CHRONIQUE DE RETOURS ANNONCÉS

Red Vortex, Shi Jindian, 2019, Art+ Shanghai gallery

OBJECTIF AVRIL

6ème semaine depuis la fin des vacances du Nouvel An Chinois et le début de notre expérience coronarienne à Shanghai.

Après une semaine de pause du e-learning du Lycée Français de Shanghai, les élèves (et les professeurs) ont repris le chemin de… leur chambre/bureau/ordinateur… Toujours pas de date de reprise à l’horizon, même si mon optimisme naturel me laisse encore espérer la fin du tunnel début avril, au moins pour les classes à examens :) Je m’amuse de voir mes amies de tous pays me contacter pour me demander un retour sur le e-learning à Shanghai ! La Chine sera donc pays précurseur aussi dans ce domaine… Conseillez donc à tous vos directeurs d’école de contacter la nôtre, experte en e-learning à présent !

Aujourd’hui, je vais laisser la parole à quelques personnes qui sont revenues récemment sur Shanghai. Un bel exemple des différences de gestion de cette crise sanitaire entre la Chine et l’Europe. Car ce que la Chine craint plus que tout aujourd’hui, c’est la réimportation du virus depuis l’étranger… Après tant d’efforts, on comprend ! Ça se durcit chez nous aussi, le fameux QR code (vert, jaune, rouge) – attestant du risque/non-risque sanitaire que nous représentons chacun – doit être présenté pour entrer dans notre résidence, dans de nombreux bâtiments officiels, cela va se généraliser sur toute la ville…

Je précise que mon but est, non pas de stresser, mais d’informer (car on réagit toujours mieux en étant préparé) et de rassurer ceux qui hésitent encore à revenir. Car nous vous attendons tous ! A l’heure où j’écris cet article, la France n’est pas considérée comme un pays à risques (donc avec quarantaine obligatoire) par la Chine, mais il est important de surveiller quotidiennement les communiqués officiels et le site du consulat français de Shanghai…

MAINTENANT OU JAMAIS

Séverine, mère de deux jeunes enfants de 10 et 6 ans, a passé ses vacances du Nouvel An Chinois en Thaïlande en famille. A l’annonce de la fermeture du lycée, elle songe rapidement à rentrer en France. En effet, n’étant pas revenue à Noël, cela serait l’occasion de voir ses parents et beaux-parents, et cela permettrait à ses filles de suivre le e-learning de façon plus détendue. Car son état d’esprit positif la pousse à voir le bon côté des choses dans cette histoire de virus ! Seul bémol, laisser son mari seul à Shanghai…

Après quelques jours d’hésitation (et d’attente au soleil), elle se décide et part en France. Là-bas, pas encore de panique sur le sujet, elle respecte quelques jours d’isolement pour finir la fameuse quarantaine de 14 jours, puis elle profite sereinement de la famille.

Début mars, voyant le virus se propager à toute vitesse en Europe et être bien sous contrôle à Shanghai, Séverine ne voit plus de raisons de rester. Elle ne veut pas se retrouver bloquée en France et tient à ce que ses filles terminent l’année scolaire à Shanghai. Et il subsiste une excellente raison de rentrer, celle de retrouver son mari ! Bien informée, elle est parfaitement consciente que les procédures se sont durcies à l’arrivée à l’aéroport de Pudong. Car même si la position de base des autorités shanghaïennes – à ce jour – est de ne pas imposer de quarantaine à ceux qui arrivent de France, il existe de nombreuses exceptions… (mesures de certains propriétaires ou compounds, présence de personnes suspectes dans l’avion etc.). Elle sait donc très bien qu’il existe un risque d’être envoyée avec ses filles dans un hôtel habilité pour faire sa quarantaine. Mais bon, « on fera nos 14 jours dans un hôtel et puis c’est tout ! » se dit-elle.

La fameuse pastille verte (crédit : FC)

Elle prend donc son avion China Eastern samedi matin, avec le numéro du consulat sous la main, comme il a été conseillé – toujours utile pour arranger des situations ubuesques ou des décisions qui semblent abusives… Le vol s’est très bien passé. Prise de température avant l’atterrissage, puis sortie des passagers par petits groupes, contrôles divers et variés, agrémentés de questionnaires en anglais et en chinois, à gros renfort d’applications de traduction si nécessaire. Un peu long certes (quelques heures en réalité), mais une gestion correcte et au final, le Graal pour Séverine et ses filles, la pastille verte apposée sur leurs passeports puis les retrouvailles à la maison. Après 24h de flou, Séverine est maintenant fixée, son compound du centre-ville lui impose une quarantaine assez stricte : 14 jours sans avoir le droit de mettre le nez dehors, mais elle prend cela avec humour en précisant : « même pas le droit de sortir les poubelles ! », j’en connais un qui doit être ravi…

PARCOURS DU COMBATTANT…GAGNÉ !

Pour Fabiola, les choses ont bien failli tourner autrement. Après quelques jours à Harbin (au nord-est de la Chine) pour découvrir les sculptures de glace et le légendaire grand froid – et sans aucun touriste ! – Fabiola et sa famille décident de partir quelques jours au soleil lorsque la nouvelle de la fermeture du lycée et des bureaux tombe. De retour à Shanghai début février, et après une semaine de e-learning et home office, elle décide de s’envoler vers la France avec ses enfants quelque temps, histoire de déstresser un peu. Ils en profitent tous les trois pour revoir la famille, mais les discussions sur le Coronavirus se tendent rapidement. Fabiola s’avoue choquée de voir avec quelle légèreté le sujet est pris dans la métropole, par les autorités et la population. Elle réalise que personne ne veut, ni porter, ni même acheter de masques – très rapidement introuvables d’ailleurs -, et encore moins la génération des seniors… Le fossé culturel est bien là.

Retour à Shanghai ! (crédit : FC)

Alors que les chiffres des malades s’affolent en France et se ralentissent sérieusement en Chine, Fabiola décide de rentrer chez elle, à Shanghai. Arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, même choc, presque personne ne porte de masque à part eux, et surtout, ils se font dévisager comme des pestiférés ! Même la pharmacienne (où elle achète des thermomètres frontaux pour les copines car c’est en rupture de stock à Shanghai, et on va en avoir besoin tous les jours à la reprise de l’école…) ne voit pas l’intérêt de se protéger… A la porte d’embarquement, changement d’ambiance : vol China Eastern, personnel et majorité des passagers chinois, tout le monde en masque (parfois de plongée !), gants, et parfois en panoplies de protection des plus farfelues…

Voyagez couverts !
Aéroport de Pudong, Shanghai, mars 2020 (crédit : FC)

Après un vol semblable à tout autre, on contrôle leur température peu avant l’arrivée. Une fois atterris, ils doivent attendre 4h dans l’avion, sans savoir ce qu’il se passe. Après avoir rempli un formulaire pour les douanes, les passagers sortent par groupe de 50 et suivent une procédure bien balisée. Le personnel de l’aéroport est en combinaison intégrale antibactérienne, « on ne voit que la peau autour des yeux, et encore, pour ceux qui ne portent pas de lunettes de vue sous celles de protection ! » précise Fabiola. Mais ils sont tous très aidants et efficaces. Vérification des formulaires, nouveaux formulaires à remplir, avec contrôle des destinations de ces dernières semaines. Puis lors du passage sous la caméra thermique, Fabiola affiche un score de 36.6 degrés, parfait ! Mais à sa grande surprise, une fois ses enfants passés devant, elle se fait retenir pour procéder à des contrôles supplémentaires… Cela fait déjà 40 minutes qu’elle est sortie de l’avion ! Gros stress pour elle, passage en revue des questionnaires, encore et encore, puis on la fait entrer dans une pièce annexe pour quelques examens complémentaires. Ils effectuent un test buccal, la languette est déposée dans une fiole et le liquide passe au… rose fluo ! Nouveau coup de stress, surtout en voyant la tête de l’employée face à sa fiole rose ! Fabiola doit alors retourner au guichet précédent, remplir quelques papiers de plus, donner un nom et numéro de téléphone d’un contact en Chine, puis miracle ! Ils apposent enfin une pastille verte sur son passeport ! La suite est rapide, récupération des bagages (et enfants !), sortie sans scan des valises et retour en famille avec le chauffeur, qui lui aussi avait dû montrer patte blanche pour arriver jusqu’au parking. A la maison, après les contrôles d’usage auxquels nous sommes tous habitués, tout le monde a pu souffler et reprendre ses marques.

JE PRECISE QUE DEPUIS DIMANCHE, DE NOMBREUX TEMOIGNAGES SUR LE GROUPE WECHAT « RETOUR À SHANGHAI » INDIQUENT QUE LES CHOSES SE RODENT ET QUE LES DELAIS DE TOUS CES CONTROLES SONT BEAUCOUP PLUS RAPIDES. MARDI MATIN, CERTAINS ONT MIS TOUT JUSTE 2H ENTRE L’ATTERRISSAGE ET LA SORTIE DE L’AEROPORT, UN RECORD !

VEUILLEZ PASSER PAR LA CASE HOTEL…

Et puis voilà, pour d’autres, le séjour en quarantaine à l’hôtel est inévitable. C’est le cas d’Andrea, ingénieur de nationalité italienne, travaillant pour une société américaine près de Suzhou. Je précise qu’Andrea en est à sa 2ème expatriation en Chine, qu’il parle très bien mandarin (tout comme anglais, français, allemand, espagnol…), ce qui l’a sûrement aidé dans son périple….

Après son séjour à Taiwan lors des vacances du Nouvel An Chinois, Andrea rentre à Suzhou, avec un petit stock de masques pour ses amis. Les bureaux n’ont pas rouvert, les proches en Europe s’inquiètent, quelques compagnies aériennes commencent à fermer leurs lignes vers la Chine. Andrea décide alors de partir sans aller trop loin, et il choisit…la Corée du Sud… Il connait bien ce pays, il va souvent à Séoul pour raisons professionnelles. A son arrivée le 8 février, il subit quelques contrôles à l’aéroport, remplit des questionnaires, et doit signaler tout début de symptômes auprès des autorités. La filiale coréenne de sa société lui demande de ne pas venir dans leurs bureaux pendant 14 jours. Il reste donc à l’hôtel, puis au bout de quelques jours, sort un peu, se balade dans la ville, mais sans fréquenter de lieux où il y a du monde. Au bout de 15 jours, la situation se dégrade fortement en Corée et une semaine plus tard, l’usine de sa société ferme. Bref, le 4 mars, au bout de quatre semaines, dont deux en semi-quarantaine, Andrea décide de rentrer en Chine, où la situation commence à s’améliorer. Mais en se doutant bien qu’une nouvelle quarantaine l’attendait à l’arrivée…

Contrôles jusque sur le parking à l’aéroport (crédit : AC)

Effectivement, dès l’atterrissage de son vol Séoul-Shanghai, plusieurs employés de l’aéroport de Hongqiao montent dans l’avion et se dirigent vers lui à cause de son passeport italien. Il lui sera posé de nombreuses questions (souvent plusieurs fois les mêmes), sur ses derniers voyages en Italie (qui dataient de décembre), mais rien du tout sur la Corée. Sa résidence à Suzhou n’étant pas autorisée à héberger quelqu’un en quarantaine, on lui confirme qu’il doit se rendre dans un hôtel habilité par les autorités. Heureusement, il avait anticipé et son service des ressources humaines avait déjà travaillé sur le sujet pour lui permettre de faire cette quarantaine près de ses bureaux (donc avec moins de monde) et non à Shanghai. Au bout de 4h d’âpres négociations (et c’est là où sa maitrise du mandarin l’a beaucoup aidé), il peut enfin quitter l’aéroport, avec son chauffeur (après nombreuses vérifications aussi sur celui-ci), direction Zhangjiagang.

L’hôtel de quarantaine d’Andrea (crédit : AC)

Bienvenue au Shazhou Lake Hotel ! Andrea est donc depuis quelques jours en quarantaine dans cet hôtel au nom prometteur, tout comme deux autres personnes au même étage. Sa chambre est tout à fait correcte, avec deux lits simples, pour pouvoir dormir dans des draps propres au bout d’une semaine, sans que du personnel n’ait besoin d’entrer… Il y faisait très froid lors de son « check-in », les fenêtres étant volontairement bloquées entrouvertes, « pour faire circuler l’air » lui a-t-on expliqué ! Il a réussi à obtenir un radiateur qu’il fait fonctionner 24h/24. Il a reçu une liste des consignes à respecter, l’heure à laquelle il doit poser sa poubelle devant sa porte, celle des deux passages quotidiens du médecin venant contrôler sa température etc. A part celui-ci, « vêtu de la fameuse combinaison de cosmonaute », il ne voit personne et ne peut pas sortir de sa chambre.

Les plateaux repas d’Andrea (crédit : AC)

Côté repas, on lui sert trois fois par jour un plateau sur une petite table disposée devant sa porte. « Cela n’est pas très appétissant, il y a ce riz gluant sans goût que je jetterais volontiers par la fenêtre… En plus, je suis végétarien, ce qui complique les choses ! Mais ils essaient d’en tenir compte et je réussis à me faire livrer des fruits par exemple par une collègue ou mon chauffeur, qui m’aident très gentiment ».

Andrea s’impose une routine quotidienne pour tenir le coup. Tous les matins, il fait un peu de sport dans sa chambre avec l’aide d’applications dédiées, se douche, s’habille, puis se met au travail à distance puisque ses bureaux ont rouvert le 21 février. Il fait aussi un peu de ménage avec le matériel que l’hôtel lui a prêté, « car je vis, je mange, je dors dans le même espace ! ». La communication avec ses proches est aussi primordiale. « Mais entre le temps passé sur l’écran de mon ordinateur pour le travail et le besoin d’être en contact avec le monde extérieur, mes amis en Chine, en France, et ma famille en Italie, je crains une forte dépendance aux médias. Je me suis même installé une application pour contrôler le temps passé sur écran ! ».

Il est par ailleurs en contact avec le consulat italien, qui a rapidement pris de ses nouvelles. Il connait des amis en quarantaine à Shanghai pour lesquels les arrangements (livraisons extérieures par exemple) sont moins faciles. Il se demande aussi qui va payer son séjour dans cet hôtel…  Son angoisse ? « Que se passe-t-il si jamais je tombe malade ? Je n’ai pas très envie d’être envoyé à l’hôpital du coin… ». Mais il garde précieusement le numéro d’urgences donné par son consulat. En attendant, il envisage, avec impatience mais philosophie, le 18 mars, jour de sa sortie, où il pourra regagner son domicile, sans nouvelle quarantaine à faire (il a déjà vérifié). « C’est une sacrée expérience ! ».

Un grand merci à Séverine, Fabiola et Andrea pour leurs témoignages et leurs photos.

L’ART SAUVERA LE MONDE (Dostoïevski)

Pour finir en beauté, je vous encourage à rendre visite à Ana et Agnès de la galerie Art+ Shanghai, une des rares galeries à avoir rouvert sur Shanghai ! Leur nouvelle exposition met en scène Shi Jindian, artiste chinois renommé, célèbre pour ses sculptures et installations réinterprétées au fil de fer. Partant d’un objet du patrimoine historique, dans une démarche de destruction et reconstruction, il sait donner un sens artistique et esthétique à des portes anciennes, une Jeep ou un vieux side-car… Il travaille à présent de façon plus abstraite et symbolique, avec un rapport toujours très physique à la matière, brouillant les frontières entre art, artisanat et poésie. Il présente ici des sculptures, des installations et peintures, sur les thèmes des lignes, du fil de fer et du bois brûlé. Le rendu esthétique est magique, aérien et symbolique. De plus, la galerie expose aussi quelques tableaux de Shao, fille de Jindian, à la fois influencée par son père et très différente dans son approche créatrice. Un joli dialogue père-fille ! Mes coups de cœur ? Carbonized Line 2 et les aériennes Blue Pieces

Weaving Similarity and Dissimilarity, Shi Jindian et Shi Shao, Art+ Shanghai Gallery, 191 South Suzhou Road (near Sichuan Middle Road), du mardi au dimanche 11h-18h.

WUHAN, JIA YOU !*

Wuhan, haubans du pont n.2, février 2020 (crédit : Olivier Guyonvarch)

*Wuhan, stay strong !

Welcome to CoronaWorld!

Nous sommes début mars, et le COVID-19 s’est propagé sur les cinq continents. Par conséquent, tous les médias en parlent en permanence à l’Est comme à l’Ouest. Cela n’est plus ce lointain virus chinois, vite oublié dès qu’une vidéo amateur déclenche un « drame » politique parisien… Bienvenue dans le CoronaWorld !

Aujourd’hui encore, le combat se poursuit sur tout le territoire chinois. Même si les tendances sont meilleures, les chiffres quotidiens de nouveaux cas infectés et de décès à Wuhan rappellent qu’il ne faut surtout pas baisser la garde. Nous réalisons tous que le « game changer » qu’est ce virus va, et doit, faire bouger les mentalités, les modes de consommation, les équilibres économiques, les démarches de globalisation/localisation. Malgré les victimes, il nous faut sortir de cette expérience plus solidaires et plus résistants dans tous les sens du terme. Car nous savons bien que cela ne sera pas le dernier virus mondial, préparons-nous intelligemment et sereinement.

Plus contagieux que la peste, la peur se communique en un clin d’oeil. (Nicolaî Gogol)

#jenaipaspeur

Wuhan, une Silicon Valley made in China

Je voudrais aujourd’hui parler de Wuhan, que beaucoup comme moi connaissent très mal. Comme indiqué dans mon article Temps Zéro, la ville de Wuhan, 11 millions d’habitants, est la capitale de la région du Hubei. Berceau de nombreuses industries manufacturières depuis plusieurs années, notamment celle de l’automobile, Wuhan est aussi une ville majeure du domaine de la high tech et de la production mondiale de composants électroniques. Sans oublier l’université de Wuhan, qui est considérée comme une des cinq meilleures universités du pays.

Wuhan (crédit photo : Olivier Guyonvarch)

« Pour nous, partir n’était pas une option »

Depuis la découverte du COVID-19 à Wuhan fin 2019, et le blocage inédit de cette ville de plus de 10 millions d’habitants (puis de celles de toute la région), certaines personnalités se sont particulièrement investies dans ce combat.

Le consul général de France à Wuhan, Olivier Guyonvarch, me semble être l’une de ces personnes importantes de ces dernières semaines à Wuhan. Il raconte sur sa page LinkedIn comment se sont déroulées les évacuations de plus de 530 ressortissants étrangers (dont 307 français) grâce à la diplomatie française, avec une équipe très réduite de quatre personnes du consulat. Ces vols ont aussi permis l’acheminement de plusieurs tonnes de matériel médical dont les hôpitaux font cruellement défaut. Un récent et très intéressant article paru dans Beijing Review (Standing Together) dresse son portrait et fait par ailleurs le récit des dernières actions. Resté par solidarité avec ses compatriotes et les habitants de Wuhan, le consul déclare :

« Pour nous, partir n’était pas une option […] Sachons nous montrer modestes car nous faisons notre devoir, mais soyons en fiers dans nos cœurs. »

Wuhan (crédit photo : Olivier Guyonvarch)

« Les […] semaines les plus folles de ma vie professionnelle ! »

Une autre personne a attiré mon attention, il s’agit du docteur Philippe Klein, à la tête d’une clinique internationale au sein de l’hôpital Union de Wuhan. Son témoignage recueilli mi-février par lepetitjournal.com de Hong-Kong relate la situation exceptionnelle et particulièrement difficile des équipes médicales sur place. Les personnels travaillent énormément, ils sont eux-mêmes très exposés, et le matériel médical manque, mais il déclare mi-février : « la totalité de la population sous ma responsabilité à Wuhan, tous les Français et Européens depuis la mise en quarantaine, sont en sécurité et en bonne santé ». S’il est resté à Wuhan, entouré de sa famille, c’est bien sûr pour faire son travail […]

« Aussi pour dire aux Wuhannais que les Français reviendront dès que possible. »

Nos amies les bêtes

Et comme ceux qui me connaissent le savent, j’aime les animaux. J’ai donc aussi été touchée par cet effet collatéral du virus. En effet, de nombreuses personnes en Chine sont propriétaires de chiens et chats (comme animaux de compagnie…). Mais avec plus de 78.000 malades et 2.000 décès, on a vu fleurir de nombreux cas d’animaux abandonnés. Soit parce que leurs maitres n’ont pas pu rentrer chez eux après la fermeture de certaines villes, soit parce que ceux-ci n’étaient plus en mesure de s’en occuper, une fois hospitalisés ou mis en quarantaine. Certains, et c’est encore pire, ont même abandonné leurs animaux de compagnie craignant de se faire contaminer par eux… Imaginez le risque sanitaire d’avoir dans ces villes une population grandissante de chiens abandonnés (et pas toujours vaccinés contre la rage)  ! Les autorités ont par endroits déjà réagi sans pitié envers ces animaux vagabonds…

En plus des associations d’accueil débordées, de nombreux volontaires ont heureusement spontanément recueilli chiens et chats errants, ou enfermés chez eux et à cours de nourriture. A Shanghai, la situation est moins grave mais les associations de pet sitting sont toujours aussi sur-occupées, de nombreux propriétaires, chinois ou étrangers, n’étant pas encore tous rentrés chez eux, par choix ou par empêchement. Chez nous, il y en a une qui ne mesure pas sa chance…

INSPIRATION CORONAVIRALE

La vie quotidienne reprend peu à peu à Shanghai (février 2020)

A l’heure où je rédige ce post, les nouvelles confirment que ce satané virus est bien volatile et qu’il se répand vers l’ouest. Sans vouloir minimiser les faits, mais avant de paniquer de façon déraisonnée, il peut être intéressant de vérifier les chiffres annuels de contaminés et de décès de la grippe saisonnière en France par exemple… J’espère cependant que les autorités européennes sauront prendre les mesures adaptées pour éviter l’épidémie massive, en pensant surtout à tous les pays (d’Afrique entre autres) dont les systèmes de santé publique ne sont pas armés face à un tel phénomène…

Mais aujourd’hui, restons plus légers et parlons créativité ! Car ce Coronavirus est une source d’inspiration incroyable. Alors qu’au-delà des frontières, tous s’imaginent la Chine complètement bloquée, masquée – voire pire -, la réalité, tout du moins pour moi à Shanghai, peut être ressentie de façon différente (mais je suis bien consciente que les populations de la région du Hubei et des villes encore en quarantaine ou en étroit confinement ne vivent pas la même chose…). Voyez plutôt.

Opération Portes Ouvertes

Chez nous, des portes se sont ouvertes, nous avons eu la chance d’approfondir des relations jusqu’ici peut-être un peu superficielles, par manque de temps, manque d’occasions, par frilosité peut-être aussi (et oui ça nous arrive !). Mais depuis un mois, au fond de chacun de nous dans notre entourage shanghaien, il y a plus d’empathie, de bienveillance, de la fraternité, de l’amitié, ancienne ou récemment éveillée, et ça c’est bon. Nous savons tous que, quel que soit le futur, ces échanges resteront importants et indélébiles. De même, en famille (même s’il en manque un…), nous atteignons un nombre record de repas pris ensemble, car plus de business trips, plus de visiteurs « du groupe », plus de diners d’affaires, ni de conférences, mais que de fous rires, de temps passé, de discussions, on savoure à tous points de vue ! Voilà c’était ma séquence émotion, mais il fallait le dire…

Peu à peu Shanghai renaît… (Février 2020, crédit : XP)

Y-a-quoi au menu ce soir ?

Chassez le naturel… Tradition française oblige, les groupes sur WeChat pour traquer les bons plans, remplir le frigo et passer commande de tout ou presque, se multiplient. Les groupes Food by The Clan et Drinks by the Clan listent les quelques lieux ouverts, ceux qui livrent etc. Le célèbre Ziko et ses groupes comme Le jardin de Ziko ou La Cuisine de Ziko dénichent moult fournisseurs de poisson d’Islande ou du Pacifique, poulet fermier bio, bœuf australien et autres morilles du Yunnan pour le plus grand plaisir de nos papilles.

Recette d’une adepte des groupes de Ziko

Les restaurateurs, quant à eux, ont bien du mal à envisager l’avenir sereinement puisque nombre d’entre eux ne peuvent toujours pas ouvrir, à part dans certains districts. On observe cependant ces jours-ci un certain assouplissement, on voit quelques tables rouvrir, sur le Bund, à Xintiandi, dans la FFC depuis peu, on espère que cela va progressivement se détendre…

Petit coup de pub à deux Français qu’on apprécie et qui nous régalent… Fifi du Bistro Le Saleya, et Fanny de Cuivre. Tous deux restaurateurs émérites et sympathiques, qui viennent tout juste d’être autorisés à rouvrir leurs établissements. En attendant, pendant ces longues semaines, ils ont proposé de livrer leurs spécialités. Pourvu que ces bonnes nouvelles s’inscrivent dans la durée (et s’étendent aux autres adresses de la ville…) !

Le Saleya : 570 Changle Lu, près de Xiangyang Bei Lu. Tél. : 6426.1262.

Cuivre : 1502 Huaihai Zhong Lu, près de Wulumuqi Lu. Tél. : 6437.4219

« Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! »

Et puis, certains osent dévoiler leur créativité ! Il y a tout d’abord cette belle ode au Coronavirus.

Coronavirus. COVID-19. SARS CoV 2. Tu dois avoir un sérieux problème d’identité pour changer de nom aussi souvent. Comparé à tes prestigieux cousins H1N1, Marburg, Nipah ou bien même Ebola, il est difficile de se faire une place dans le monde des méchants. Finalement, c’est nul un virus, programmé pour tuer son hôte en se suicidant du même coup ! Les humains possèdent de rares spécimens similaires qui fort heureusement sont, comme toi, éphémères.

Avant de te dire adieu, je souhaitais néanmoins te remercier. Grâce à toi, le temps s’est trouvé suspendu durant plusieurs semaines. Précieux temps qui nous échappe en permanence à nous humains. Précieux temps qui a fait naitre une émouvante solidarité dans cette belle ville de Shanghai, qui a sublimé la beauté complice d’un foyer familial et qui a donné à celui qui s’interroge l’opportunité de réfléchir.

Repars dans l’anonymat qui te va si bien. Tu resteras dans la postérité des statistiques à la prochaine éclosion d’un cousin et dans celle d’un vague souvenir de notre expérience masquée.
La vie est belle !

(Y.P.)

Il y a aussi le Lycée Français de Shanghai, qui outre l’organisation du e-learning et son travail permanent avec les autorités locales, s’attache aussi à proposer de nombreuses activités extra-scolaires, sportives et culturelles.  Quizz sportif, challenge de fitness, visite virtuelle de musées de Shanghai, activités de la Cité des Sciences, carnets de coloriages de musées (#ColourOurCollections), concours artistique sur le thème « Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! » etc. Et il y a aussi ces citations envoyées au gré des mails, ou via le Printemps des Poètes, dont le thème de l’édition 2020 est le courage… Je vous en livre deux qui me plaisent particulièrement :

Le courage n’est pas
de faire quelque chose
que les autres ne font pas,
c’est de ne pas faire
ce que font tous les autres.

(Stéphane De Groodt, L’ivre de mots)

Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir.

(Marc Chagall)

E-learning de masse

Quand les autorités chinoises ordonnent aux écoles de se mettre au e-learning, c’est du lourd… Les classes de primaire sont diffusées sur une chaine TV nationale (imaginez cela sur France 2 !) : OUT la télé-réalité ou les bons vieux shows traditionnels, tout le monde au boulot, hop, hop, hop !

Les classes niveaux collège et lycée utilisent une plateforme dédiée, classe par classe, et mise à jour régulièrement, comme il se doit, par les professeurs. On imagine aisément les difficultés des émérites enseignants en fin de carrière à se mettre au parfum technologique ! Les trois plus gros opérateurs télécoms (China Mobile, China Unicom et China Telecom), ainsi que les grandes entreprises de la TEC (Huawei, Baidu et Alibaba) sont priés d’unir leurs efforts pour assurer la fluidité de la bande passante internet et le bon fonctionnement des serveurs, pour les quelques 50 millions d’étudiants qui sont en même temps sur le même canal… Les plateformes de live-streaming telles que DingTalk (du groupe Alibaba) ont elles aussi de beaux jours devant elles. On assiste sans doute à un tournant technologique et comportemental dans le secteur de l’éducation. (source : www.technologyreview.com)

En attendant une date de rentrée…

Don du sang

Et voilà un autre petit pas franchi pour moi… Depuis longtemps, je souhaitais donner mon sang. Mais ces dernières années, mes passages répétés à l’hôpital m’en ont empêchée. Et pour être tout à fait sincère, le doute pouvant parfois planner sur le standard des hôpitaux de mon cher pays d’accueil m’a aussi freinée… Oui mais maintenant, je vais très bien. Et le docteur Maskay, chirurgien et porte-parole de BLOODLINE à Shanghai m’ayant rassurée sur les conditions sanitaires, je me suis lancée, et suis allée dans l’un des centres de don du sang de la ville. 400ml de sang en 15mn, une petite heure de mon temps en tout, des contrôles sanitaires renforcés et quelques formalités administratives et c’est tout. Les malades sévèrement atteints par le Coronavirus peuvent avoir besoin de grosses transfusions sanguines pour traiter l’insuffisance respiratoire. Cela fait une raison de plus.

Ah j’oubliais, voici l’infirmière qui s’est occupée de moi, mignonne, n’est-ce-pas ?…

#jenesuispasunvirus

« Le péril jaune »

De nombreux récents témoignages de France m’attristent particulièrement. En effet, les Chinois de France, les Français de Chine rentrés au pays quelque temps, et même les Asiatiques en général (car peu de gens en France font la différence entre un Japonais, un Chinois, un Coréen…), sont victimes de discrimination raciale. Car oui, c’est le mot.

A commencer par les médias, regardez plutôt cette 1ère de couverture du Courrier picard, avec ce joyau qu’est la Cité Interdite en arrière-plan, j’ai honte… Et il n’y a pas qu’en France, j’ai entendu à la radio française un reportage sur le sujet au Japon. Ces deux pays ne sont historiquement pas très amis, les Japonais ont traditionnellement assez peur des étrangers, les masques (d’usage très courant au Japon) sont en rupture de stock, le bateau de croisière Diamond Princess est toujours bloqué en quarantaine à Yokohama avec ses nombreux malades, bref en conséquence de tout cela, ce virus cristalline les angoisses sur les Chinois…

Il y a aussi cette maman de Shanghai, restée en France après les vacances du Nouvel An chinois, qui, ayant emmené ces deux jeunes enfants chez le coiffeur, voit la conversation stopper net lorsqu’au bout de questions un peu insistantes (une discussion de salon de coiffure, quoi !), elle avoue habiter à Shanghai d’habitude. Cela vous fera 35 euros, merci et au revoir…

Notre fille, en classe de 1ere, a d’ailleurs eu récemment le sujet suivant de rédaction en chinois :  « Si j’étudie le chinois, je peux tomber malade » / « Si nous allons au restaurant chinois pour diner, nous allons sûrement tomber malades ! » / « Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous au lieu de rester en France et de nous transmettre le Virus ? ». Ces propos ont été entendus récemment en France. Que répondriez-vous à ces gens ? (120 mots minimum).

Et je ne peux que partager cette lettre envoyée par une étudiante chinoise à NEOMA Business School à l’une de mes amies qui y enseigne :

« Hashtag #Je ne suis pas un virus.
Vous avez tous entendu parler de cette phrase.
Je suis Chinoise. En France, loin de chez moi.
Je suis heureuse d’être ici pour exprimer mes sentiments. Je suis contente de partager avec vous les raisons pour lesquelles je pense que ce coronavirus est une catastrophe.
Je suis triste de vous parler d’un autre virus: la méchanceté des gens.
D’une part, comme nous sommes tous loin de notre ville natale, on s’inquiète vraiment de notre famille et nos amis qui sont en Chine.
Ces derniers jours, chaque matin quand je me réveille, la première chose que je fais est de regarder les nouvelles et le bilan officiel sur l’épidémie. Jusqu’à ce matin, le nombre de victimes a bondi à 213 morts et près de 10 000 personnes contaminées dans tout le territoire chinois. Des chiffres horribles. Des rues désertes. Des magasins et entreprises fermés. Une grave pénurie en équipement dans les hôpitaux…
Je suis très inquiète de ce qui s’est passé et se passera, de ceux qui sont privés du droit de sortir pour la fête traditionnelle la plus importante de l’année, de ceux qui restent encore à leurs postes même dans cette situation spéciale et compliquée, par exemple mon cousin qui est médecin, il est de son devoir de rester à son poste. Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour eux? Des salutations par téléphone, des bénédictions en silence, et c’est tout.
Pour les citoyens chinois à l’étranger, cette inquiétude croissante plus ce sentiment d’impuissance sont, sans aucun doute, une catastrophe.
D’autre part, à l’extérieur des frontières chinoises, le virus fait trembler le monde. Au niveau de l’état, les rapatriements depuis la Chine débutent, les compagnies aériennes Air France et Lufthansa ont décidé de suspendre tous leurs vols à destination et en provenance de la Chine. Face à cette épidémie qui est en train de devenir mondiale, il n’y a pas que de la bienveillance. Les excès de langage et des actes sont comme un autre virus en exacerbant la situation déjà grave au monde.
Je vous donne quelques exemples:
Une fille chinoise portant un masque pour se protéger et prouver le respect aux autres se fait insulter et virer du RER par d’autres passagers.
Une université anglaise ne permet pas une étudiante chinoise en bon état de santé d’aller en cours. La seule raison est leur origine chinoise.
Les restaurants chinois sont fermés parce que beaucoup de personnes refusent de manger chinois. Bien pire, il y avait des gens qui y entrent seulement pour insulter en demandant s’ils cuisinent la soupe de chauve-souris ou plat de serpents…
Ces préjugés sont causés par le décalage d’information entre les messages véhiculés dans différents pays, ce type d’hostilité est causée par la panique et la mal compréhension, cette « alerte jaune » est causée par l’ignorance, ces « virus » sont plus catastrophiques que le coronavirus, ils font peur et blessent les Chinois d’outre-mer.
Pour conclure mon discours, je voudrais dire que les Chinois sont déjà gravement effondrés par cette épidémie, ce Nouvel An chinois est déjà le pire qu’il n’y ait jamais eu.
Un peu plus de compréhension, de compassion, et de tendresse, c’est tout ce dont ils ont besoin.
Merci de votre écoute.
Ziyi LI
2020.01.31″

Compte-à-rebours

Depuis quelques jours, cela ne vous aura pas échappé, les chiffres du nombre d’infectés du COVID-19 et du nombre de morts ont considérablement augmenté. Changement de méthode de calcul/de norme de détection du virus, cumulé à une volonté de plus de transparence, bref, sans prendre de grands risques, je pense que nous allons bientôt atteindre le chiffre symbolique des 100.000 infectés en Chine. Alors que les dernières statistiques (merci le docteur Zagury à Shanghai !) montrent bien un réel effet de ralentissement depuis plusieurs jours, prudence et vigilance restent de mise, car le retour des populations et la reprise du travail progressive dans les grandes villes sont en cours. La situation est stable sur Shanghai (et Pékin) : 331 cas à Shanghai depuis le début, 1 décès (sur plus de 24 millions d’habitants). Quoiqu’on en pense, il peut être admis que les mesures drastiques (et donc très difficiles à supporter pour la population, pour l’économie etc.) prises par les autorités, ont – pour le moment – plutôt bien épargné le reste du monde… Croisons les doigts.

Source : Dr Guillaume Zagury, spécialiste en Santé Publique & Innovations. 18/02/2020

Reste que la situation de la région du Hubei (mise sous cloche) est dramatique, les personnels hospitaliers et administratifs sont héroïques ! Je vous laisse lire cet article sur le docteur Klein, en direct de Wuhan…

https://lepetitjournal.com/hong-kong/coronavirus-philippe-klein-pourquoi-jai-choisi-de-rester-wuhan-274132

Concernant notre vie quotidienne à Shanghai, on ne va pas se mentir, les contrôles se resserrent, vraisemblablement pour s’assurer d’éviter une reprise du nombre de cas avec le retour au travail.

Environ 99% des magasins hors alimentaires sont toujours fermés, 100% pour les sites touristiques, de divertissement, les musées et galeries d’art (bouhou !), et pour tous les fameux lilongs (ou lanes). Très peu de restaurants ouverts, certains essaient de livrer ou de proposer de la vente à emporter (bravo les restaurants français !), fermeture totale sur certains districts.

Dans les résidences, compounds et lanes semi-privatives, contrôle de la température, visiteurs extérieurs totalement ou partiellement interdits, livreurs bloqués à l’entrée, parfois les ayis (femmes de ménage/nounous) ne peuvent plus venir du tout chez leurs employeurs. Je vous laisse imaginer les conséquences économiques sur la durée…

Tout ceci nous ramène au fameux sujet de la quarantaine… Les règlementations changent tous les jours ou presque, diffèrent selon les districts, les quartiers, les bureaux etc. Scoop du jour, le LFS vient de nous envoyer l’information suivante : « Suivant les instructions de la commission d’éducation de la ville de Shanghai, nous vous informons que dès que nos écoles seront autorisées à rouvrir leurs portes, nous ne pourrons donner accès aux campus qu’aux personnes qui auront respecté une période d’observation de 14 jours à Shanghai, et ce, quelle que soit la provenance de cette personne avant son retour à Shanghai.” Voilà, au moins c’est clair, et pour être honnête, c’était à prévoir… Reste qu’on attend toujours la confirmation de date de reprise des écoles et universités, « au plus tôt la semaine du 2 mars ».

En attendant, je tiens une fois de plus à remercier les professeurs et tout le personnel du LFS qui se mobilisent depuis le début pour assurer cet e-learning, maintenir un rythme d’apprentissage pour les élèves, et même s’inquiéter de la partie détente et sportive via des vidéos, jeux et autres ! Tout n’est pas parfait bien sûr, c’est difficile et long pour les élèves, et encore une fois, les parents des plus jeunes doivent énormément s’investir, j’en suis bien consciente. Mais à tous les mécontents, qu’auriez-vous dit au lycée si rien n’avait été mis en place depuis le 3 février ?… Parents et enseignants veulent tous le bien de nos enfants et que cette année scolaire « pas comme les autres » ne soit surtout pas une année blanche, donc à tous bravo et merci ! (Et si vous partagez mon point de vue, faites-le savoir auprès de la direction du lycée, ils ont besoin de soutien).

Travail en groupe à Shanghai (crédit : GB)

Le Bund pour moi toute seule !

Mais il m’en faut bien plus pour me laisser abattre !

En effet, à part deux jours de pluie la semaine dernière (et même quelques flocons de neige ce W-E), la météo sur Shanghai est au grand bleu, fraîche mais avec un soleil rayonnant. Et la pollution à son plus bas niveau ! De quoi faire de magnifiques balades vivifiantes qui mettent le moral au beau ! Quelle chance de pouvoir marcher dans les rues dans nos quartiers favoris sans la foule habituelle, qui avouons-le, peut être oppressante certains jours…

Voici quelques photos que j’ai pu prendre de jour, de nuit…mythiques…

Le Bund, un soir à 20h (février 2020)
La skyline de Pudong dans les nuages (février 2020)
Nanjing Road, le pont Waibadu, le Bund, la skyline (février 2020)
Les alentours du Yu Garden (encore décoré pour le Nouvel An chinois), avec son fameux pont en zig-zag, habituellement plein de touristes ! (février 2020)
Autres vues du fleuve du Huangpu avec UN bateau, et le métro vide (février 2020)

LES 3 M

Les soldats prêts à repartir au combat (crédit : TM)

Semaine du 10 février 2020 : les 3 M

Quand la Chine tousse…

A Shanghai, les vacances de CNY prolongées de force sont terminées, les entreprises sont censées reprendre le travail lundi 10 février. Mais dans les faits, c’est bien différent. De nombreux commerces préfèrent, ou ont été obligés, de garder portes closes une semaine supplémentaire. Ils ont d’ailleurs un sacré travail de désinfection à opérer, les effluves de Javel n.5 sont omniprésents ici ! Il se pose aussi le problème du retour des salariés. Car nombre d’entre eux ne sont rentrés que tout récemment sur Shanghai (les bus, trains et avions étaient supprimés ou en nombre réduit). Selon leur province d’origine, ils peuvent avoir une quarantaine à respecter, en général de 14 jours (durée d’incubation estimée). Pour les autres qui peuvent retourner au travail, les entreprises doivent fournir des masques à tous, et ces masques doivent être changés régulièrement. La pénurie étant massive, le télétravail doit se poursuivre pour majorité d’entre eux. Et d’autres ont préféré négocier ce home office avec leurs employeurs quand cela était possible, car la psychose surtout chez les Chinois est vraiment importante. Je vous laisse lire dans les médias les nombreuses analyses des conséquences économiques à attendre pour la Chine, mais aussi pour le monde entier ! Cependant, même si cela va laisser des traces indélébiles au niveau social, économique et politique, je garde espoir dans la force et l’énergie incroyable de ce pays pour se redresser d’une telle épreuve. Si cet épisode sanitaire est inédit et différent du SRAS, les Chinois en ont vu tellement d’autres ! Reste à savoir quand l’horizon se dégagera…

Fortement (dé)conseillé

Comme chacun le sait, notre pays d’accueil excelle en toutes sortes de communications pour recommander et suggérer tel ou tel comportement. Affichettes, spots ou messages vidéo ou audio etc. Et qui dit fortement recommandé, dit adopté par 99,99% de la population (mais qui sont les 0,01% ?…)

Petite synthèse de nos nouvelles règles de vie « confinée » :

. Port du masque obligatoire (sauf chez ceux qui fument une cigarette dans la rue) 

. Contrôle de température à l’entrée de chaque bâtiment, immeuble de résidence, centre commercial, dans plusieurs stations de métro etc. Les moyens utilisés sont plus ou moins fiables. La caméra thermique semble la plus performante, hygiénique et discrète, le thermomètre posé sur le front l’est moins, JEG a déjà affiché un score de 33,5 degrés à l’entrée de son bureau !

. Règle d’or des 3M (du docteur Zagury) : porter un Masque (dès que l’on sort de chez soi), se laver les Mains (50 fois par jour pour moi je pense), et Malade (à éviter)

. Maintenir une activité physique quotidienne, faire du sport le plus possible (mais pas évident en ville quand toutes les salles de sport sont fermées)

. Livreurs refusés dans toute résidence (et Dieu sait si la Chine est un pays où tout le monde se fait TOUT livrer), tous les colis sont déposés à l’entrée, même le gros plein alimentaire hebdomadaire

. Visiteurs déconseillés et souvent interdits par les propriétaires dans les résidences et lanes (ruelles semi-privées) – ce qui est notre cas à présent…

. Rassemblements et soirées à bannir, bref tout ce qui peut favoriser le regroupement de plus de 5 ou 10 personnes. De très nombreux restaurants et cafés sont à présent fermés, seule reste la vente-à-emporter…

Je laisse cette liste ouverte car elle est sujette à être allongée/modifiée dans les jours et semaines à venir.

Avec cette même question récurrente, pour combien de temps…

La Petite Maison dans la Prairie (crédit : TM), ou le nouveau home-schooling

Concentrée…

Plusieurs de mes amies, mamans d’enfants plus jeunes, me racontent depuis Shanghai ou d’ailleurs, leur reconversion subite (et forcée) en préceptrice CNED de choc et support informatique. Car avec des enfants en primaire ou début de collège, l’autonomie est toute relative. En effet, malgré les multiples éléments envoyés par les professeurs, il faut faire le point tous les matins des tâches et devoirs à accomplir, expliquer les cours mis en ligne, faire réciter, imprimer/scanner/renvoyer aux professeurs le travail en temps et en heure, organiser les récréations, ateliers cuisine et autres divertissements, surtout pour ceux qui ne peuvent pas sortir… Mon amie Tiphaine (l’autre Tiphaine) relate ses journées sous forme d’épisodes de La Petite Maison dans la Prairie : classe multi-niveaux pour ses trois filles, mari scotché à son ordinateur et téléphone greffé à l’oreille, elle-même professeur de maths au lycée (donc avec ses propres classes, dont des Terminales, à gérer à distance), avec les repas à préparer et la maison à tenir (vraiment ?), le tout avec une jambe immobilisée pour plusieurs semaines… Je passe l’épisode sur le chat (c’était un chien dans la version originale de la Petite Maison…) qui manifeste sa désapprobation en faisant ses besoins sur le lit parental… Y en a qui forcent l’admiration ! Tiphaine, on attend la saison 2 avec impatience !

Poésie écrite par cette même amie Tiphaine, très inspirée !

Ecole à la maison, jour 10 :

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Où ils apprennent
en présentiel?

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux
Sans capsule
Ni e-learning

Quand te reverrai-je
Lycée merveilleux?
Où ceux qui bossent
Vivent heureux

Une autre poète en herbe (un peu plus jeune) a composé ces quelques lignes très touchantes…

Travail en groupe de quelques lycéens de Shanghai dans le sud de la France

Pour les plus grands, même autonomes, il faut rester motivés sur la durée ! Plusieurs familles ont donc décidé de rentrer en France, afin de changer de cadre, pouvoir sortir plus librement, avoir un accès à internet plus fluide, retrouver des amis, rassurer les proches aussi, tout en poursuivant le travail en e-learning. Il reste deux incertitudes au tableau, et non des moindres : à quelle date la rentrée sera-t-elle re-programmée à Shanghai / y-aura-t-il une quarantaine à observer lors du retour sur Shanghai ? Et sur ces deux points, toutes les thèses circulent, il vaut donc mieux rester stoïque et adopter l’adage du wait & see.

Charmant programme…

Sportifs un jour….

Ceux qui nous connaissent savent que nous aimons faire du sport à la maison… Et que cela nous est d’autant plus indispensable que nous multiplions les occasions de festoyer ces derniers temps, histoire de garder le moral à son plus haut ! (Ça marche pas mal d’ailleurs…).

Sous masque, effet cardio garanti !

Nous bravons donc la psychose ambiante du je-ne-sors-pas-car-le-virus-est-dans-l’air en allant courir de bon matin avec les rescapés du groupe Anfumorningjoggers. Il y a deux écoles, ceux qui essaient de courir en masque, et les autres…

Et suite à la fermeture de la petite salle de sport de notre résidence, nous avons réaménagé l’étage supérieur chez nous, afin d’y accueillir notre coach préféré, Kiki (qui a eu la bonne idée de ne pas quitter Shanghai depuis des mois, donc pas de quarantaine imposée)! Allez, hop, hop, hop !

Kiki coach de choc !

LA VIE EN COULEURS SELON MuMu

Petit retour en arrière de quelques semaines avec le portrait d’une sacrée créatrice entrepreneuse, qui saura, j’en suis sûre, relever le défi de ce virus, pour développer sa marque !

Décembre 2019. C’est tout nouveau, tout beau, MuMu a désormais son compte officiel WeChat ! Mais cette marque a déjà écrit de belles histoires depuis sa création. De Menton à Shanghai en passant par l’Afrique, MuMu a pris source en-dehors de toutes frontières ! Partons donc à la découverte de la genèse de cette aventure et de celle qui la façonne de jour en jour, Isabelle Lovisi. Un récit haut en couleurs…

United Colors of MuMu

« J’ai un véritable rapport au textile depuis très longtemps. Dès l’adolescence, j’étais très attirée par la mode, j’adore les couleurs et j’ai un besoin physique de toucher les matières, même si je ne sais pas coudre ! ». Moitié italienne, moitié française, Isabelle passe son enfance dans une petite ville de province, à Menton, à quelques kilomètres de l’Italie. On comprend alors aisément cette attirance précoce pour la couleur, la chaleur, le contact, la création aussi. « Mon éveil à la mode, mon premier coup de cœur a été avec la marque Benetton, très en vogue dans les années 80. » Confort des matières, couleurs et mixité, le parfait combo pour Isabelle !

L’Afrique dans la peau

Si un premier voyage en Afrique en 1983 avec ses parents l’enchante, c’est au début des années 90, lorsqu’elle part à l’âge de 23 ans vivre et travailler au Gabon et au Cameroun, que le choc se produit. « J’adore ce continent, je m’y sens comme un poisson dans l’eau. » En marge de son travail, Isabelle passe son temps libre sur les marchés, chez les petits artisans, elle touche les tissus, elle respire les odeurs, elle repère, elle chine. Inspirée par cette chaleur humaine typique, par les mélanges en tous genres, par la beauté des matières, elle imagine alors des vêtements, des accessoires, qu’elle fait confectionner sur place, mais à titre personnel ou pour offrir.

Cinq ans plus tard, retour sur Paris, back to reality… Isabelle met sa fibre créatrice en sommeil, même si elle assouvit sa passion charnelle pour la mode en devenant un peu shopping addict ! Mais toujours en recherche de qualité et de pièces originales. « C’est très difficile pour moi d’acheter en ligne, toujours ce besoin de toucher la matière… mais une belle mise en scène, un tableau bien travaillé, des couleurs subtilement associées, tout cela éveille en moi l’envie d’aller voir ! »

Quatre filles et MuMu

L’année 2011 marque l’arrivée d’Isabelle en Chine, Avec sa famille, elle débarque à Shanghai. Très vite, elle découvre la multitude de marchés en tous genres, elle y passe beaucoup de temps, se fait faire des vêtements, prend des contacts, rencontre des artisans au véritable savoir-faire, tout en démarrant une nouvelle carrière dans l’agence de communication digitale Fred&Farid. Rapidement, Isabelle fait la connaissance d’une femme qui avait monté un atelier de confection et formé les gens y travaillant. Elle proposait des draps, des nappes, des plaids, des coussins, beaucoup de sur-mesure à la demande, en plus de ses quelques créations personnelles, mais sans marque propre. En 2016, l’opportunité de reprendre cet atelier s’offre à Isabelle. Celle-ci se prend au jeu, en parle à son amie Clothilde, à Juliette, à Marine, et c’est parti, les copines se lancent ensemble dans l’aventure qu’elles baptiseront MuMu !

Le quatuor commence à développer la marque. En plus du linge de maison, les quatre filles de MuMu proposent des pochettes, en tissu surtout, pour sortir, à glisser dans son sac à main ou sac de plage, en voyage… l’idée des clutches (sacpochettes) était née et elle plaît ! Des couleurs chatoyantes, des matières mixées, des associations inédites, une finition léchée, cela vous rappelle quelque chose ?… Avec toujours cet atelier, si précieux et talentueux, qui donne vie à leurs envies. Après Clothilde partie au Japon, c’est au tour de Marine de quitter Shanghai. Isabelle se pose alors LA question… Elle voudrait continuer, transformer l’essai, et vite en plus ! Après quelques mois de temps partiel, elle quitte son job en juin 2019 et se lance à 100% dans l’aventure, SON aventure MuMu.

MuMu by Isa

« Je fonctionne au feeling avec les gens et avec les occasions. Je voulais concrétiser ce rêve, lui donner corps et c’était le bon moment ». L’idée est donc de professionnaliser la marque, de la faire grandir, d’élargir à l’infini le champ des possibles.

Tout d’abord avec son atelier. Basé à Shanghai, composé d’un homme et d’une femme, couple à la maison, il appartient à la marque et travaille en exclusivité pour elle, un vrai partenariat de confiance ! Au départ, Fang ne travaillait que les tissus pour en faire des nappes, des draps, des coussins etc. Et était assez réticent à créer d’autres produits. Peu à peu, avec le temps, via des prototypes, Isabelle réussit à lui faire faire des pochettes, ses fameuses clutches, en tissu tout d’abord.  Le zip, le pompon, la doublure intérieure, les petites poches, le mélange des textures, toutes ces finitions très créatives ont progressivement vu le jour sous l’impulsion d’Isabelle. Puis un jour, avec un cuir fin et souple, il a réussi à faire sa première pochette-cuir, vite et bien en plus, une victoire ! Sont venus ensuite de nombreux autres clutches, sacs et besaces, avec toujours cette originalité, ce mélange inattendu des genres, couleurs et matériaux qui fait l’ADN de la marque, et qui lui donne ce caractère chic et unique.

Du galon à la pochette

« Je pars toujours de la matière. C’est elle qui m’inspire. Je rapporte beaucoup de tissus et matériaux de mes voyages, je les regarde, je m’en imprègne, et soudain j’ai une idée, comme un éclair, cela part parfois juste d’un galon. Je mets à plat les différentes pièces de tissu, de cuir, je les assemble comme un puzzle et le modèle prend forme dans mon esprit en moins d’une heure. Je dessine un croquis, je pars à la recherche du bon zip, du bon mousqueton et ensuite, on passe au prototype en atelier. » Elle avoue qu’il faut parfois trois ou quatre exemplaires pour arriver à un résultat parfait. Au total, il faut compter environ dix jours pour qu’un nouveau modèle voit le jour !

Mais en amont, pour trouver ses fournisseurs, Isabelle passe un temps fou à faire du sourcing. Aujourd’hui, elle rapporte presque tous ses cuirs de France pour leur unicité et leur qualité exceptionnelle. « Mais il existe des filons d’importation de ces beaux cuirs en Chine, je le sais, je vais les trouver ». Après la production, il faut faire les prises de vues photo, poster sur les réseaux sociaux, mettre en scène en boutique, accueillir les clientes, répondre à leurs multiples questions sur WeChat. Passionnant, excitant mais les journées n’ont que 24h !

La qualité peut être made in China !

L’offre de produits s’élargit donc peu à peu, les supports et couleurs se diversifient, la montée en gamme voit le jour. « Depuis toujours, j’adore les imprimés léopard ou zèbre, il se trouve qu’ils reviennent dans l’air du temps, tant mieux ! ». En plus de sa gamme initiale, Isabelle propose aujourd’hui des pochettes en matières plus rares, plus difficiles et longues à fabriquer, et donc plus chères. « Je ne cherche pas à vendre cher, je propose le prix juste pour chacun. ». Et dans l’esprit zéro déchet, elle utilise les nombreuses chutes de cuir notamment pour créer des accessoires comme de jolis porte-clés par exemple, ou bientôt une manchette…

Toujours à l’écoute de ses clientes, de toutes nationalités, elle a récemment imaginé deux nouvelles pochettes avec une bandoulière courte, pour le côté pratique, mais toujours classe et le tout d’une qualité exceptionnelle ! Intérieur et extérieur en cuir très doux au toucher, plusieurs matières et couleurs combinées, galon, mousqueton, fermeture, tout est étudié en détail. Elle a d’ailleurs dû faire appel à un autre atelier de maroquinerie pour les finitions d’accroche. « Je veux montrer que le made in China, c’est aussi cela ! »

Et demain ?

« Les rapports humains sont primordiaux pour moi, je fais confiance, notamment sur les prix, du moment que l’excellence de la qualité est au rendez-vous. Et pour l’instant, ça fonctionne ! ».

Isabelle s’est fixée trois challenges à relever pour développer la marque, en vivre et faire vivre des gens avec. Tout d’abord, faire monter la production en puissance : faire grossir l’atelier, recruter et former du personnel, tout en restant sur du fait-main de haute qualité. Ensuite, continuer à développer et élargir la gamme avec des matières premières plus rares et des produits finis uniques. Et enfin, professionnaliser la communication, prendre la parole, affirmer sa présence sur les différents réseaux, toujours surprendre et séduire. Le tout à travers l’univers des pochettes et sacs en priorité, agrémentés de quelques accessoires, tout en gardant l’activité linge de maison mais plutôt sur demande.

Aujourd’hui épaulée d’une jeune experte en communication, Isabelle espère faire rapidement grandir la famille MuMu et ceci de façon durable. L’idée est aussi de poursuivre les partenariats avec d’autres marques, d’autres univers, qui trouvent leur place dans son chaleureux showroom sur la rue Anfu lu. Le choix se fait selon les coups de cœur des rencontres et les synergies des produits. Il y a les créations de Chinoises, le projet The Shanghairen, les bijoux de Clicia design, ou encore de Cécile Hu… et bien d’autres encore à venir !

L’histoire de MuMu est donc en marche, suivez la marque !

Showroom : 228 Anfu lu, house n.5, Shanghai.

Instagram : MaisonMuMu

Compte officiel WeChat : MaisonMuMu

Groupe de fans WeChat : MuMu News

(Crédit photos : Maison MuMu)

Depuis décembre 2022, Maison MuMu s’appelle désormais Maison Germaine ! Retrouvez la marque sur son site ici.

VIS MA VIE…D’EPIDEMIE…

2-9 février 2020, Vis ma vie…d’épidémie…

N95, la nouvelle tendance

Le dimanche, nous émergeons doucement, prenant conscience de ce qui débute. Le réseau social WeChat s’échauffe, plusieurs nouveaux groupes s’y créent. Je salue tout particulièrement l’UFE -Shanghai (Union des Français de l’Étranger) qui a pris la formidable initiative, dès le 28 janvier, de créer deux groupes, un qui informe quotidiennement sur l’évolution de l’épidémie en Chine et dans le reste du monde, et un de type Forum, où chacun peut y poser ses questions et d’autres tenter d’y répondre selon ses compétences ou expériences. Le docteur Zagury, 20 ans de Chine, spécialiste en Santé Publique et Innovations, ayant vécu le SRAS en 2003 et praticien à Shanghai, nous envoie chaque jour un point à date, fondé sur les chiffres officiels chinois – seuls chiffres disponibles -, en y ajoutant son analyse, son point de vue à la fois professionnel et personnel. Ce point est simple, lisible, factuel et positif, mais sans verser dans l’optimisme béat, agrémenté de graphiques élaborés par quelques Français de la communauté spécialistes du domaine (merci notamment à Carole Gabay !). Bref, un RV quotidien que nous attendons tous, que je complète avec les informations du Shanghai Daily via son application Shine, et tout cela me suffit amplement !

La course aux masques bat son plein, rupture de stock sur tout le pays, queue devant les pharmacies, prix qui flambent sur internet, et il faut des masques aux normes spécifiques pour filtrer correctement les gouttelettes des postillons, toux, éternuements et celles restées dans l’air. Le nouvel accessoire tendance de l’hiver 2020 s’appelle le N95, et ça, les VOGUE, ELLE et autre VANITY FAIR ne l‘avaient anticipé !

Face à la rupture de stocks, la créativité est sans limite !

C’est un peu beaucoup trop calme…

Quelques proches hors de Chine (mais pas tous…) commencent à se manifester régulièrement, à s’inquiéter, abreuvés de news partielles et anxiogènes, que les médias français et américains aiment à rendre sensationnelles, pour s’assurer une meilleure audience, la guerre de l’audimat et du clic… Notre vie quotidienne a certes bien changé : tout est fermé, bureaux, sites touristiques, restaurants, bars, commerces, il ne reste que les magasins alimentaires, les pharmacies et hôpitaux. Shanghai, cette ville à l’énergie légendaire, qui ne s’arrête jamais, où tout est ouvert 7 jours/7, est devenue une ville fantôme, aux rues désertes, sans un bruit de voiture. Et si nous croisons quelques passants (masqués bien sûr) en sortant faire notre ravitaillement de frais, ils pressent le pas. Je dois avouer que je trouve la population chinoise extrêmement résiliente, disciplinée (ça, on s’en doutait), et bienveillante, tout du moins à Shanghai. Les personnes qui vous servent dans les épiceries et autres commerces alimentaires sont très calmes, courtoises, et on perçoit même leur sourire à travers leurs yeux. Mais nul doute qu’au fond d’eux-mêmes, ils ont très peur… Alors je leur dis merci ! Honnêtement, nous ne sentons personnellement absolument pas en danger sanitaire. Il n’y a personne à Shanghai, peu de risques d’attraper ce virus… Ma crainte principale est qu’en cas de forte fièvre, les seuls quelques établissements habilités à recevoir les patients, les détecter au Coronavirus et les soigner sont des hôpitaux publics chinois…

Shanghai ville fantôme

Rappelons au passage les chiffres (à partir des données officielles) au 9 février (soit 13 jours après le début des mesures de Santé Publique) sur la ville de Shanghai. Je reprends ici le communiqué du docteur Zagury, cité plus haut. A Shanghai le 9 février ont été recensés 286 cas de personnes infectées par le Corona Virus pour une population de 20 à 25 millions d’habitants, soit environ 1/70.000. Shanghai n’est pas la Chine bien sûr, mais voilà qui peut rassurer ceux qui s’inquiètent sur notre sort… D’autant plus que nous sommes en bonne santé, avec un carnet de vaccinations à jour et une alimentation que je m’applique à maintenir saine et variée !

Beaucoup de portes closes…mais belles !

Explosion du télétravail

A la maison, réorganisation de la cellule familiale, et le moral reste bon !

Pas de cours pour Tiphaine, mais pas de vacances prolongées non plus ! Le lycée français de Shanghai a mis en place (en un temps record et en période de vacances, soulignons-le !) une plateforme de e-learning de choc. Chaque professeur envoie tous les matins les cours, exercices et devoirs à faire, respectant l’emploi du temps du jour. L’anecdote de la vidéo de rétropédalage en natation à visionner pendant le cours de sport restera dans les annales… Sérieusement, je suis admirative pour ces professeurs et pour la direction qui ont su réagir si vite, et qui tentent en permanence d’adapter les choses pour les rendre supportables sur la durée. Car pas évident quand on a 16 ans, des épreuves de bac à l’horizon dans quelques mois (et un contrôle continu qui compte pour le bac, réforme oblige), de rester toute la journée à son bureau, sans interaction avec les professeurs ou très peu (il est possible de poser des questions par messagerie ou mail, mais c’est différent), sans bavardages ni rigolades avec les copains, sans pause cantine… Et beaucoup des copains sont repartis en France, donc la petite balade quotidienne pour s’aérer est assez solitaire. Le point positif, c’est qu’il ne faut plus de lever à 6h30 tous les matins, et endurer les 2h quotidiennes de car scolaire, c’est déjà énorme ! Le 5 février, le lycée nous informe que la rentrée est de nouveau décalée, à une date ultérieure encore inconnue, mais que les cours ne reprendront pas avant début mars (schéma optimiste). Le calendrier de la fin d’année et des examens va être réétudié, le ministère de l’éducation nationale a pris le dossier en main (est-ce une bonne nouvelle, ça, on verra…)

JEG, quant à lui, a transformé notre coin bureau en cellule de conference call ! Lui aussi travaille de la maison pour toute la semaine, activité gestion de crise à plein temps. Il faut être présent sur tous les fronts, suivre les directives des autorités de Shanghai, qui changent plusieurs fois par jour, informer le siège social à Paris, revoir les prévisions, garder le contact et gérer les employés restés en Chine, ceux de Wuhan et ceux d’ailleurs, entre ceux qui ont choisi de différer leur retour, et bientôt ceux qui sont bloqués en dehors de Chine, les cas de figures sont nombreux. Car peu à peu, les compagnies aériennes diminuent puis stoppent leurs vols vers la Chine, vols devenus peu rentables, droit de retrait des personnels navigants. Autre conséquence positive pour la famille, plus de déplacements, plus de diners professionnels, plus de visiteurs du groupe, nous n’avions jamais pris autant de repas ensemble !

La plus contente dans l’histoire, c’est notre petite chatte, Callie, qui déteste être seule ! Elle essaie de distraire chacun d’entre nous a tour de rôle, en affectionnant tout particulièrement de marcher sur les claviers, ou de se coucher sur la feuille utilisée…

La dure vie de chat…

Aux Bons Amis

Comme on dit dans la Marine, corps d’armes habitué au confinement, le moral est au fond de la gamelle ! Nous ajouterons chez nous « et dans le verre » ! J’ai donc entrepris un remplissage des placards et frigo, afin de tenir le choc, se faire plaisir, et inviter le plus possible les autres familles de copains, les maris célibataires dont femmes et enfants se sont mis au vert (l’autre), bref une sorte de table d’hôtes hyper sympa, les stocks de notre cave à vin ont bien diminué ! Nous avons aussi (enfin) pris le temps de faire connaissance avec quelques voisins, ça a du bon ce confinement finalement ! Le dernier déjeuner dominical avait un air de fête de voisins, mais en version voisins qu’on apprécie ! Nous avons donc passé notre semaine n.2 à festoyer, midi et soir (puis à faire du sport tous les matins pour équilibrer…).

Et nous avons eu raison d’en profiter car depuis quelques jours, il nous est demandé de ne plus inviter de visiteurs extérieurs à notre résidence, pour diminuer tout risque de propagation de l’épidémie. Principe de précaution ultra maximale (alors que le nombre de nouveaux cas sur Shanghai diminue de jour en jour, chiffres officiels là encore). Si nous ne sommes personnellement pas en quarantaine, nous sommes bel et bien en confinement !

Avec cette même question récurrente, pour combien de temps…

Les gangsters…

PLONGÉE (AVEC MASQUE)

23 janvier – 1er février 2020 : plongée (avec masque)

Partir ou rester ?

Je démarre donc mon histoire personnelle avec le Coronavirus le 23 janvier, date de notre départ en vacances. Car oui, nous avons eu cette année la chance de partir pour cette semaine de congés aux Philippines, dans un petit coin de paradis, pour y faire de la plongée. Certes, le sujet était sur les lèvres de chacun à Shanghai depuis mi-janvier environ, et certains se posaient la question d’annuler leurs vacances pour des raisons sanitaires, pour éviter de fréquenter les gares, aéroports, trains et avions bondés – pas mal de Chinois avaient d’ailleurs fait ce choix. Nous prenons la route de l’aéroport le jeudi 23 au soir. Là tout d’abord, première surprise, aucun embouteillage à l’approche de Pudong. Puis, au Terminal 2, pas grand monde mais 100% masqué, idem dans l’avion (nous aussi, nous avions prévu les masques), ambiance…

Une fois arrivés sur notre ilot, changement de décor et de préoccupations. Durant une semaine, soleil, plage déserte et plongée avec nos chers amis Isabelle et Thierry, on devient très vite zen. Même si nous restons malgré tout informés et (un peu) connectés. Une ombre plane… Les news s’accélèrent, pas très optimistes, JEG et Thierry démarrent à distance la gestion de crise pour leurs sociétés respectives, les écoles de Shanghai (et d’Asie) annoncent bientôt le report de la rentrée scolaire au 17 février (au lieu du 3) « sur décision du département de l’éducation de Shanghai » en ce qui nous concerne, les sites touristiques de Chine font de même, bref, nous avons tous conscience qu’au bout de cette parenthèse paradisiaque, nous n’allons pas retrouver la Chine que nous avions laissée ! Plusieurs familles d’amis décident d’ailleurs de prolonger leurs vacances ou de rentrer en France, en attendant d’en savoir plus, ou pour éviter de rester enfermés avec des petits pleins d’énergie. Mais plane l’incertitude de la quarantaine au retour sur Shanghai. La question ne se pose pas pour nous, nous rentrons chez nous.

Back to Corona reality

Le trajet du retour se déroule dans une ambiance encore plus particulière que l’aller. Avions pleins de Chinois tous masqués, de même que tout le personnel philippin aux aéroports. A l’atterrissage tardif le 31 au soir, nous attendons près de 40 minutes la passerelle. Puis la porte de l’avion s’ouvre et déboulent trois personnes, une femme et deux hommes en combinaison intégrale anti-bactériologique. Le ton est très autoritaire, les gestes aussi, ils sont à la recherche de deux passagers, pour vérifier leur température et leur passeport. La scène s’éternise un peu car visiblement une de ces deux personnes s’était réfugiée dans les toilettes… Un véritable scenario de film ! Au final, pas de fièvre, tout l’avion peut donc débarquer, passer sous les caméras thermiques (ceci est habituel) et le contrôle de l’immigration se fait pour une fois à une vitesse grand V, les lieux sont déserts.  Nous apprenons le lendemain que nous avons pris le dernier vol Manille-Shanghai de Cebu Pacific, la fermeture des frontières commence.

TEMPS ZÉRO

20 décembre 2019 – 20 janvier 2020, temps zéro

Shanghai, 11 février 2020. La vie parfois vous envoie des signes. Depuis des mois, je procrastine à me lancer dans un blog pour diverses raisons (mauvaises forcément), mais là l’évidence s’impose à moi. Pour témoigner, pour me faire prendre du recul, pour ne pas oublier dans quelques années… Amis lecteurs, bonjour !

Wuhan, 2017 (Source : http://699pic.com/tupian-500598012.html No.500598012)

Nom de code 2019-nCoV ou encore COVID-19

Définition du Coronavirus :  virus courant qui provoque une infection du nez, des sinus ou du haut de la gorge, pouvant entrainer des maladies respiratoires, comme par exemple le rhume. Se propage en toussant, éternuant ou en touchant une personne infectée. Dans la plupart des cas, les symptômes sont bénins. Il existe des types de coronavirus plus graves (SRAS-CoV, MERS-CoV). Le 2019-nCoV (pour novel Coronavirus, découvert fin 2019) est une nouvelle souche qui n’avait pas été identifiée chez l’homme auparavant. Ses symptômes peuvent être ceux d’un rhume, d’une grippe classique, pouvant se compliquer parfois sous la forme de pneumonie plus ou moins sévère (source AD MediLink).

Cet acronyme bien barbare a fleuri sur les réseaux sociaux et dans les médias fin décembre 2019. Mes alertes quotidiennes Google ont commencé à m’envoyer des articles sur le sujet vers la mi-décembre, peu de temps avant Noël. Rentrée en France pour les fêtes, je lisais ces articles parlant de quelques cas isolés, de ce virus inconnu, assez virulent, là-bas à Wuhan. Il doit y en avoir des centaines des nouveaux virus qui apparaissent régulièrement dans le monde, cela ne m’a pas vraiment inquiétée. Mais cette fois, cela se passe en Chine, mon pays d’adoption, auquel je suis très attachée, malgré les différences culturelles permanentes (comme un puits sans fond), l’éloignement avec ma famille, mes amis. Le 31 décembre 2019, la Chine a alerté l’OMS de plusieurs cas de pneumonie à Wuhan, ville de 11 millions d’habitants de la province du Hubei. Le 11 février 2020, l’OMS rebaptise le virus COVID-19 pour COrona VIrus Disease 2019.

Bonne année ! Et surtout bonne santé !

Janvier arrive, reprise de l’activité, des cours au lycée pour notre fille Tiphaine, période un peu transitoire, puisqu’il faut s’y remettre très vite, à fond, avant de tout stopper net le 23 janvier pour le début des vacances de Chinese New Year (CNY).

– A l’attention de mes proches de France – cette période de CNY est encore plus importante que Noël en Europe. La Chine expérimente chaque année pour cette fête traditionnelle une véritable transhumance humaine (l’affluence dans les gares et aéroports est…lunaire…). Beaucoup de Chinois ont quitté leur province natale pour travailler dans une grande ville, et il est de tradition (parfois mal vécue par les jeunes) de rendre visite à ses parents et grands-parents. Le rythme de travail est tel dans ce pays que la population ne s’accorde que très peu de jours de congés par an, à deux occasions essentiellement, la Golden Week de fin septembre/début octobre et CNY en janvier/février. Les Chinois sont des bosseurs, chaque jour dit férié doit être rattrapé le dimanche précédent ou suivant, bref, on est bien loin de l’esprit RTT… Mais pour CNY, c’est tout le pays qui tourne au ralenti pendant une semaine minimum, un peu plus dans les faits. Fermons cette parenthèse explicative.

Après la Saint-Sylvestre célébrant cette année 20-20 si prometteuse, nous nous apprêtons donc à entrer dans …l’année du rat… Happy New Year ! Xīnniánkuàilè ! 新年快乐 !

Wuhan (située à 800km de Shanghai) est jumelée avec Bordeaux depuis 1998