températures pré-caniculaires et son début de sècheresse… Mais il semblerait que c’est une tradition lors des couronnements royaux, en tout cas, cela va alimenter la légende de pluie fréquente sur Londres – légende que je tente de démentir assidûment, comme certains l’auront remarqué !
Nous nous sommes donc rendus à Hyde Park, et avons trouvé une place où nous asseoir (nos royaux séants sur nos capes de pluie shanghaiennes) au pied d’un des grands écrans dressés pour l’occasion. Ambiance familiale festive malgré la pluie battante, et surtout ferveur et grande attention du public, assez dense ai-je trouvé.
Les moments les plus forts pour moi ont été les suivants :
La place accordée aux représentants des différentes confessions religieuses du pays (une première), très symbolique du fameux melting-pot, si présent au quotidien ici. Quand on pense aux fréquentes tensions en France dans ce domaine, on pourrait parfois s’inspirer de quelques règles du vivre-ensemble britannique…
Le chant gospel remarqué et remarquable, une première aussi dans l’abbaye de Westminster, R-E-S-P-E-C-T !
L’enthousiasme de tout le public à la moindre apparition de William, Kate ou de l’un de leurs trois enfants – très mignons d’ailleurs, un peu tendance enfants modèles (mais ont-ils le choix), avec heureusement quelques grimaces et bâillements attendrissants du petit Louis, 5 ans seulement. Le peuple britannique semble prêt à voir William et Kate régner sur le pays. Je leur souhaite de ne pas avoir à attendre trop longtemps, un petit coup de frais sera le bienvenu…
Et malgré tout, je l’avoue, après tous les rituels qui m’ont semblé d’un autre siècle (le baiser sur la bague, no comment), ce moment où la lourde couronne fut posée sur la tête du roi Charles III était assez intense ! « J’y étais, je l’ai vécu », voilà ce que je pourrai peut-être dire dans quelques années…
Pour l’anecdote, vous avez sans doute vu comme moi à quel point Camilla était, elle, souriante, une fois à son tour coiffée de sa couronne. Comme m’a dit un ami, elle a le mérite de la persévérance… (the never-give-up-queen)
Pour ceux qui se posent la question, non, je n’ai pas (encore) essayé la recette de la royale quiche aux épinards… Elle est ici pour ceux qui seraient tentés.
Et, pour conclure, voici mes portraits préférés, pour leur côté très rock et flatteur, d’Elizabeth II et de Charles III, signés de l’artiste Mr Brainwash. God Save The King !
Queen of Hearts (by Mr Brainwash)Long live the King (by Mr Brainwash)
Attention, coup de cœur artistique ! Le Design Museum de Londres propose depuis peu une exposition saisissante de l’artiste chinois Ai Weiwei, « Making Sense ». C’est une de mes préférées des derniers mois ! Si vous avez la chance de passer par Londres, ne la manquez pas !
Photo couverture : Still Life (Ai Weiwei)
Ai Weiwei, une vie d’artiste engagé
Les talents d’Ai Weiwei sont multiples. Architecte, photographe, sculpteur, vidéaste, il est connu pour ses provocations et ses installations grandioses. Il aime aussi chiner et collectionner des vestiges de son pays. Né en 1957 à Pékin, ses premières années furent marquées par l’histoire mouvementée de la Chine. En effet, il passa son enfance au sein de sa famille exilée dans différents camps, en raison des positions de son père, le poète et intellectuel Ai Qing, opposant au régime chinois. Il héritera de lui ce militantisme provocateur, et bien sûr cette profonde sensibilité artistique. A son tour, il s’engagera dans un incessant combat pour la liberté qui mettra en lumière cette même résilience, ce même courage.
Making Sense, quand espace, design et esthétisme s’entrechoquent
En rentrant dans cette pièce dédiée à l’exposition, c’est un choc visuel. C’est gigantesque et petit à la fois. Les installations sont grandes mais disposées de façon très compacte (mais pourquoi le musée ne lui a-t-il pas consacré plus d’espace ?!). Cela n’en est que plus puissant…
Left Right Studio Material
C’est beau et contrasté. Une véritable émotion esthétique est palpable.
L’œil est d’abord attiré par des formes géométriques, des hautes poutres, encastrées dans des tables, par deux immenses serpents qui dansent aux murs, par de grandes surfaces rectangulaires au sol sur lesquelles gisent de petites pièces de formes variées.
Il y a aussi des couleurs vives, du bleu indigo, un peu de rouge bien sûr, qui font écho à des camaïeux de gris, de blanc ivoire et de beige. Des matières brutes comme le bois ancien, le marbre, la céramique, la porcelaine provoquent les textiles modernes et le plastique.
Making Sense, une quête infinie sur le sens de la vie
Il faut absolument se laisser guider par le dépliant qui décode l’inspiration du maitre Weiwei. Les questions que l’artiste soulève sont simples, évidentes presque. Son sens aigu de l’esthétique met le design au service de réflexions existentielles. Il est ici question de passé et de présent, d’artisanat millénaire et de production de masse, d’antiquités et d’objets de la vie courante, de durable et de jetable, de construction et de dé-construction, de perspectives et de liberté.
Study of Perspective
Quel sens voulons-nous donner à notre vie ?
Morceaux choisis
Je vous livre ici quelques exemples qui m’ont particulièrement touchée et interpelée. Mais je me garderais bien d’être exhaustive, pour laisser place à la surprise, à l’expérience personnelle et l’émotion artistique de chacun. Inspirez, expirez.
Through & Lego Incident
De solides tables et colonnes en bois d’un temple de la dynastie Qing (1644-1911) sont assemblées comme entrechoquées, comme en équilibre vacillant, évoquant une destruction ou chute imminente. Le tout sur un parterre de briques multicolores de Lego, symboles de constructions rapides, répétitives, sans âme. Déstabilisant.
Water Lilies
L’immense fresque au mur est une ré-interprétation très personnelle des Nymphéas de Claude Monet. Approchez-vous tout près pour comprendre en quoi elle est faite, puis reculez pour y voir le contraste entre les couleurs aquatiques et florales et la sombre tache noire évoquant son exil des années 60. Saisissant.
Porcelain balls
Que dire de cet immense tapis de petites billes en porcelaine, bien alignées, rangées par taille et en élégant dégradé, allant du beige au gris, quand on comprend tout d’abord qu’elles sont faites main et datent de la dynastie Song (960-1279), mais surtout que ce sont en réalité des balles, des munitions destinées à tuer… Frappant.
Cette composition de tampons rouges et de leurs empreintes affichées séduit l’œil par sa couleur chaude et son graphisme. Elle est le fruit d’une minutieuse et douloureuse investigation d’identification des 5.197 noms des enfants morts lors du tremblement de terre du Sichuan en 2008, dans leur école dont les normes de sécurité n’avaient pas été respectées à la construction. Glaçant.
Quelques vidéos encastrées dans les murs attireront peut-être votre attention, par leur aspect statique, comme l’œil d’une caméra de surveillance qui regarde froidement le monde changer, lentement, presque imperceptiblement mais tellement vite à la fois. Pour ma part, le film Beijing 2003 m’a bouleversée, tant il évoquait de souvenirs et d’impressions personnelles de ces rues qui ne sont plus. Émouvant.
Arrêtez-vous aussi devant les photos de la construction du fameux stade olympique The Bird’s Nest (le nid d’oiseau), ou celles provocantes sur la notion de perspective, étonnez-vous devant les objets de la vie courante changés en marbre, laissez votre regard se perdre dans les fragments de porcelaine bleues ou dans les rangées d’outils datant de l’Age de pierre et trouvées sur des marchés aux puces. Foisonnant.
Le public nombreux et hétérogène était concentré, comme happé par les messages de l’artiste. Même si ma tranche de vie en Chine a évidemment été partie prenante dans cette exposition, je suis persuadée que chacun peut à son tour y voir et ressentir une résonance personnelle. Car chacun d’entre-nous veut donner un sens à sa vie.
Vous êtes pour la plupart mes lecteurs de la première heure de ce blog. Dès mes premiers posts, vous m’avez si souvent encouragée à continuer, à partager, à témoigner, à éveiller un coin de nos consciences, à vous faire sourire voire rire, à vous révéler le talent d’une amie photographe, le courage d’une entrepreneuse, à vous faire découvrir une belle région de Chine ou un recoin caché de Londres, et bien plus encore…
Laisser une trace et être inspirante. Tels sont mes deux objectifs quand j’écris.
La photo, écrin indispensable pour illustrer mes mots (Photo du fond : crédit Nico de Rougé)
Après quelques années d’écriture personnelle, journalistique, sur ce blog et pour le compte de certains proches, je me jette dans le grand bain de l’entreprenariat en free-lance ! Je vous présente Words by Delf, ma marque de « copywriter-content designer-storyteller », ou rédactrice-designeuse de contenu-créatrice d’histoires, pour les allergiques aux anglicismes (mais Londres oblige, je vais surfer sur les deux langues).
Avec Words by Delf, je désire faire des mots mon quotidien, rencontrer toujours plus de personnalités passionnantes, mettre ma plume au service de talents variés, en français et en anglais, au-delà des frontières.
Je vous laisse découvrir sur mon site internet www.wordsbydelf.net mes objectifs, mon parcours et quelques morceaux choisis de mes publications. Surtout, n’hésitez pas à le faire connaitre autour de vous (de préférence via mon profil LinkedIn) et « faites tourner » comme le disait Billy Ze Kick dans sa chanson « OCB » (les cinquantenaires auront la réf’…) ! Et pour me contacter en direct : contact@wordsbydelf.net
Mon logo a été créé par la jeune talentueuse Victoria de Rohan-Chabot, dont l’avenir sera sans aucun doute couronné de succès !
Words by Delf, your story through my words
Dear faithful readers,
For the most part, you have been my readers of this blog from the very beginning. From my first posts, you have so often encouraged me to continue, to share, to testify, to awaken a corner of our consciences, to make you smile or laugh, to reveal to you the talent of a friend photographer, the courage of an entrepreneur, to discover a beautiful region of China or a hidden gem of London, and much more.
Leave a mark and be inspiring. These are my two goals when I write.
The photo, essential setting to illustrate my words (Background photo: : credit Nico de Rougé)
After a few years of writing in various areas: personal writing, articles for an online newspaper, posts on this blog, and publications for professional contacts, I am about to take the plunge into freelance entrepreneurship! Let me introduce you Words by Delf, my brand and new business as a copywriter-content designer-storyteller.
With Words by Delf, I want words to build my daily life, and I always want to meet more and more great people and use my writing skills for diverse talents, in French and English, beyond borders.
Feel free to look at my website www.wordsbydelf.net, to discover my objectives, my background, and a selection of some previous publications. Please don’t hesitate to spread the word and share this link with your network, ideally through my LinkedIn profile! Get in touch: contact@wordsbydelf.net
My logo has been designed by the talented young Victoria de Rohan-Chabot, who will, undoubtedly, have great success.
Ne vous méprenez pas, ChatGPT n’est pas le nom du dernier petit félin mignon star de TikTok ou d’Instagram (quoique tout est possible), mais c’est le nouveau sujet “technologique” qui anime bien des conversations en ce début 2023. ChatGPT (prononcer Tchat-JiPiTi), sorti fin 2022 sur le web, annonce sans doute une véritable révolution, notamment dans l’art de l’écriture et de la rédaction.
ChatGPT, késako ?
ChatGPT est un pur produit de l’intelligence artificielle. C’est ce que l’on appelle un “agent conversationnel” capable de répondre de façon tout à fait précise et performante à des questions de tous ordres. En bref, c‘est une incroyable base de données au savoir encyclopédique (avec quelques 175 milliards de paramètres), qui sait produire des textes en langage humain, clairs, logiques et fouillés. Cette première version unique au monde, développée par la société OpenAI*, est pour le moment accessible gratuitement. Les textes proposés sont en anglais et en français (même si l’on a déjà vu fleurir diverses versions traduites).
*OpenAI est une société de développement de l’intelligence artificielle. Basée à San Francisco, elle fut fondée en 2015 par Elon Musk (entre autres), qui a quitté la société en 2019. Elle a créé en 2019 une intelligence artificielle appelée GPT-2 (Generative Pre-Trained Transformer), suivie de sa version améliorée GPT-3 en 2020.
ChatGPT, c’est pour qui ?
Rentrons dans le vif du sujet, car c’est bien là que le bât blesse. ChatGPT peut à ce jour être utilisé par n’importe qui, et surtout sur une gamme de sujets incroyablement vaste. Et quelle que soit la problématique soumise à ChatGPT, le langage écrit est au cœur du sujet.
Des journalistes se sont immédiatement pliés à l’exercice de faire rédiger un de leurs articles par cette IA (Intelligence Artificielle), sans s’en cacher. De façon générale, ils reconnaissent le résultat assez bluffant (voir par exemple ce témoignage : ChatGPT, c’est quoi ? On a laissé ChatGPT répondre à la question) ! Certains l’ont aussi testée sur des sujets très techniques et complexes et se sont avoués impressionnés.
Des professeurs commencent par ailleurs à voir fleurir des dissertations et autres travaux écrits de bonne facture, mais étonnamment similaires en termes de construction logique, de phrasé et de style. Le manque de fautes d’orthographe et de grammaire leur a aussi mis la puce à l’oreille ! Mais ceci n’est qu’un simple paramètre de plus qui pourra bientôt être ajouté à la requête initiale (“faire 3% de fautes”). Alors qu’il y a 15 ans, il fallait traquer les copier-coller Wikipedia dans les travaux des étudiants, on voit déjà se développer des outils de détection de ChatGPT.
ChatGPT, presque parfait ?
Tout d’abord, notons que les connaissances abyssales de ChatGPT s’arrêtent, à ce jour, à 2021 (mais cela ne saurait durer…). De plus, il – ou elle, mais ceci est un autre débat – fait son travail de recherche parmi des milliards de pages internet, sans forcément en vérifier la fiabilité. Ce qui n’est pas simple pour l’utilisateur non plus, étant donné que ChatGPT ne donne pas ses sources.
Si les premiers retours jugent que ChatGPT délivre un travail propre et de qualité, il est cependant jugé souvent trop lisse, avec trop peu d’aspérités, même s’il est déjà possible de lui demander de coller au plus près à un certain style plus ou moins formel, plus ou moins créatif etc. (ce qui est appelé “température” dans les paramètres).
Écrire avec ChatGPT
Et maintenant, que faire ? Certains avaient prédit la mort du livre avec l’arrivée d’internet. Certes, les versions papier de la littérature et de la presse ont fondu comme neige au soleil, mais ce secteur de l’édition a su évoluer et on n’a jamais autant lu, sur écran ou sur papier. C’est donc sans doute ce qui se profile à l’horizon pour le monde de l’écrit en tout genre : il va falloir, une fois encore, se réinventer.
De nombreux professionnels vont certainement rapidement confier à ChatGPT la production de moults écrits, de type informatifs, généralistes, répétitifs, souvent destinés au grand public, mais pas uniquement.
En parallèle, les besoins en rédaction “humaine“ vont changer. Comme dans tous les domaines challengés par l’IA, l’avenir est donc plus que jamais à l’essence fondamentalement humaine de l’art de l’écriture. Si ChatGPT sera vraisemblablement un des outils de recherche et d’information les plus performants, priorité sera donnée au contenu de haute qualité, proposant une véritable analyse, une opinion, un point de vue engagé, un champ de réflexion, le tout dans un style très personnel – que l’on appelle la plume -, créateur d’émotion, et pourquoi pas, avec une touche d’humour. Car soyons réalistes, ChatGPT est à prendre très au sérieux, mais il vaut mieux en rire… et garder espoir en l’homme !
Épilogue
Il m’a fallu un peu de patience pour pouvoir tester ChatGPT en raison d’une demande trop importante. La rançon du succès et le comble de la frustration pour moi ! Pour l’anecdote, à chaque tentative infructueuse de connexion (en anglais), ChatGPT m’a affiché un élégant message sous forme de poème en style shakespearien, de poème acrostiche, de discours ou encore de message piraté (cf captures d’écran). Avec ChatGPT, on n’est vraiment pas au bout de nos surprises…
Comme chaque année, la RHS (Royal Horticultural Society) organise au printemps le Chelsea Flower Show. Fondée en 1804, cette organisation caritative a pour but de promouvoir l’horticulture auprès de la population anglaise. Mais attention, pour être membre de la RHS, il faut tout de même verser la modique cotisation annuelle de 5.000£ !
Le Chelsea Flower Show est la manifestation la plus célèbre de la RHS et accueille des visiteurs du monde entier. Cette année, elle a lieu du 24 au 28 mai, et la visite des jardins est, elle aussi, assez onéreuse. Heureusement, on peut aussi en profiter juste en se promenant dans le quartier de Chelsea qui met cet événement à l’honneur et se pare des décorations florales les plus créatives pour l’occasion. Et en 2022, le hasard fait bien les choses, puisque ce rendez-vous floral précède de quelques jours les festivités du tant attendu « Jubilee » de platine, célébrant les 70 ans de règne de la reine Elizabeth II. Sa majesté s’est d’ailleurs rendue sur place la veille de l’ouverture du Chelsea Flower Show et l’a parcouru en voiturette de golf !
The Queen est donc un des thèmes majeurs de toutes les installations qui ornent les rues des alentours, et elles sont, avouons-le, assez impressionnantes ! Les Anglais savent vraiment mettre de la couleur, de la poésie (et du kitsch parfois…) dans la rue, surtout quand il s’agit de fêter leur reine. Oh my God!
La version postale
La version rock’n’roll
La version buste royal
La version Paddington
La version champêtre
La version tunnel
La version léonine
La version poulpe
La version tea time
La version garde royal
La version Alice au Pays des Merveilles
La version « m’as-tu vu »
La version couronne royale
La version fleuriste
La version équestre
Une des passions de la reine
La version canine(chacun sait l’amour de la reine pour ses chiens…)
La version aéronavale
La version blason
La version arborée
La version fougères
Really?…
La version agence immobilière
La version no colour
La version exotique
La version sexy
La version luxe(sachant qu’un bouquet de 5 pivoines coute environ 25₤)
Mathilde, française vivant à Shanghai depuis de nombreuses années, mère de quatre enfants, nous raconte sa récente expérience « covidienne » en plein confinement dur à la chinoise.
Confinement J-27
« Tout a démarré un soir où l’une de mes filles, Julia, 12 ans, se plaint de façon insistante de grande fatigue, d’étourdissements. Trop d’écran, pas assez d’exercice ni d’air frais, cela paraissait peu étonnant…
Nous étions confinés depuis 27 jours, nous faisions des tests antigènes et PCR tous les jours, franchement, nous ne pensions pas au Covid !
Test quotidien dans notre lane
Le lendemain matin, Julia est toute pâle et affiche une fièvre à 39 degrés. Elle décide alors de faire un test antigène et là, en quelques secondes, le 2ème trait s’affiche bien nettement, elle est positive ! On l’isole dans sa chambre et on réfléchit. C’est un peu la panique dans l’esprit de chacun car cette hantise d’être envoyé dans ces camps d’isolement insalubres – dont on a tous vu moultes vidéos et photos, et où même les enfants peuvent y être envoyés seuls (surtout s’ils ont plus de 12 ans…) – fait froid dans le dos. Avec mon époux, nous tentons de rassurer notre fille en lui promettant que nous ne la laisserons pas partir seule. Nous prévenons aussi immédiatement le consulat pour discuter des « stratégies » possibles (s’il y en a …).
Spirale infernale
Pendant les trois jours suivants, on ne nous demande plus de faire de test, ce qui nous arrange. Le consulat nous appelle tous les jours pour prendre de nos nouvelles. Puis le 4ème jour, nous sommes convoqués dans la lane (ruelle) en bas de chez nous pour faire un test PCR. Les derniers autotests de notre fille étant positifs, cela allait coincer, c’est sûr… Nous tentons une feinte, mais en vain, et après quelques heures d’attente et de stress, appel du CDC (Control Disease Center) pour nous annoncer que le résultat de test de notre fille ainée, Sarah, est positif…alors que celui de Julia est considéré comme négatif ! Sarah se met d’ailleurs à avoir les mêmes symptômes que sa sœur.
Et puisque la poisse nous colle aux semelles dans cette histoire, notre 3ème fille Marie tombe à son tour malade quelques heures plus tard. Le comité de quartier (cf détails sur cette organisation dans Escape Game) nous prévient que le départ est imminent pour Sarah.
De son côté, le consulat se démène pour en savoir plus et pour tenter de nous laisser tous à la maison le plus longtemps possible. Il nous conseille par ailleurs de nous montrer conciliants afin de réussir à négocier des conditions d’isolement correctes. Avec mon mari, nous sommes d’accord : notre fille peut partir mais à condition qu’elle soit accompagnée d’un parent.
Le lendemain c’est notre petit dernier de 5 ans, Antoine, qui tombe malade, et le surlendemain, notre ayi (nounou), qui avait choisi fin mars de se confiner chez nous plutôt que seule chez elle. Elle travaille pour nous depuis 9 ans et fait partie de la famille. Sale loi des séries ! Mais toujours sans à avoir à faire de tests officiels…
Le CDC vient alors à la maison pour « enquêter ». Les volontaires nous posent des questions sur les livraisons reçues, font de nombreuses photos de l’extérieur du bâtiment (fenêtres, jardin etc.), constatant qu’il nous était possible de nous isoler totalement du voisinage grâce au caractère non-mitoyen de notre maison et à notre petit jardin. On reprend espoir. Puis silence radio.
Période hors du temps, tendue, comme en équilibre sur un fil prêt à rompre.
L’Heure de vérité
Le 4 mai, on nous demande de faire 2 fois/jour des tests antigènes depuis notre domicile et d’envoyer les résultats. Jouant sur le nombre de personnes vivant sous notre toit, nous arrivons à tenir quelques jours de plus, en espérant que les premiers malades repassent négatifs au plus vite… Le 7 mai, « fin de la récré », le comité de quartier débarque, armé de kits PCR, pour tester tout le monde. La confusion la plus totale règne et les volontaires oublient de tester deux personnes, Marie et l’ayi ! Résultats des courses : deux enfants sont déclarés positifs, Sarah et Antoine…
Le comité de quartier tout puissant nous fait comprendre que cela devient vraiment compliqué de nous laisser à la maison. En effet, les voisins commencent à protester, à dire que nous étions à l’origine du virus dans la lane (alors qu’il y avait eu des cas dans une autre famille avant nous – chose que nous ignorions à l’époque). D’ailleurs, comment le virus est-il arrivé chez nous ? Cela reste mystérieux. Les choses s’étant légèrement relaxées à partir du 20 avril, nous avions été autorisés à descendre 2h/jour nous dégourdir les jambes dans la lane. Les enfants sont allés faire de la trottinette, jouer, promener le chien, ils ont croisé des voisins, cela a dû se transmettre par voie aérienne…
Quand notre chien pouvait se promener dans la lane…
Départ imminent
Les autorités locales parlent d’évacuer tous les occupants de la maison pour pulvériser de l’eau de Javel partout (vous avez sûrement déjà vu une vidéo montrant ce type d’intervention digne d’un film de science-fiction…). Mais c’est inenvisageable pour nous car nous avons un chien, il serait lui-même envoyé en quarantaine on ne sait où ! En parallèle, le consulat, toujours aussi présent, fait son maximum pour négocier des conditions d’isolement les plus correctes et humaines possibles. A ce moment, je leur propose de partir avec Sarah et Antoine, nos deux enfants positifs (mais qui devraient passer négatifs sous peu) et que le reste de la famille se parque (avec le chien) dans le jardin, le temps de la désinfection générale. Hourra, le CDC accepte ma proposition !
Opération Javel !
(Précision de l’auteur, toutes ces discussions et négociations se passent en mandarin, respect pour le niveau linguistique de Mathilde !)
Le lundi 9 mai au soir, on nous appelle à 21h pour nous avertir d’un départ en soirée ou le lendemain matin. Trois ou quatre appels plus tard repoussants sans cesse l’horaire, nous partons donc le mardi 10 à 22h. C’est ce qui s’appelle jouer avec nos nerfs ! Le consulat n’a pas réussi à savoir où nous sommes envoyés, « un endroit pour les étrangers » disent-ils pour nous rassurer. Mais à présent, j’en suis au stade où je veux en finir avec cet épisode.
Allons-y, nous n’avons pas le choix de toutes façons, et ensuite nous pourrons tourner la page !
Nous sommes prêts…
Quand la voiture arrive, je vois avec soulagement que c’est une ambulance, on dirait presque une limousine blanche, ambiance VIP ! C’est bon signe, cela signifie sans doute hôpital et non camp d’isolement. Mais pendant le trajet, on s’arrête pour prendre au passage une petite mamie, munie d’un sac plastique avec bassine, savon, shampooing. Et là, je réalise que j’ai pensé aux céréales, aux petites voitures, à l’iPad, à ma crème de nuit, mais absolument pas à la bassine ni au savon… et si nous n’avions pas de douche ? Et si on allait dans un camp ? Le stress monte.
Bienvenue à Javel-land !
Nous arrivons au département Fever Hospital d’un hôpital chinois de Shanghai. Drôle d’impression glauque en entrant, la réception est quasi-fermée, emmurée dans des parois en plexiglas, les lumières sont presque éteintes, et tout est recouvert d’une pellicule blanche de Javel, comme une couche de calcaire, à force de pulvérisations intempestives. Sans parler des effluves persistants de Javel n.5… Après un « check-in » un peu chaotique et dans l’incompréhension totale, on nous conduit au 13ème étage dans une chambre avec -oh bonheur- trois lits, une salle de bain et des toilettes ! Prises de sang pour tout le monde et on s’effondre, nerveusement épuisés, malgré l’odeur d’urine persistante du matelas… Mais quel soulagement d’être dans un vrai hôpital !
Le lendemain, après les classiques prises de température et de tension, descente au service CT-scan des poumons. Nous faisons la queue puis passons un par un, mon petit Antoine en premier et un peu paniqué au début. Notez qu’entre chaque patient, aucune désinfection ni quelconque nettoyage n’est effectué…NE PAS CHERCHER À COMPRENDRE, FAIRE PROFIL BAS. En fin de journée, les résultats des scans tombent et, devinez quoi, JE suis positive !!!! Je n’en crois pas mes oreilles, mais finalement, ce violent mal de tête depuis ce matin, c’est peut-être ça… Par la suite, j’ai les classiques symptômes de courbatures, d’épuisement total mais pas de fièvre.
Les repas sont déposés devant la porte. Lait, œuf dur et petit pain au petit-déjeuner, Bento-box avec riz, légumes et viande midi et soir. C’est correct. Le personnel est plutôt sympathique, on nous pose pas mal de questions sur nous, depuis combien d’années nous sommes en Chine etc. Sarah est bien occupée avec l’école en ligne. Pour Antoine, les journées sont plus longues, entre petites voitures, des heures à regarder par la fenêtre et… salvateur iPad, j’avoue…
Traitement de choc
Quelques jours plus tard, les enfants passent négatifs, c’est déjà ça ! Quant à moi, il parait que ma charge virale est très élevée. Pour aider à la faire baisser plus vite (et donc espérer rentrer chez moi), on me propose un médicament. En mode automatique (et diplomatique), j’accepte, je veux mettre toutes les chances de mon côté, mais sans trop y croire… « encore un médicament chinois aux herbes », me dis-je. Et bien surprise, on me donne le dernier médicament Pfizer contre les gros symptômes, le PAXLOVID. C’est un excellent signal, que le pays accepte d’utiliser un traitement médical occidental contre le Covid !
Un premier pas vers une solution de vaccination efficace en Chine ?
Résultat, mon test PCR quotidien passe négatif au bout de six jours seulement ! Au bout du 2ème test PCR négatif le lendemain, le 16 mai donc, nous sommes autorisés à rentrer à la maison. Après signature d’une liasse de papiers, nous embarquons dans un bus qui desservira différents quartiers. Nos autorisations sont ensuite une nouvelle fois vérifiées au dernier carrefour, une voiture nous accompagne devant notre lane, suivie d’un mystérieux scooter. Une fois la lane déverrouillée par le « gardien des clefs » (cf. Escape Game), le chauffeur du scooter descend et se met à pulvériser le sol, sur les traces de nos pas, ainsi que nos bagages, nos semelles etc. NE PAS CHERCHER A COMPRENDRE.
Une histoire sans fin ?
Nous voilà donc tous de nouveau réunis. Nous avons sept jours de quarantaine à respecter à la maison, mais de toutes façons, cela ne change pas vraiment, puisque les récentes annonces d’ouverture diffusées sur tous les médias étrangers tiennent plus de l’effet d’annonce qu’autre chose… Notre ayi, qui avait été envoyée en camp d’isolement (traitement plus rude réservé aux Chinois…) a pu revenir rapidement elle-aussi. Et mon mari semble être passé au travers de cette mauvaise série ! Nous avons vraiment eu de la chance et nous remercions le consulat pour toutes ses actions en coulisses pour nous permettre de ne pas être séparés des enfants, et d’éviter le camp d’isolement, car ce n’est pas le cas pour tous les expatriés contaminés…
Cet été ? Nous allons probablement devoir rester en Chine (pour la 3ème année consécutive) pour raisons professionnelles (quand on est auto-entrepreneur, les choses sont encore plus complexes). Nous espérons de tout cœur que la vie, économique notamment, reprenne peu à peu son cours, d’ici fin juin.
Les rues de Shanghai…
Pour le reste, nul ne peut prédire de la suite, mais au moins, nous sommes immunisés pour quelque temps !
NB : information de dernière minute : le lendemain de notre retour, suite aux derniers tests PCR, appel du CDC pour nous annoncer que Julia est positive !!! Ma première réaction a été d’éclater de rire (jaune)… Julia a des anticorps (normal, puisqu’elle a été malade), mais sa charge virale est nulle, elle n’est donc plus contagieuse. Les appels se succèdent depuis, pour nous poser moultes questions sur son état. On croise les doigts pour qu’elle puisse rester à la maison en observation. Oh secours, réveillez-moi de ce cauchemar ! »
Un immense merci à Mathilde pour son témoignage et ses photos !
L’ immeuble Le Normandy dans la ville-fantôme (crédit : ByFab)
Mai 2022
« Avril 2022, on s’en souviendra toute notre vie ! ». Pierre et sa famille sont partis de Shanghai fin avril. Témoignage d’un départ mouvementé après un mois de confinement à la chinoise.
*Escape Game : jeu de rôle en équipe qui se déroule dans un décor réel et qui consiste à tenter de s’échapper d’une pièce (ou d’un ensemble de pièces) en résolvant des énigmes, et ceci dans un délai imparti. Inspiré d’un jeu vidéo japonais, l’Escape Game (ou Escape Room) rencontre un certain succès depuis le début des années 2000.
Retour à la vraie vie
La Bretagne. Le chant des mouettes. La valse du ressac. Ce ballet fascinant des vagues qui ondulent sans fin avant de venir caresser le bord de plage. L’air pur. La lumière transparente, incomparable. L’horizon. Ils en rêvaient depuis des mois, des années même (3 ans pour Pierre). Et puis voilà, ils y sont, enfin, et « en réalité, après cette attente qui nous a paru interminable, on s’habitue très vite au retour à la normale » témoigne Pierre.
Après un mois en ligne, les enfants ont repris l’école, juste à côté. Les salles de classe ont vue sur la mer, et cette semaine, en cours de sport, ils ont fait du surf ! Certes, les journées de Pierre et de son épouse sont encore calées sur le rythme chinois, pour être en phase avec les horaires des équipes locales, mais tout va bien. « On organise notre planning de vacances pour cet été, et pour la suite, on verra plus tard… ».
CDI (Confinement à Durée Indéterminée)
Arrivés à Shanghai en août 2020, sans avoir pu revoir les proches en France durant l’été pour cause de pandémie, Pierre et sa famille ont déjà testé plusieurs fois la quarantaine made in China. Mais à chaque fois, la durée était connue à l’avance (sauf résultats de test PCR positifs bien sûr), avec une date de sortie qui aide à tenir. Cette fois, pas de date à l’horizon, que des hypothèses…
Après plusieurs semaines de micro-confinements locaux – immeuble par immeuble, lane (ruelle) par lane, quartier par quartier – la ville de Shanghai, submergée par la vague Omicron, a décidé l’impensable : le confinement strict de plus de 25 millions d’habitants. Coté Est d’abord (Pudong), puis le 1er avril, côté Ouest (Puxi). Pour quelques jours soi-disant…
Célèbre boulangerie/café du centre de Shanghai (Crédit : ByFab)
Et en Chine, quand on est confiné, on ne peut pas sortir du tout, même 1h pour courir, faire ses courses ou promener le chien. On-reste-à-la-maison, et le chien aussi ! Sauf quelques exceptions ponctuelles du style : ceux qui sont dans une résidence arborée peuvent (parfois) sortir (certains jours) dans les espaces communs, d’autres peuvent descendre dans la rue en bas de chez eux uniquement pour faire des tests PCR – tous les 2 jours, parfois tous les jours -, d’autres ont eu le droit de sortir entre la rue A et la rue B pendant quelques jours, et puis clap de fin, terminé…
Shanghai, vidée de ses 25 millions d’habitants (Crédit : Nico de Rougé)
Mais tous ces signes d’espoir sont soumis au régime de l’arbitraire et ne suivent aucune règle s’apparentant à notre logique occidentale. Car on a vu du jour au lendemain, dans certains quartiers, un tour de vis s’opérer, avec pose de cadenas aux grilles et ruelles barricadées.
Il ne faut pas chercher à comprendre, car on ne peut pas comprendre.
Crédit : ByFab
« Votre test est anormal »
Le 1er avril donc, en guise de blague, la grille de la ruelle de la famille de Pierre est fermée avec une chaine. Dès le lundi, la valse des PCR démarre. Le mardi, le QR code de l’application shanghaienne anti-Covid de Pierre s’affiche en rouge. Il faut refaire des autotests puis un PCR. Le mercredi, le QR code redevient vert, ouf ! Mais dans l’après-midi, un appel téléphonique signale à Pierre que son fils est positif : « test anormal ». Panique à bord ! En effet, comme commencent à en témoigner les réseaux sociaux, les cas positifs, même asymptomatiques, sont envoyés en « centres » (grands camps assez insalubres du type gymnase ou parc des expos, où les gens sont entassés sur des lits de fortune, lumières allumées en permanence, sans douches, avec peu de sanitaires. Même les enfants, sans les parents, du moins à cette époque.
Les séances de tests dans la rue (Crédits : à gauche : Nico de Rougé / au milieu et à droite : ByFab)
Branle-bas-le-combat, il faut informer d’urgence le consulat et l’ilotier (Français bénévole responsable de la liaison avec le consulat pour un quartier). Les équipes du consulat sont admirables et la consigne est claire, « vous restez chez vous, et si on vient vous chercher, vous nous prévenez et vous demandez à faire un test de contrôle. Mais la situation se tend. Les autorités de Pékin dirigent maintenant les opérations à Shanghai, les règles changent… ».
Ô temps suspendu…
Pendant une semaine, la famille ne peut même plus sortir pour faire un test PCR dans la rue. Il faut faire des autotests à la maison et envoyer les résultats par WeChat. Les autorités locales appellent tous les jours, vérifient que l’enfant « positif » a bien une chambre seule pour s’isoler. Au bout d’une semaine, la famille peut de nouveau sortir dans la lane pour les PCR : « on n’a jamais été aussi contents de se faire tester ! ».
Puis mi-avril, tard le soir, on sonne. Un médecin du CDC (Control Disease Center) vient tester la famille. Les résultats seront négatifs le lendemain. Trois jours plus tard, on recommence. Résultats toujours négatifs. Une période hors du temps,« chaque jour de plus à la maison était une petite victoire ».
Crédit : Nico de Rougé
La résilience a ce pouvoir de donner à l’anormal un statut de normalité…
Une lumière au bout du tunnel
Après avoir élaboré de multiples scénarios, Pierre et sa famille décident d’anticiper le retour estival en France. Ils prennent leurs billets d’avion pour fin avril et Pierre travaillera à distance. Cette lumière au bout du tunnel est un véritable soulagement après ces jours d’angoisse, cumulés au stress des conditions de confinement : la folie des achats groupés sur WeChat pour acheter de l’eau (non potable en Chine) et de la nourriture (car les fournisseurs et les livreurs sont eux-aussi soumis à ce confinement), le retour de l’école en ligne, l’enfermement, l’absence totale de perspective, et toujours cette peur panique, non pas d’être malade, mais d’être envoyé en centre d’isolement… Cette réservation de billets d’avion leur a donné l’énergie nécessaire pour attaquer l’étape suivante : la procédure de départ. Car quitter le pays n’est pas forcément plus facile que d’y entrer !
La logistique des livraisons de vivres, avec son fameux poulet… (Crédit photos 1 et 2 en haut à gauche : ByFab)
Permis de partir
De façon générale, la Chine excelle à répartir les responsabilités des autorités locales sur de multiples échelons hiérarchiques, et ceci depuis bien longtemps. On a donc vu récemment ressurgir du passé (ou tout simplement reprendre du galon) certaines organisations bien connues des anciens. En résumé, cela s’articule à peu près ainsi :
le comité de lane/ruelle ou bien le management de résidence : organise les livraisons de vivres, contrôle les allées et venues, autorise les sorties pour les urgences hospitalières… bref, c’est lui qui détient la clef de la grille !
le comité de quartier (ju wei hui), qui dépend d’un poste de police local, et qui encadre les différents sous-comités ci-dessus
le subdistrict (jie dao) qui chapeaute les comités de quartier du district
et le fameux CDC (Central Disease Control) qui a la lourde charge de contrôler l’épidémie sur la ville.
Crédit : Nico de Rougé
Pour faire court, pour prendre un avion, il faut un test PCR de moins de 24h, un billet d’avion (sur un des rares vols affrétés) et un chauffeur spécial autorisé à se rendre à l’aéroport (car les taxis et transports publics sont tous arrêtés bien sûr). En théorie, c’est jouable !
Le Jour Le Plus Long
Crédit : ByFab
Voici le plan : tests PCR le jeudi, chauffeur réservé pour le vendredi 14h, vol vendredi soir (billets pris sur China Eastern et sur Air France, au cas où…). Le dossier est complet, y compris la lettre du consulat et de l’employeur. Mais une semaine avant le vol, les choses se corsent. Même si tous les derniers tests de la famille étaient bien négatifs, il faut 2 jours pour que le fils de Pierre soit retiré de la liste des cas positifs + 7 jours de quarantaine supplémentaires + le test PCR final + 24h pour en avoir les résultats, ce qui nous amène un jour après le vol hebdomadaire ! S’engage alors une bagarre administrative ardue pour gagner 24h. Au bout de quelques jours d’échanges acharnés, accord obtenu !
Le 28 avril donc, tard le soir, le médecin du CDC débarque pour tester toute la famille en promettant les résultats le 29 au matin. Le 29 à 12h rien, 14h, toujours rien. Le chauffeur risque de partir, il faut y aller. Maintenant. Grâce aux bonnes relations entretenues avec le chef de la lane, la grille s’ouvre… l’espace de quelques minutes. Ne pas se poser de questions, ne pas regarder en arrière, on se faufile et on file en espérant recevoir les résultats de test sur le chemin de l’aéroport ! Pierre avait réservé par sécurité d’autres tests dans un hôpital international sur la route, la voiture s’arrête donc, puis après quelques barrages de police, arrivée à l’aéroport international. Sans aucun résultat de tests.
La grille à franchir, le départ en voiture, l’attente interminable devant les portes du terminal
« Vous avez 1 nouveau message »
Il est 16h, il fait 10 degrés et le vent fouette les masques devant les portes du terminal. Mais sans résultats, pas d’entrée possible. Il faut attendre. 18h, toujours rien, 19h, pas mieux. La tension monte, tout le monde est crispé dans la famille, passant de l’hystérie à l’abattement, mais on tient, malgré tout. 20h, 21h, silence radio des labos.
21h30, ding, « vous avez 1 nouveau message » annonce WeChat. En effet, le précieux intermédiaire avec les autorités sanitaires envoie à Pierre les résultats (en chinois mais négatifs) des tests faits la veille, on respire ! Le marathon des enregistrements et contrôles de sécurité démarre alors. Ceux-ci se dérouleront sans encombre. Décollage à 00h10 dans un avion occupé par 40 passagers, dont deux autres familles françaises, ayant elles-aussi vécu leur propre parcours du combattant.
Le survol de la Russie
« A un moment, je réalise que nous survolons la Russie, témoigne Pierre, mais dans un vol chinois, pas grand risque… ». L’arrivée à Roissy se passe en douceur, et après un petit interrogatoire réservé aux non-vaccinés qu’ils étaient (malgré leurs deux injections de Sinopharm) et un autre test PCR, Pierre et les siens sont libres et filent vers leur Bretagne tant désirée.
Navigation à vue
Depuis leur maison familiale qu’ils redécouvrent, ils reprennent un cours de vie « normale », il est trop tôt pour penser à l’après. « Ce que nous ferons à la fin de l’été ? Un retour à Shanghai, si tout va bien ! Nous envisagerons les différents scénarios selon l’évolution de la situation. Mais les prévisions ne sont pas très engageantes… ». En attendant, leur cœur reste avec tous ceux qu’ils ont laissés à Shanghai et qui tentent eux-aussi d’apercevoir une lumière au bout du tunnel.
Crédit : ByFab
NB : Par curiosité, Pierre a fait faire une sérologie à leur fils pour vérifier son taux d’anticorps avant une première vaccination Pfizer. Résultats : zéro, aucune trace récente de virus. No comment.
NB 2 : Chaleureuses pensées de soutien à cette famille dont la maman et deux des enfants ont été récemment emmenés dans un hôpital de Shanghai car ils sont positifs. Après un mois de quarantaine et de tests quotidiens… No comment.
Bouquet d’autotests… (Crédit : TM)
Un grand merci aux photographes, notamment ByFab (Instagram : by_fab) et Nico de Rougé (Instagram : nicoderouge.photo)
Ces dernières semaines, en plus de la terrible guerre en Ukraine, trois mauvaises nouvelles sont tombées sur la ville de Shanghai. 14 mars, fermeture des écoles / 28 mars, confinement de Pudong (moitié Est de la ville) / 1er avril, confinement de Puxi (moitié Ouest de la ville). Le tout, pour quelques jours, soi-disant. La vague du variant Omicron déferle sur la Perle de l’Orient. Back to 2020…en bien pire…
Les rues désertes de l’Ancienne Concession Française de Shanghai, mars-avril 2022
Shanghai, cette ville qui fut la mienne durant sept ans, est méconnaissable. Évidemment, elle avait déjà beaucoup changé ces dernières années – avant, mais surtout après, janvier 2020 -. Mais pas à ce point.
Shanghai ma ville, qu’es-tu devenue ?
Et quand la Chine confine, rien à voir avec les méthodes européennes ! Pas de sortie possible pour faire ses courses, promener le chien, aller emprunter un œuf au voisin, acheter de l’eau (qui n’est pas potable en Chine), très peu de livraisons (puisque les commerces et restaurants sont fermés et la plupart des livreurs eux-mêmes confinés). Le vrai LOCK-DOWN. Les portes de certains cas positifs sont scellées (les centres de quarantaine sont engorgés). Des drones surveillent le respect des consignes, on n’arrête pas le progrès !
Crédit photo de droite : Nico de Rougé
Ceux qui ont un balcon, un jardin ou qui vivent dans une résidence arborée sont mieux lotis que d’autres, tant mieux pour eux ! A l’hôpital, service minimum des urgences et des soins, on se concentre sur la gestion du Covid. Mieux vaut ne pas être malade en ce moment… La question n’est pas de savoir s’il y a beaucoup de cas symptomatiques de Covid, de cas graves, de malades en réanimation etc. Un certain nombre de drames hors Covid ont déjà été reportés, et il semblerait que le traitement des personnes n’est pas le même pour tous…
« On a dit zéro cas, ce sera zéro cas «
A l’heure où je vous écris, des rumeurs bruissent sur une ouverture progressive en mode chirurgical, immeuble par immeuble, lane par lane. Quelques portes se sont déverrouillées, pour une heure ou deux, dans certains quartiers, sous certaines conditions drastiques, histoire de calmer la colère de la population qui gronde, alors que d’autres ont appris qu’ils devaient encore rester minimum 14 jours chez eux, pour cause de cas dans le voisinage. Espoir et désespoir…
Crédit : Nico de Rougé
Madame Irma, une petite idée du futur, s’il-vous-plait ?…
Depuis peu, des articles, images et vidéos, témoignant des difficiles conditions de vie à Shanghai, font enfin leur apparition dans les médias occidentaux. La Chine est toujours aussi loin des préoccupations et du cœur des Occidentaux… Et puis, il y a l’Ukraine et ses horreurs aux portes de l’Europe, la plupart des médias choisissent parmi les malheurs des uns et des autres pour soigner leur audience.
Qui n’a jamais mis les pieds en Chine ne peut comprendre. Et même en y vivant, cette ville et ce pays gardent leur part de mystère… Partie depuis neuf mois, je suis moi-même pétrifiée d’incompréhension, mais j’imagine très bien. Et je suis si triste pour mes amis qui vivent cette épreuve de plus, alors qu’ils n’ont pas pu sortir du pays depuis plus de deux ans, triste pour tous les Shanghaiens, pour tout ce peuple. Bien sûr, les Chinois se relèveront, redresseront courageusement la tête comme ils savent si bien faire, c’est leur grande force. Mais à quel prix et surtout, pour combien de temps avant la prochaine fois ? Bien malin qui peut prédire l’avenir de Shanghai et de la Chine à ce jour.
Les warriors de Shanghai
Alors pour balayer cette sourde inquiétude, je préfère m’attarder sur tous ces héros du confinement pur et dur, sur tous ceux qui m’impressionnent de créativité, de courage, d’humour, de générosité, de résilience, encore et toujours. Pour tenir, parce qu’il le faut bien, pour donner de l’espoir à leurs enfants, à leurs ados, pour rassurer (un peu) leurs proches de France. Pour rendre hommage à ces volontaires en blanc, qui eux aussi traversent une réelle épreuve. Pour remercier cette ville unique qui les a accueillis, et comblés pour la plupart d’entre eux.
Et enfin pour célébrer la vie, l’amour et l’amitié, car sinon, à quoi bon…
Il y a cette amie photographe qui ouvre son album et partage ses plus beaux clichés de Shanghai, de Chine, de voyages du bout du monde, célébrant la beauté de notre planète, mais aussi des photos de regards échangés, de mains tendues, de visages rieurs ou sillonnés de rides, et allant même jusqu’à organiser de petits quizz pour rompre l’ennui qui ronge peu à peu les confinés… Tout cela avec une intense émotion.
All over the world : Etats-Unis, Italie, Mongolie, Australie (Crédit : ByFab)
…Celle qui relève le challenge quotidien d’assurer la multi-casquette de maman, maitresse d’école, femme de ménage, cuisinière et chef de son entreprise. Surtout quand la créativité doit aussi être renouvelée pour inventer des recettes inédites autour de légumes locaux bizarroïdes livrés au compte-gouttes par la municipalité !
…Celle qui témoigne régulièrement sur les conditions de vie de ces volontaires en combinaisons de teletubbies, membres des brigades sanitaires. Ils travaillent non-stop, dorment parfois à même le trottoir, soldats tellement dévoués à la cause Zéro-Covid, qu’ils en perdent parfois leur propre humanité… Car oui, il se passe des choses terribles à Shanghai.
…Ceux qui se muent en super-acheteurs pour le vaisseau-amiral Shanghai, passant commandes groupées, les répartissant entre voisins, se bagarrant de 5h du matin à 23h pour trouver de l’eau, des œufs, un peu de poulet, des fruits, du papier toilette… Certains commencent à manquer de tout.
…Celui qui, légèrement malade du Covid, tente de rester « positif » dans sa tête, redoutant chaque jour d’être envoyé dans un de ces centres insalubres, d’être séparé de sa petite fille, en espérant qu’elle ne soit pas à son tour positive et embarquée. Il faut une sacrée force de caractère pour rester debout, même si on est à bout, bravant des jours et des nuits de stress, à élaborer des plans, échanger des conseils et se liquéfier à chaque coup de sonnette pour faire un nouveau test.
Et il y a cette famille qui a organisé des élections fictives le jour du 1er tour de nos présidentielles (car il ne vous a pas échappé que les Français de Shanghai ont été privés de leur droit de vote). Créativité au top, rires garantis, et belle leçon d’éducation civique pour leurs enfants.
…Ou encore ce chirurgien engagé qui partage en vidéo des messages chargés d’ondes positives de la part de ses collègues, et même de sa petite fille !
…Celui qui doit ôter lui-même ses 13 agrafes au poignet, en vidéo-consultation avec le chirurgien cité ci-dessus. On est en plein Koh-Lanta ! Mais y a quoi à gagner à la fin ?…
…Et cette autre amie qui, pour passer le temps, se transforme en Marie Kondo et se jette à corps perdu dans le tri et le ménage de son appartement, placard après placard, pièce par pièce, elle qui jusqu’ici, entretenait savamment et fièrement un joyeux « bordel » organisé…
…Ces sportifs qui s’affrontent en ligne lors d’ascensions virtuelles du Mont Ventoux sur leurs vélos d’appartement. Il faut bien éliminer les apéros réconfortants…
…Ce professeur de danse africaine et cette professeure de yoga qui donnent régulièrement rendez-vous à leurs élèves pour des séances en ligne de défoulement, de stretching, la musique à fond ou ambiance zen, mais toujours avec style s’il-vous-plait !
…Celle qui tient son Carnet de confinement quotidien et partage sans retenue ses états d’âme et son inspiration si poétique avec des mots emprunts d’une émotion palpable. Il faudra penser à en faire un livre !
Carnet de confinement. Jour 8 : Sous le vent
…Cette équipe de professeurs du Lycée Français de Shanghai qui a très vite mis en place une salle de sport en ligne. Bien dans son corps, bien dans sa tête ! Cela n’est pas du luxe pour tous ces professeurs, élèves et employés du lycée, la fin de l’année est encore bien loin, et la bataille des examens annulés ne fait que commencer…
Et ces amies des 4 coins du monde de notre précieux groupe Shanghai Connection qui envoient un maximum de bonnes ondes, du rêve et de l’évasion, en partageant leurs plus belles photos ou les dernières blagues.
Il y a aussi celle qui, fraichement partie de Shanghai, compile en vidéo et en musique ses clichés favoris de cette magnifique ville dont nous sommes tous nostalgiques (vidéo à voir sur Instagram ici).
Shanghai life by CHINOISES
Et que dire de tous ceux dont je ne parle pas, mais qui eux aussi déploient des trésors de créativité pour rire et faire rire, pour garder espoir, pour aider celui qui va moins bien, pour rêver à de futures escapades, au-delà des frontières chinoises, un truc de dingue !
La fin d’une époque
Certains vont définitivement quitter le pays dès que possible, tristes, amers, résignés, en colère, à bout, on les comprend. D’autres vont rester (idéalement après un été en France ou en Europe), s’accrocher, par choix ou par obligation professionnelle souvent, mais toujours tellement attachés à cette ville, on les comprend aussi !
Artiste : Seth
A vous tous, je tiens à vous dire combien je vous admire, combien je pense à vous chaque jour, combien je voudrais vous aider. Lancez vos bouteilles à la mer, pleurez, criez, hurlez, dansez, riez, il faut que cela sorte ! Tenez bon, le regard droit et loin devant, bien loin…. La situation va forcément finir par s’arranger, les portes vont se rouvrir, les avions redécoller. En attendant, le soleil brille, l’été prend ses quartiers, les oiseaux font la fête, la brise souffle un brin d’espoir dans ce ciel immaculé de Shanghai.
Au beau milieu de cette épreuve inédite, sortie direct d’un film de science-fiction, vous êtes debout, vos ressources sont inépuisables, si, si, là, bien cachées certains jours, mais bien présentes… Pour vos proches, vos enfants, vos amours, vos amis, vous allez tenir, vous allez sortir vainqueurs, abimés certes, fatigués, changés, mais tellement heureux et pleinement conscients du caractère si précieux de la vie, de la liberté. Et cela grâce à cette incroyable fraternité et à cette solidarité que vous savez si bien cultiver, jour après jour, entre voisins, entre amis (rassurez-vous, je ne me mets pas à la politique, il manque l’égalité à ce tableau…).
Merci à tous et à toutes pour cette leçon de courage et à très bientôt !
JIA YOU!(Tenez bon !)
Un immense merci pour vos témoignages et vos photos !
Mention spéciale aux photographes ByFab (Instagram : by_fab) et Nico de Rougé (Instagram : nicoderouge.photo)
(Lost Heaven : paradis perdu / nom d’un restaurant de Shanghai)
« Long time no see », comme disent les Anglais, car oui, il y a bien longtemps que je n’ai pas alimenté ce blog ! La période des vœux 2022 est bel et bien passée, celle de souhaiter une belle nouvelle année du Tigre d’Eau aussi, c’est donc le moment idéal pour reprendre la plume.
Une page est tournée
Dernier jour à Shanghai
Ces derniers mois ont été bien remplis pour moi à tous niveaux. Tout d’abord, il y eut notre départ définitif de Shanghai début juillet, après sept ans. Même s’il ne faut jamais dire jamais, je pense pouvoir affirmer que nous ne sommes pas près de pouvoir refranchir les frontières de Chine (et ce n’est pas l’envie qui m’en manque).
Après un été franco-français en pause covidienne, nous avons « débarqué » sur les îles britanniques. Et après quelques mois de transit, nous avons enfin emménagé fin novembre. Fini donc le temps de l’errance avec juste quelques valises, c’est donc bien cela : adieu Shanghai, hello London !
Mais tout cela n’est rien à côté de l’immense chance et inégalable joie de se retrouver dans la même ville que nos deux grands enfants étudiants, après ces durs 18 mois de séparation, sans savoir quand prendrait fin cette épreuve. Je pense chaque jour à tous mes amis qui sont encore bloqués en Chine (et ailleurs dans le monde), loin de leurs proches, enfants, parents, depuis deux ans, et sans perspective à l’horizon…
Sous le soleil exactement…
Qui l’eut cru ?! Depuis début septembre, malgré une baisse sensible des températures par rapport à mon curseur shanghaien, je dois avouer avoir été extrêmement surprise par la météo ! Les jours de pluie (ou plutôt d’averses ponctuelles) se comptent sur les doigts d’une main, et on voit du ciel bleu presque tous les jours, au prix parfois d’un sacré vent frais… Je ne sais pas si c’est exceptionnel ou dû au réchauffement climatique, l’avenir nous le dira. Les sceptiques racontent que je retouche mes photos, n’écoutez pas ces jaloux ! Cette belle lumière (même si elle s’éteint un peu tôt à mon goût en fin d’après-midi), ce bleu et les couleurs savamment entretenues par les Londoniens – entre portes flashy et murs de briques – sont du plus bel effet sur mon énergie hivernale.
Delph In London
Sans rentrer dans les clichés de la fameuse série Emily in Paris, j’avoue jouer la carte touristique à fond ! Il faut dire que la ville s’y prête à merveille. Expos à gogo, musées prestigieux, balades au hasard ou visites guidées de quartiers, tantôt grands classiques, tantôt en mode « pépites cachées » (merci Londres Accueil !), je savoure… Et les parcs, ah les parcs ! Pour marcher ou pour courir, quel bonheur ce Hyde Park, ce Richmond Park et autre Battersea Park ! Nous profitons aussi de la qualité et de la variété de ces fameux musicals, ils sont forts ces Anglais quand même !
Je découvre aussi combien Anglais et Français sont différents, et pour le moment cela m’amuse ! Les Français expatriés en Angleterre depuis plus de 15 ans n’ont visiblement pas le même ressenti… Cela me laisse une petite marge ! J’ai aussi l’avantage de ne pas avoir connu le « temps d’avant », pré-Brexit et pré-Covid.
Yes, I can!
Après de longues années de pratique du « Chinglish », j’ai jugé opportun de suivre quelques cours d’anglais, cela ne fait jamais de mal. Depuis mon arrivée, je converse donc plusieurs fois par semaine, en ligne évidemment (histoire de garder une certaine continuité « quoiqu’il arrive »), avec une super prof basée à Manchester (et répondant au doux prénom de Lorraine, toute mon enfance !), qui semble s’amuser autant que moi ! Après quelques heures de « réduction d’accent » (vous pourriez rire un peu moins fort en lisant ces mots tout de même…ce fut très utile lors de notre weekend en Ecosse !), je me suis attaquée à des cours de « writing », tentant d’acquérir/de retrouver un niveau écrit approchant le plus possible celui de ma langue maternelle. J’ai en tête une petite idée professionnelle en lien avec tout cela, affaire à suivre….
Weekend en Ecosse
Et comme toujours, les cours de langue sont l’occasion d’un enrichissement culturel, ainsi que d’une meilleure compréhension des mentalités et usages, un véritable trésor pour démarrer du bon pied avec sa terre d’accueil ! Je réalise cependant qu’il me faut rapidement réviser (ou découvrir devrais-je dire) l’Histoire de ce pays pour mieux l’appréhender…
New best friends
Autre grand sujet : les nouvelles rencontres que l’on fait, au gré des déménagements, même si l’on essaie de garder le plus possible de liens avec les amis de toujours et les amis plus récents, et malgré un sacré décalage horaire parfois. Éternel recommencement que d’arriver dans un nouveau pays, une nouvelle ville, où l’on ne connait personne ou presque…
Nous ne sommes pas très nombreux à poser nos valises à Londres ces temps-ci, et beaucoup en sont partis depuis le Brexit. Ce qui nous donne l’avantage d’être accueillis parfois par un « Chouette, des nouveaux ! ». A Tokyo puis à Shanghai, le précieux accueil de la communauté expatriée dont nous avons bénéficié, a été à la mesure de l’énorme fossé culturel ! Et les rencontres avec les locaux furent rares, pour les mêmes raisons. Évidemment à Londres, ça n’est pas la même musique…
Tout d’abord, positivons, nous ne sommes plus sourds ni muets : on comprend et on se fait comprendre, ça change tout ! Il y a par ailleurs encore énormément de Français et autres étrangers, beaucoup sont là depuis longtemps, et personne ne nous attend… Mais peu à peu, nous tissons de nouveau notre toile, nous renouons avec quelques anciens amis, et comme ce n’est pas la quantité mais la qualité qui compte, nous allons trouver quelques solides coéquipiers pour notre nouvelle cordée !
Et côté British friends vous demandez-vous ? Il est trop tôt pour se prononcer, je me réserve un peu de temps pour donner mon avis personnel… L’usage local devrait me faire dire : « Amaaaaazing ! » (Oui ils exagèrent toujours de façon positive, même s’ils n’en pensent pas un traitre mot, il faut juste savoir décoder…). Nos premiers contacts avec nos voisins furent cordiaux mais distants, on va dire que c’est à cause du Covid ! Mais je dois avouer que j’adooooore l’humour anglais !
Chers lecteurs, je profite de l’absence de disponibilité de ma maîtresse-mère (car j’ai deux maîtresses en réalité, la mère et la fille) pour enfin m’adresser directement à vous ! Je saisis donc avec un plaisir non dissimulé la souris… de l’ordinateur… pour vous conter mes récentes aventures de globetrotteuse à quatre pattes.
Née à Shanghai
Chat de rue à Shanghai
Revenons tout d’abord aux origines de mon monde. Je suis née en octobre 2017, dans une rue de Shanghai, comme mes quelques 3 millions de congénères, communément appelés chats errants ou chats de gouttière. Oui 3 millions, dans une ville abritant 25 millions d’humains, on ne se défend pas mal je trouve ! Mes premiers jours ont a priori été assez rudes, j’en garde encore quelques phobies d’ailleurs (comme par exemple les humains de grande taille et à grosse voix), il faudrait que j’en parle à mon psy !
Une charmante fée à deux pattes s’est rapidement penchée sur la petite boule de poils que j’étais, et m’a recueillie, comme elle le fait régulièrement pour une association protectrice de chats et chiens. J’ai passé quelques semaines dans son petit logis, en compagnie d’une maman chatte de substitution qui m’a tout appris ou presque.
Une première adresse soooo british !
Puis un jour du mois de février, premier déménagement, me voilà embarquée dans ma famille d’adoption. Attention les moustaches, je prends mes quartiers dans une résidence appelée « Windsor Place » (tiens, tiens…). Là, j’y coule de paisibles années, je découvre la vie en compagnie d’humains, certains très grands, d’autres très câlins, trop parfois à mon goût… Car je suis une chatte au pelage « écailles de tortue », race réputée pour son côté sauvage et peu tactile. Mais peu à peu, je prends goût à cette présence rassurante, qui de plus, me nourrit et me bichonne, rrrrooooonnnnnnnn !
Allez savoir pourquoi, un jour, il leur prend l’envie de changer de quartier. Je découvre alors que mes oreilles n’apprécient pas, mais pas du tout, le bruit de cet affreux gros scotch marron qui ferme les cartons… Puis mon quotidien de chat reprend, entre sieste et intense relaxation, de préférence au soleil.
Après le calme, la tempête
Ces derniers 18 mois, j’ai bien senti qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Mes colocataires sortaient beaucoup moins, ne n’abandonnaient plus pour partir des jours ou semaines entières, il y avait très peu de visiteurs étrangers, et dehors, le ciel était si bleu, la ville si calme, « un peu beaucoup trop calme … ». A se demander si je n’avais pas changé de planète !
Puis patatras, voilà le retour des cartons, du scotch, un vrai bazar dans l’appartement. Mais que vont-ils encore me faire comme coup bas, ces humains ?
Mes deux élégantes cousines – Beijing (de Chine) et Orya (de France) – ont une vie vraiment plus peinarde…
Chat-migrateur
La tête dans le sac…
Pour un animal qui n’aime pas, mais pas du tout le changement, j’ai été largement servie ! Fin juin, clic-clac, de grosses valises se ferment, on m’embarque et on s’installe dans un hôtel. Je commence alors une inspection méticuleuse des dessous de lits et de sofas, pour me protéger de tout risque d’agression extérieure ! Sans compter une nième visite de contrôle chez le vétérinaire, où j’entends dire que je suis « apte ». Mais apte à quoi donc ?!
Étape suivante de mon cauchemar félin, on m’enferme dans un sac de « voyage » et nous voilà partis pour un très long périple. Shanghai-Séoul-Paris disent-ils, en tout presque 24h sans sortir la tête du sac, sans manger ni boire, avec de ces bruits assourdissants, des odeurs, bref, impossible de dormir, je dois veiller et surveiller.
Un été pas comme les autres
Quand tout ce vacarme s’apaise, je ne suis pas au bout de mes peines, il faut encore faire de la voiture et passer quelques jours dans un appartement inconnu (encore une nouvelle inspection sous les lits et fauteuils…). J’ai beau miauler, ils ne m’écoutent pas. Je n’ai alors pas d’autre choix que d’exprimer mon mécontentement en déposant un petit marquage liquide et odorant dans une valise laissée malencontreusement ouverte… Non mais ! Ça commence à bien faire !
Rien n’y fait, c’est de nouveau le départ, pour arriver dans une nouvelle maison, chez des inconnus (appelés Papy et Mamy par ma jeune maitresse). Je découvre alors d’inédites odeurs végétales, pas désagréables j’avoue… Mes deux maitresses finiront par partir elles aussi, me laissant là, planquée sous un lit ou sur une mezzanine, n’osant sortir me ravitailler qu’à la nuit tombée, quand tous sont couchés.
Je prends alors mon courage à quatre pattes et pars en exploration d’un domaine appelé « le jardin ». Des tapis de sable et d’épines de pin, de l’herbe à mâchouiller, des insectes à chasser, des oiseaux à traquer, et toute une vie animale à observer, avec une liberté d’allées et venues, jour et nuit… et si c’était ça le bonheur félin ? Mes hôtes me paraissent même fréquentables finalement et nous finissons par cohabiter dans la quiétude.
Westminster, me voilà !
Retrouvailles
C’était trop beau pour durer. A la joie de retrouver mes deux maitresses, succède le stress d’un nouveau départ, d’une nouvelle visite chez le vétérinaire (qui me déclare encore « apte »), et d’un long trajet en voiture vers une nouvelle destination. Adieu pins, douce chaleur et vers de terre, nous débarquons dans un pays où même la langue des humains ne ressemble à aucune que celles déjà entendues (car je suis une chatte bilingue mandarin-français je vous rappelle !).
J’entends dire que j’ai bénéficié d’une ascension sociale inédite, de chat errant dans les rues de Shanghai, à chat globe-trotteur prenant ses quartiers au pied du domicile de The Queen… Franchement, je n’en demandais pas tant !
Street-cat
Nouveau lieu de vie, nouvelle litière, nouvelle pitance dans ma gamelle, je perds tous mes repères et je repasse en mode « ventre à terre sous les lits », pour tenter de ne pas devenir chèvre ! Et moi qui suis un modèle de propreté, je ne comprends pas, je ne peux résister à l’envie de me soulager tous les jours sur le lit de ma maitresse en chef… (Elle n’apprécie pas, mais pas du tout, mais moi, ça me rassure cette petite odeur !)
La couverture de survie, une arme très efficace contre mes envies irrépressibles…
Keep calm and meow on !
Depuis quelques jours, les choses semblent se calmer, pas de nouvelles têtes, pas de gros changements, je prends mes nouvelles habitudes de siestes sur le canapé et d’observation par la fenêtre de ces chiens tenus en laisse et de ces gouttes de pluie qui fouettent parfois les vitres. J’aperçois même parfois de lointains cousins très grands, bizarrement accoutrés et qui avancent en rythme avec un humain sur leur dos, quelle drôle d’idée !
Mais ce qui m’inquiète, c’est que nous avons toujours des valises non loin, quelques cartons non vidés, et qu’il manque vraiment beaucoup de nos affaires de « notre vie d’avant ». Ils ont d’ailleurs récemment fêté le fait « d’avoir trouvé », mais trouvé quoi ? Ne me dites pas qu’on va encore changer de nid !!!
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Pour prolonger ce petit goût salé (ou rosé !) de l’été, avant la rentrée des petits & grands et la rentrée littéraire, je lève le masque sur quelques derniers livres lus et appréciés…
“Il y a des livres que l’on rate, comme certaines rencontres, on passe à côté d’histoires et de gens qui auraient pu tout changer. À cause d’un malentendu, d’une couverture, ou d’un résumé passable, d’un a priori. Heureusement que parfois la vie insiste.” (Extrait de Trois de Valérie Perrin)
Trois (Valérie Perrin)
Une ode à l’amitié, la vraie / Un magnifique voyage en adolescence et vie de jeune adulte / Une véritable Madeleine de Proust pour ceux qui sont nés dans les années 70. Trois bonnes raisons de lire TROIS (même s’il faut pour certains persévérer au début…)
“Dès qu’on libère des adultes qui ont été mômes ensemble, l’enfance remonte à la surface.”
Tout peut s’oublier (Olivier Adam)
Japon, France, Bretagne, paternité, cinéma, fossé culturel. C’est avec cette palette aux teintes contrastées que l’auteur esquisse les déchirures de la vie de Nathan. Un jour, son ex-femme, Jun, repart sans crier gare sur l’Ile du Soleil Levant avec leur fils Léo. Au Japon, point de garde partagée, et aucun droit pour un père étranger… On se perd alors dans les dédales des rues de Kyoto, sur l’île sacrée de Miyajima et dans les tourments de ce jeune père dévasté.
Un roman très touchant et juste, qui n’est pas sans rappeler le combat d’un Vincent Fichot entre autre….
“De perdre un être aimé alors qu’il était en vie. De le savoir quelque part, peut-être heureux, mais sans nous. D’être sorti de sa vie sans l’avoir désiré et de devoir entendre acte.”
Deux Petites Bourgeoises (Colombe Schneck)
Court roman (d’inspiration autobiographique ?) grinçant à souhait, entre humour, légèreté, piques et profonde amertume. L’auteur dévoile les tranches de vie d’Héloïse et Esther, qui se rencontrent sur les bancs de l’Ecole Alsacienne : amitié d’enfance, adolescence, fêtes et défaites de l’âge adulte, jusqu’à ce que la mort donne une claque sans crier gare…. Un style parfois un peu sec en mode « mitraillette », une lecture facile mais loin aussi d’être légère et anodine que ne le suggère la couverture…
« Les bourgeois sont malheureux et c’est leur faute. Ils sont là à geindre avec leurs problèmes de riches, leurs dépressions, leurs régimes, leurs travaux dans leur appartement, la poussière, leurs domestiques, la queue aux télésièges. »
Canoës (Maylis de Kerangal)
Ça démarre comme un recueil de nouvelles, un peu décousu. Puis peu à peu, le lien se tisse, brin après brin, mot après mot, vibration après vibration, sur le thème de la voix humaine. Original sur le fond et sur la forme, ce roman nous parle du pouvoir du son, des mots, de l’écho, des vibratos de ce qui est unique à chaque être humain : la voix.
Si vous aimez être surpris, dérouté, interpelé, puis charmé, voire envoûté peut-être, vous aimerez Canoës…
“…car étrangement, bien plus qu’une photo ou tout autre objet qui me ferait voir leur visage aimé, c’est en rappelant à mon oreille la voix des morts aimés que je les garde présents en moi.”
Frangines (Adèle Bréau)
Saint-Rémy-de-Provence, une vieille maison de famille, La Garrigue, trois soeurs, le parfait décor estival est planté. Mais derrière les apparences d’une belle famille unie, vivante où chacun a sa place, il y a la vraie vie…
Mathilde, Violette et Louise sont si différentes, les parents n’ont pas dit leur dernier mot, la jeune génération vient gentiment perturber l’ordre instable du monde des adultes, et il y a ce « drame » de l’été précédent… Entre souvenirs et projections, entre petits (et gros) secrets et révélations choc, on découvre progressivement ce qui anime les unes et les autres.
On passe du sourire à la gravité, on est touché par ces soeurs si opposées, mais unies par un lien unique, que l’on espère assez fort pour leur permettre de continuer à avancer, seules et ensemble. Une lecture ensoleillée, tout en délicatesse – mais moins légère qu’elle n’y parait – rythmée par le chant des cigales, parfaite pour clôturer l’été !
“Rien ne change en fin de compte. On croit devenir adulte mais à part le corps et les soucis, on reste les mêmes qu’il y a trente ans.”
2011-2021, France, Japon, Chine, Royaume-Uni. Ou plus exactement, Reims, Tokyo, Shanghai, Londres, ce qui n’est pas exactement la même chose… Un bon stretching mental et géographique ! Après dix ans d’Asie, nous larguons donc les amarres, avec une foule de sentiments très partagés et opposés, mais définitivement très forts !
Shanghai la belle
Arrivés en août 2014 à Shanghai, avec des yeux tout neufs et un peu ébahis, nous avons pleinement profité de cette ville et de ce pays incroyable, terre de contrastes.
Dans le désordre, et sans chercher à être exhaustive, voici ce qui m’a le plus marquée : le rythme de vie très soutenu, la foule, les sourires, les éclats de voix (le Chinois ne crie pas, il parle juste), la pollution l’hiver (surtout il y a quelques années), la nouveauté permanente, la course à la modernité et le charme de l’ancien, le côté rude -surtout hors des grandes villes- qui côtoie les mille et une astuces facilitant la vie quotidienne (ici, on fait absolument tout avec un smartphone), les gens dans la rue qui nous prennent parfois pour des animaux de zoo, et en même temps l’indifférence totale aux looks les plus extravagants (du papy en pyjama à la jeune fille en Cosplay girl)… Et la langue, on en parle ? Même après des heures de cours (j’aurais dû aller en université apprendre le mandarin, je sais), faire une phrase niveau CP, se faire comprendre et comprendre la réponse, relève toujours du challenge quotidien !
Le charme de Shanghai, malgré son manque d’espaces verts, est bel et bien réel et tous ceux qui sont venus nous rendre visite peuvent le confirmer. Son histoire riche et faite d’ombres et de lumières, ses contrastes architecturaux et sa perpétuelle transformation urbaine, sa vieille ville réduite aujourd’hui à une poignée de ruelles, l’explosion de l’art contemporain et la multiplication de ses galeries, ses bouis-bouis et micro-cafés qui résistent aux nombreux malls opulents (mais souvent vides), son Bund et sa skyline, son Ancienne Concession Française, ses coquets quartiers résidentiels excentrés, ses triporteurs et ses voitures luxueuses, ses multiples restaurants, bars et autres lieux nocturnes, etc etc…
Nous avons aussi fait quelques découvertes magiques dans le reste du pays, dont mes deux voyages préférés sont le Gansu et la région des Hakkas avec leurs maisons Tulou ! Mais la Chine se mérite. Quand on aime sortir des sentiers battus, on sait que les déplacements sont très longs car les distances sont immenses (5.500 km du nord au sud, et 5.200 d’est en ouest), que la cuisine locale ne convient pas toujours à nos fragiles estomacs européens, que les lits des « hôtels » ou chez l’habitant ressemblent plus à des planches de bois sans matelas… mais cela vaut vraiment le coup, certains sites sont de véritables joyaux ! Bref, aucun regret (à part le mandarin…), que des souvenirs forts en mémoire et des étoiles plein les yeux !
Une lueur au loin
Bien sûr, les 18 derniers mois furent très compliqués. Lorsque nous sommes repartis de Paris le 3 janvier 2020, après une délicieuse pause familiale et amicale, après avoir serré nos proches dans les bras, nous étions bien sûr loin, très loin, de nous imaginer le vide abyssal qui nous attendait. La Chine a plongé la tête la première dans l’ère covidienne – saurons-nous un jour comment – entrainant la planète entière dans un tourbillon vertigineux à l’issue encore incertaine à ce jour. Une épreuve anxiogène, longue, usante… Le plus dur étant l’absence d’horizon. Nos modes de vie au-delà des frontières nous avaient habitués à gérer le temps et les distances grâce à nos projets, nos rendez-vous, nos échéances. Fin de la récré !
Une des choses les plus difficiles à assumer pour nos familles expatriées est la séparation avec les « grands enfants » et les parents. Nous avons donc célébré les 19 puis les 20 ans de notre fils en appel-vidéo, de même que Noël et autres dates-clés. Comme beaucoup, nous avons perdu des êtres très chers, anciens ou beaucoup trop jeunes, sans pouvoir leur dire au-revoir une dernière fois.
Et puis, miracle pour nous, les planètes se sont réalignées, la fée de la chance s’est penchée sur notre foyer, et a allumé une lueur au bout du tunnel, que je vous souhaite à tous. Nous allons retrouver les nôtres, poser nos valises dans un nouveau pays, une nouvelle ville, celle de nos enfants étudiants, et ouvrir un nouveau chapitre !
Le yin et le yang
Nous avons malgré tout vécu ces derniers temps une période formidablement riche en émotions positives grâce à tous nos amis et proches. Les amis « anciens » de Shanghai, les rencontres toutes récentes que l’on voudrait avoir le temps d’approfondir, les proches et amis de très longue date du bout du monde, ceux avec qui on a repris contact « grâce » au Covid… Il y eut aussi cette belle amitié nouée avec une « exilée » de Wuhan (oui, j’ai une amie de Wuhan et tout va bien !), un signe du destin comme il arrive parfois ! Jamais le mot so-li-da-ri-té n’aura eu plus de sens.
Louise Bourgeois « The Welcoming Hands »
Chacun, même secoué par ses émotions et ses blessures personnelles, a su donner, témoigner, se mettre à nu parfois, partager, pleurer, rire, faire rire, apporter du vrai et du léger… Une belle leçon d’humanité et des liens tissés et renforcés à jamais !
Alors voilà, même si je mesure et savoure notre chance de cette nouvelle page à écrire, je suis un peu triste. Triste de quitter cette fabuleuse ville que j’aime tant, SHANGHAI, si humaine et si touchante. Triste de quitter tous ces amis, tous ces êtres proches, qui s’essoufflent, qui n’en peuvent plus de ne pas pouvoir voir les leurs, s’échapper quelque temps du pays, au risque de ne pas pouvoir y revenir. La guerre des vaccins, les joutes diplomatiques et politiques, les frontières fermées, les quarantaines dans des conditions drastiques, auxquelles s’ajoutent tous les soucis habituels ou exceptionnels qui eux, ne se mettent pas en quarantaine… Et le tout sans date de fin, sans perspective de relaxe. On n’ose y penser, on ne veut plus rien lire sur le sujet, on voit bien que l’Occident est très très loin de comprendre ou de s’imaginer ce qui se trame ici, dans les arcanes du pouvoir, tout comme dans le cœur des gens.
Sky is the limit (crédit : ByFab)
Le sentiment d’être abandonné, on sait tous ce que c’est. Mais le sentiment d’abandonner, c’est différent… Une chose est certaine, je n’oublierai pas ceux que je laisse ici, et si je le peux, je continuerai de témoigner.
On ne devrait jamais quitter Shanghai !
Je dois cette phrase à Alain, un ami de Tokyo, au verbe enlevé, qui nous avait gratifiés à l’occasion de son départ (quelque temps après une autre épreuve, la catastrophe de Fukushima), d’un discours haut en couleurs, conclu par la désormais mythique phrase « On ne devrait jamais quitter Tokyo ! ». C’est encore plus vrai ici, « On ne devrait jamais quitter Shanghai ! »
Mais bientôt, Londres saura rouvrir les chakras et nous pousser de l’avant, sans aucun doute ! Avec la belle perspective de revoir les enfants de nos amis shanghaiens (ou d’ailleurs) qui étudient à Londres et qui auraient envie de retrouver chez nous un petit air d’Asie ou de France…
Cameroun, Corée du Sud, deux pays diamétralement opposés.
Une société patriarcale et polygame d’un côté, une culture matrifocale de l’autre, sur l’île de Jeju.
La vie entre quatre épais murs au Sahel pour les unes, la mer infinie et la pêche sous-marine en apnée pour les autres.
Et à chaque fois, une vie qui force l’admiration.
Les Impatientes trace les chemins croisés de trois femmes, Ramla, Safira et Hindou. Patience ! Tel est le seul conseil qui leur est donné le jour de leur mariage arrangé… « Au bout de la patience, il y a le ciel« , mais quel ciel !
Sur l’ile de Jeju, Mi-ja et Young-sook, sont deux « haenyeo », ces femmes pêcheuses en apnée, liées comme des soeurs, pour le meilleur et pour le pire, et même bien pire encore… La Seconde Guerre Mondiale viendra bouleverser la vie de L’ile des femmes de la mer.
Deux romans forts, deux univers culturels riches et contrastés, des tranches de vies rudes, des femmes tellement puissantes !
Et toujours ce même désir inconditionnel de transmettre, et de construire une vie meilleure, pour la chair de sa chair…
En mai, fais ce qu’il te plait…, OU LE DICTON IMPOSSIBLE
A l’approche du mois de mai, laissons-nous aller à un petit bilan de printemps. Vous commencez à connaitre la musique par cœur. Oui, nous sommes en Chine dans une situation sanitaire exceptionnelle depuis plusieurs mois : de très rares cas, le plus souvent « importés », et une vie quotidienne quasi normale, au prix d’une acceptation de quelques règles locales qui hérisseraient le poil de bien des Français de France…
Non, nous ne sommes pas légers et insouciants pour autant. Car nous sommes toujours bloqués dans l’Empire du Milieu, les conditions de retour étant drastiques, stressantes et réservées à quelques cas exceptionnels. De plus, nous sommes pour la plupart très concernés et inquiets par ce qu’il se passe dans le reste du monde. Et enfin, la séparation depuis presque 18 mois de nos (très) proches hors de Chine est de plus en plus difficile à supporter. Bref, si la résilience était innée, cela se saurait !
Mais les vacances de printemps sont là. Et nous avons le droit de quitter Shanghai cette fois, pour aller s’aérer… en Chine bien sûr ! C’est parti !
FORÊT D’ARCS-EN-CIEL
Nous avons donc opté pour le Gansu et la Mongolie Intérieure, cap vers le nord-ouest, à quelques 2.500 km de Shanghai.
1ére étape : ZHANGYE, sur la Route de la Soie. Sans plus attendre, nous plongeons dans le parc naturel de DANXIA, classé patrimoine mondial par l’UNESCO. Processus géologiques, dépôts divers, vents et pluies durant environ 24 millions d’années ont sculpté ces reliefs, aux formes souvent très découpées et surtout aux couleurs chatoyantes et superposées, façon mille-feuilles. Ces Rainbow Mountains sont un phénomène unique, et bel et bien fascinant !
À FLANC DE FALAISES
Nous découvrons le lendemain les grottes de MATISI. Creusées dans la falaise, et sur plusieurs étages, ces grottes abritent un monastère bouddhiste depuis plus de 1.500 ans. Comme secrètement dissimulées, dans un cadre montagneux magnifique, ces grottes dévoilent sculptures et vestiges de peintures datant des débuts de la Route de la Soie. Une visite presque confidentielle, une ambiance spirituelle, une nature inspirante, bref, une autre étape incontournable.
COLORADO CHINOIS
Prochain arrêt : PINGSHANHU et son grand canyon ! Car la Chine a elle aussi son canyon, et il rivalise de beauté avec son cousin américain d’après les globe-trotteurs ! Hauts de 1.500 à 2.500m, ces reliefs et ravins aux teintes rouges et ocres ont été formés il y a environ 200 millions d’années. Impressionnant, assez venteux (mission aération remplie !), découpes minérales à perte de vue, on pourrait y passer des heures…
PRINCESSE DU DÉSERT
Notre jour le plus long se poursuit avec quelques bonnes heures de route (vers le nord-est cette fois) pour passer en Mongolie Intérieure et arriver aux portes du désert de BADAIN JARAN. S’étendant sur presque 50.000 km2, ce désert est réputé pour ces dunes les plus hautes du monde (jusqu’à 500m) ! Il est aussi surnommé le désert des lacs mystérieux grâce ses multiples étendues d’eau salée, alimentées par des nappes souterraines. Après une nuit chez l’habitant, et un road trip dans les dunes, ambiance « montagnes russes », un tour en chameau s’impose. Quel bonheur que ce sentiment d’être seul au monde, et de voir l’horizon vierge qui s’étire à l’infini derrière ces dunes… Je suis définitivement fascinée par le désert !
LA GRANDE MURAILLE CÔTÉ OUEST
Encore saoulés de désert, nous reprenons la route pour arriver le soir à JIAYUGUAN, en rebasculant dans la province du Gansu. Cette petite ville doit sa popularité à sa forteresse et à l’extrémité occidentale de la Grande Muraille qu’elle abrite. Ancienne bourgade stratégique de la Route de la Soie, elle a vu s’ériger une gigantesque forteresse (au XIVème siècle, dynastie Ming) qui domine le fameux désert de Gobi. Rénovée dans les années 80 (donc forcément un peu moins authentique), elle marque aujourd’hui la frontière entre un panorama rocailleux et une vaste zone…industrielle… Il est donc conseillé de ne pas se retourner pour ne pas rompre le charme !
Le moderne et l’ancien…
Quant à la Grande Muraille, elle est ici assez abrupte (mais courte) et offre, après 520 marches, une vue encore plus impressionnante sur le désert. A condition de ne toujours pas se retourner !
LES JOYAUX DE MOGAO
Le lendemain, nous nous réveillons à DUNHUANG (dans le bel hôtel -le seul du séjour- au nom évocateur de Silk Road Hotel). Nous apprécions un peu plus de confort et un petit-déjeuner Western style, sur la terrasse avec vue sur les dunes de sable ! Mais c’est aussi ici que nous retrouvons quelques touristes locaux et l’organisation autour qui s’impose…
La vue de la terrasse du Silk Road Hotel
Car les grottes de MOGAO constituent LA pépite culturelle incontournable de la ville de Dunhuang. Ces chapelles ou grottes des mille Bouddhas (735 dont 40 ouvertes au public), datant du IVème au XIVème siècles, redécouvertes en 1900, puis allégrement pillées par des explorateurs de toutes nationalités, furent refermées (et donc protégées) dans les années 60-70.
Elles abritent de multiples petits sanctuaires bouddhistes aux fresques murales incroyablement préservées pour certaines. Et parmi les nombreuses statues, celle de l’immense bouddha Maitraya assis en lotus (35m de haut) et celle du bouddha allongé sont impressionnantes. Un site qui mérite vraiment de passer outre l’environnement touristique imposé et si classique en Chine.
VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE DÉSERT…
Nous terminerons notre périple par un dernier tour dans le désert, moins sauvage et authentique que le premier certes, mais nous l’avons pris du côté ludique et apprécié la touche only in China qui n’en finit pas de nous surprendre !
Ascension des dunes du sable chantant en chameaux (à la queue leu-leu), puis à pied chaussés de magnifiques guêtres orange fluo – aussi efficaces que voyantes – empruntant une astucieuse échelle posée au sol pour éviter de s’enfoncer dans le sable. Quand on n’est pas sportif, on a des idées ! Le but étant d’admirer l’oasis du Croissant de Lune 250m plus bas.
Un voyage magnifique, unique, authentique, ressourçant, minéral, des paysages à couper le souffle. Une fois de plus, la Chine nous en a mis plein les yeux…
Aujourd’hui séquence littéraire, après avoir achevé la lecture d’un roman qui m’a beaucoup touchée : Le dernier enfant de Philippe Besson.
Ce matin encore mon fils était là, ce matin encore, il était à moi.
Ou comment dépeindre simplement et pudiquement la douleur d’une mère face au fameux syndrome du nid vide.
Perdre le petit dernier est tout bonnement une dévastation, un anéantissement.
Anne-Marie, mère de trois enfants, vit le départ de son dernier, Théo, de façon violente. Les derniers instants, le déménagement des quelques cartons, les souvenirs qui refont surface sans crier gare, tout participe de façon aiguë à cette douleur, comme un coup de poignard dans les entrailles. […] des milliers de petits déjeuners ensommeillés, des centaines de fois la rondeur de ses joues sous mes baisers…
Ni ses autres enfants, ni Patrick, son mari aimant mais taiseux, ni sa chère voisine, personne ne semble comprendre vraiment ce qu’elle ressent. La vérité, c’est qu’elle pense à tout ce qui se joue en dehors d’elle, tout ce dont elle est exclue, tout ce que son fils ne lui confie pas.
Alors pourquoi c’est si difficile ? Est-ce-que ce serait de l’égoïsme ? Non, c’est de l’amour maternel.
Le fils tant aimé n’est pourtant pas insensible à cette rupture qu’il provoque car celle qui s’éloigne est tout de même son premier amour...
Vient alors l’évidence de cette nouvelle configuration du foyer, se retrouver l’un face à l’autre, mari et femme, et non plus père et mère…
On s’oublie, on s’efface, on se dilue quand on est parents […] Sauront ils se débrouiller avec une intimité pareille ?
Ce roman est un petit bijou de sobriété, de subtilité, de douceur et de violence à la fois. Les sentiments y sont décrits tout en nuances, presque à voix basse et sont pourtant criants de vérité. Une journée dans la vie d’une femme, d’une mère, qui n’a rien d’une héroïne, mais qui est tellement touchante d’authenticité.
L’auteur nous livre ici un bel hommage à l’amour inconditionnel de sa mère. Une lecture dont je suis ressortie presque apaisée. Merci.
Le dernier enfant, de Philippe Besson, éditions Julliard, 208 pages, janvier 2021.
Résumé de l’épisode précèdent : après un aller-retour France-Chine précipité, le Jedi a pu revenir sur Shanghai, et a entamé la fameuse quarantaine chinoise. Après une première semaine de « découverte », voici donc la suite et fin de son séjour en « centre dédié ».
UN ANNIVERSAIRE INEDIT
Pas de chance, le Jedi a fêté son anniversaire en plein milieu de son séjour. Un chiffre symbolique en plus avec changement de dizaine… L’avantage de cette situation, et cocasserie de la langue française, est qu’il est de facto resté quelques jours de plus en “quarantaine”…
Nous avons tenté de sortir le grand jeu, autant que possible étant donné les circonstances. Livraison d’une bonne bouteille, d’un menu spécial, et d’un combo dessert/bougie (sans briquet ni allumettes) pour assurer le côté festif de l’assiette du jour ! Grâce à la technologie, nous avons même pu organiser un repas familial vidéo (un de plus sur l’année…), réunissant trois adresses.
L’après-midi fut entrecoupée d’une petite animation amicale du comité des fêtes shanghaien avec une chanson sous les fenêtres, une magnifique banderole et redécoration du bitume dans l’allée. Nous sommes prêts pour monter une agence événementielle…
Juliette au « balcon » de Roméo…
BUSINESS AS USUAL
Les Chinois sont depuis toujours réputés pour leur sens du commerce. Même en quarantaine, certains profitent du large groupe WeChat des locataires de l’hôtel, pour y faire de la pub ! Celle-ci vante une méthode d’amaigrissement, il faut croire que certains sortent confits de ces deux semaines de confinement… D’un autre côté, la petite superette en bas de l’immeuble est aussi membre de ce groupe, permettant aux résidents de passer commande de produits de première nécessité et autres douceurs pour améliorer le confort de leur séjour. Ils doivent être de mèche !
Le groupe WeChat est passé de 64 à 131 personnes placées en quarantaine. L’hotel doit être bien noté !
LIBÉRÉ, DÉLIVRÉ…
A l’approche du dernier jour, le médecin en charge de la santé des résidents envoie un message pour prévenir de la date du dernier test PCR. Ici on n’est pas là pour rigoler, le test eut lieu dimanche à 6h30… oui du matin !
Épilogue : les tests sont bien négatifs (et le QR code a reverdi), les bagages sont prêts, un dernier regard sans regret sur la chambre et direction la maison, pour des retrouvailles bien méritées !
Comme beaucoup d’entre vous le savent, le Jedi a dû précipitamment rentrer en France fin janvier pour triste raison familiale. Trois semaines plus tard, après avoir bravé les démarches administratives kafkaïennes, la fermeture des frontières chinoises aux étrangers, celle des frontières françaises aux Français hors Union Européenne (dans un sens comme dans l’autre), à coups de (réels) motifs impérieux – personnels et professionnels – et avec une bonne dose de chance aussi, voici donc le retour du Jedi sur Shanghai !
VOYAGE LUNAIRE (OU MARTIEN)
Outre la batterie de tests à faire avant le départ de France, dans un laboratoire certifié et dans un délai bien précis, le plus délicat s’annonce bel et bien à l’arrivée…
De gauche à droite : désinfection de l’avion, la queue pour un des contrôles, le vertige du vide…
Dans un aéroport habité par un bataillon de « cosmonautes », après quelques heures de démarches et un ramassage de passagers arrivés à un autre terminal de l’aéroport, direction l’hôtel, plus communément appelé « centre de quarantaine ». Inutile de préciser que la latitude de choix est assez limitée.
BON APPETIT BIEN SÛR !
Une fois arrivé à l’hôtel, il faut confirmer le nombre de repas de l’hôtel désirés chaque jour. Car un des gros avantages de cet hôtel, est que l’on peut s’y faire livrer des repas de l’extérieur, un vrai luxe quand on voit le menu… Le Jedi a beau aimer la cuisine chinoise, je vous laisse apprécier ! L’application Sherpa’s, un must dans le genre sur Shanghai (avec son large choix de restaurants de tous types qui y proposent des repas individuels) sauvera le séjour, car comme on dit chez nous « le moral est au fond de la gamelle ! ».
Le menu de la semaine (et de la suivante sans doute !), et le plateau de petit-déjeuner
DURÉE MINIMUM 14 JOURS
Voici en résumé le message d’accueil délivré à l’enregistrement. La température de chaque « client », vérifiée deux fois par jour, et quelques tests PCR intermédiaires constitueront les seules visites autorisées. La porte de la chambre est donc verrouillée avec interdiction formelle de l’ouvrir en dehors des circonstances indiquées ci-dessus. Et allez savoir pourquoi, on n’a pas envie de transgresser la règle ici…
Programme quotidien des animations du couloir
Une des consignes a son importance : en effet, vous avez peut-être suivi les données scientifiques sur la durée de survie du virus dans les eaux usées, provenant donc des toilettes… Afin d’y remédier, voici donc les instructions après chaque « opération » :
Corvée de ch…
VISITE GUIDEE
Outre les livraisons possibles, l’autre gros point positif est la taille de la chambre du Jedi… La chambre, que dis-je, c’est une suite en réalité ! Même la salle de bain est grande, dommage qu’il n’y ait pas de serviette de toilette… Petit tour virtuel :
Admirez la déco :
CHAMBRE AVEC VUE
Là aussi, le Jedi s’en sort plutôt bien, avec une chambre en angle donc plusieurs fenêtres et plusieurs vues… La météo de ces derniers jours donne beaucoup de clarté mais le filtre collé aux vitres oblige tout de même à laisser la lumière allumée toute la journée.
Fin de l’épisode 1. Le 1er week-end sera long, c’est certain… Haut les cœurs et rendez-vous la semaine prochaine pour de nouvelles aventures du Jedi !
Cela ne vous a pas échappé, cette nouvelle année du calendrier lunaire chinois est donc l’année du Buffle (牛) de Métal. Je n’accordais aucune espèce d’attention à l’horoscope avant d’arriver en Asie. Et je dois dire qu’ici, cette importance de l’astrologie traditionnelle chinoise, omniprésente dans le quotidien, et encore plus en cette période, m’agace légèrement… Trop cartésienne je suis !
Il n’y a pas que Wall Street qui a son buffle… (The Bund, Shanghai)
LA FERME DES ANIMAUX
Loin de moi l’intention de vous expliquer en quoi tout cela consiste, je m’amuse juste de l’aspect animalier/bestial de la chose… L’an dernier, le rat était à l’honneur, quelle idée, personne n’apprécie ce rongeur, et on a vu le résultat ! Le monde entier (ou presque) met donc tout son espoir dans ce bon gros buffle/bœuf/taureau pour pulvériser l’escadrille d’ennuis qui arrosent la planète et pour apporter un peu de stabilité. Discipline, rigueur, travail semblent être la devise de ce boviné, on attendra donc pour retrouver un peu de légèreté !
N’empêche, La Vache Qui Rit fêtera ses 100 ans cette année (sauf en Inde évidemment…), ironique non ? Et hop, un p’tit tour sur le site https://www.lamaisondelavachequirit.com/.
VACHE QUI PLEURE, VACHE QUI RIT
1&3 : Shanghai (2021), 2 : exposition à la maison de La Vache Qui Rit (2016)
Dans notre entourage proche, on a vu mieux pour un début d’année. Des proches s’éteignent sans crier gare, l’étau se resserre du côté des frontières de la Chine et de la France, la terre tremble de nouveau avec vigueur à Fukushima, le virus poursuit allègrement sa campagne de diversification, les populations qui le peuvent se rebellent de la réduction de leurs libertés, d’autres tentent de survivre, les jeunes doivent se réinventer sans relâche et à l’aveugle… STOP !
A défaut de solution miraculeuse, d’énergie débordante, ou de créativité flamboyante, voici juste sans prétention quelques lignes de clins d’œil, puisés au cœur de notre jolie langue française.
ADIEU VEAU, VACHE, COCHON…
Tête de yack, Shangri-la (Yunnan), été 2020
Cessons de ruminer, ne regardons pas passer les trains comme des vaches, et prenons le taureau par les cornes, sans toutefois mettre la charrue avant les bœufs !
Il peut s’avérer sage de rester sur le plancher des vaches, pour mieux défendre notre bifteck et se montrer fort comme un bœuf.
Si jamais vous craquez, allez-y, gueulez comme un veau : « On n’est pas de bœufs ! », ça soulage.
Mais restons humbles, souvenons-nous que nous parlons anglais comme des vaches espagnoles, évitons d’adorer le veau d’or, et fuyons les peaux de vache, elles peuvent nous rendre fous/folles !
Il ne reste plus qu’à espérer que côté météo, il ne pleuve pas comme vache qui pisse tout le printemps, à moins qu’un vent à décorner les bœufs ne se lève pour balayer qui vous savez ? Sale temps pour les végétariens…
Allez, dans un an, ce sera l’année du Tigre d’Eau, animal au caractère énergique, aventureux, indépendant, inventif, généreux, sans repos et impulsif. Tenez bon !